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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Drame, #Henri Decoin
Le Bienfaiteur (Henri Decoin, 1942)

Barfleur sur Oron est «  une petite ville française typique » avec son église, sa douceur de vivre et ses notables, comme on en trouve beaucoup à cette époque. Parmi eux, on trouve celui qui donne son titre au film : monsieur Moulinet (Raimu).

Moulinet est le bienfaiteur de Barfleur : rentier généreux, il n’hésite pas à mettre la main à la poche pour aider le projet de bienfaisance (bien sûr) de la belle madame Verger (Suzy Prim). Mais il sait aussi intervenir quand les choses se gâtent au village : c’est lui qui maîtrise l’alcoolique avant qu’il ne se blesse ou mette le feu à sa maison. Et bien sûr, il invite régulièrement ses concitoyens notables à sa table, le maire en tête (Charles Granval) pour des repas des plus fins. Et bien entendu, il n’est pas épargné par les critiques : des jaloux, comme on s’en doute.

Cette honnêteté est bien trop belle pour être vraie ? Oui, car quand il se rend à Paris, ce n’est pas pour enterrer un vieil oncle mort de sa belle mort, mais pour retrouver ses complices. Moulinet redevient alors Guyot, chef d’un gang de malfaiteurs.

 

Les premières images ne sont pas sans annoncer Le Corbeau qui sortira quelques mois plus tard (1) : en effet les premiers plans nous montrent sommairement la petite ville avant de s’intéresser plus précisément à ce bienfaiteur bien singulier. Mais alors que Clouzot s’intéressera surtout aux relations entre les concitoyens, Henri Decoin lui se concentre sur cet étrange bienfaiteur. Nous avons tout de même droit à quelques réflexions bien senties de ces jaloux sus cités, mais on aurait peut-être aimé en avoir un peu plus…

Quoi qu’il en soit, le personnage double de Moulinet/Guyot est du pain béni pour un acteur de la trempe de Raimu qui s’épanouit dans ce rôle, son aspect affable et honnête étant contrebalancé par celui du braqueur de bijouterie.

 

On sent bien que Decoin a une préférence pour ce côté obscur de son personnage, donnant à la séquence parisienne un aspect un tantinet noir mais qui rappelle surtout les films de gangsters américains de la décennie précédente puisque ceux de la décennie 1940 sont alors interdits en France du fait de l’Occupation. Mais nous ne sommes ni chez Hawks, ni chez Walsh (ou Wellman, LeRoy…) et l’usage des flingues est un brin excessif.

Il n’empêche, ce hold-up est mené de main de maître par notre « bienfaiteur ».

 

Mais nous sommes en 1942 et il n’est pas question de porter aux nues un tel personnage, même si on ne peut que l’apprécier (l’admirer serait tout de même excessif…). Il est donc indispensable de s’en débarrasser. Et c’est là qu’est la subtilité du scénario de Decoin et Labarthe.

Après avoir lancé un policier à ses trousses – l’inspecteur Picard (Georges Colin) – il réussit à préserver les deux parties de l’enjeu : la morale est sauve sans que le personnage ait perdu de sa superbe et de son aspect sympathique. Et puis Raimu étant Raimu, on ne pouvait pas en faire un salaud patenté comme ça.

 

C’est donc un film qui fleure bon son époque, loin des canons énoncés par Goebbels lors de la création de la Continental-Films : créer « des films légers, vides et, si possible, stupides. »

Et on y retrouve quelques visages de cette même époque : Maupi (Jambe d’Azur) qui n’a plus rien d’un faire-valoir pagnolesque, ou encore Jacques Baumer (le patron de la PJ), et bien sûr l’inévitable Pierre Larquey, en notable ridicule avec ses cent mille francs.

 

(1) D’où la citation entre guillemets.

 

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