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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Pierre Granier-Deferre, #Jean Gabin
Le Chat (Pierre Granier-Deferre, 1971)

« Le Chat ».

C’est la première chose que nous voyons Julien Bouin (Jean Gabin) dire à Clémence (Simone Signoret). Enfin « dire » est un bien grand mot. « Ecrire » serait plus juste : Julien ne parle plus à Clémence. Ils vivent ensemble dans leur pavillon de banlieue en attendant l’expropriation : place aux grands ensembles (1). Même ensemble n’a plus son sens premier. Ils cohabitent, l’un à côté de l’autre.

Tout ça à cause du chat. Greffier. Julien l’a ramené un soir et petit à petit, il a remplacé Clémence dans le cœur de Julien, la délaissant inexorablement. Jusqu’au soir où…

 

Magnifique.

Un huis clos pas si fermé – on sort de ce pavillon promis à la démolition – mais qui n’en demeure pas moins étouffant, surtout pour ces deux personnages somme toute très semblables, usés par la vie et l’amour. Et le choix de ces deux « monstres sacrés » pour interpréter ces deux anciens amants est on ne peut plus pertinent. Ils sont tous les deux, d’une certaine manière des symboles cinématographiques de cette banlieue un tantinet bucolique, celle des guinguettes : La belle Equipe pour Gabin, Casque d’Or pour Signoret.

Parce que l’un des éléments omniprésents de ce film, c’est l’urbanisation galopante qui transforma les banlieues en cités dortoirs, alignant le béton et entassant les gens (2).

Et Granier-Deferre insiste sur la destruction du quartier, prélude à l’apparition d’un énième immeuble : chaque coup de boule de démolition se répercute sur l’amour agonisant de Clémence et Julien, les précipitant toujours plus vers l’abîme final.

 

De même Granier-Deferre évite le piège évident de tourner avec deux grands artistes : le surjeu. Gabin est dans la dernière partie de sa carrière, et les rôles de patriarches bougons voire gueulards sont légion. Ici, pas de gueulante, pas d’emportement. De la sobriété, tout simplement : Gabin savait encore faire autre chose que du Gabin… La gueulante, c’est Signoret qui y a droit : elle s’emporte, vidant ce qu’elle a sur le cœur à propos de ce chat, sans tomber dans l’excès. Il faut dire que son personnage de femme délaissée est déjà assez ingrat pour en rajouter. D’autant plus qu’il y a une différence d’âge certaine entre elle et Gabin. Dans le roman de Simenon, seules deux petites années séparent les deux protagonistes, alors que 17  ans séparent les deux interprètes. Et Signoret n’en assume que mieux la marque terrible et inévitable du temps, elle qui fut si belle dans sa jeunesse (3).

 

L’autre atout du film, c’est la narration. Granier-Deferre joue avec le temps du récit avec beaucoup de bonheur, amenant des flashbacks plus ou moins éloignés : le temps de la jeunesse des héros (3), et celui plus proche qui a amené le mutisme de Julien. Le premier sert à créer le contexte du film : ce couple qui s’est aimé et qui ne s’aime plus, qui fut insouciant comme on l’était au sortir de la guerre – le temps des promenades en barque (sur les bords de la Marne, cela va de soi), quand Clémence se baignait nue. Dans ce passé lointain, le parti pris est celui de la caméra subjective : c’est un coup Julien, un coup Clémence qui nous partagent leurs souvenirs de cette époque d’avant. Seules les voix de Gabin et Signoret sont identifiables : leurs voix actuelles (de 1970), parce que les souvenirs mélangent toujours tout.

 

Quant à la deuxième époque des flashbacks, elle montre graduellement comment ce chat rencontré un soir va précipiter ce qui était inéluctable : la fin de l’amour.

Encore que…

 

  1. « J’avais rêvé de grands ensembles / Ensemble est un si joli nom. » (Bernard Haillant, Béton armé)
  2. Rassurez-vous, cette tendance bétonnante est toujours d’actualité…
  3. Qu’on ne s’y trompe pas : Simone Signoret, malgré le passage des années, demeure toujours aussi magnifique.
  4. C’est là la grande différence avec Simenon : dans le roman original, les deux se rencontrent (très) tardivement.
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