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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alain Corneau, #Gangsters, #José Giovanni
Le deuxième Souffle (Alain Corneau, 2007)

Passer après Jean-Pierre Melville, même quand on s’appelle Alain Corneau, est une tâche très difficile.

Il faut dire que le grand Jean-Pierre avait placé la barre très haut, servi par une distribution à la hauteur.

Alors voir la version Corneau après la Melville, n’est peut-être pas une bonne idée. Pour Corneau.

 

En effet, j’ai déjà écrit ici ce que je pensais du film du maître, et n’ayant pas attendu 40 ans comme le public (1966-2007), les différences sautent aux yeux.

Je ne remets pas en question la distribution, Corneau s’étant entouré de pointures sérieuses, à part peut-être Monica Bellucci, dans le rôle de Manouche (interprétée par Christine Fabréga), qui a l’air presque trop jeune en face de Daniel Auteuil (Gu) ou Jacques Dutronc (Orloff).

A mon avis, elle est trop belle pour ce rôle.

Mais encore une fois, je ne reviens pas sur sa prestation, elle remplit son rôle (normal) comme il faut.

 

Ce qui diffère du premier film, c’est bien sûr l’ambiance. Même s’il n’est jamais mentionné, l’ombre de Melville plane sur le film, même si Corneau a voulu changer le ton.

Tout d’abord,  c’est en couleur, mais avec une variante très pertinente : un filtre rend les différents lieux et événements jaunâtres, donnant une teinte légèrement uniforme, à l’instar du noir et blanc du film original.

De plus, cette teinte donne au film une impression de chaleur (1), avec jusque ce qu’il faut d’étouffant, voire de sordide. [Sans oublier la couleur des murs des différents postes de police, comme on peut le lire dans de nombreux polars]

 

Sordide est le mot qui convient le plus au film de Corneau. En effet, après la sobriété générale qui qualifie l’œuvre de Melville, c’est une débauche de détails tous plus sanguinolents les uns que les autres, accentuée par des ralentis qui insistent sur la violence des différentes exécutions, celle de Gu, au final, devenant quasiment l’application d’une peine de mort – de toute façon inévitable pour Gu –, les  CRS étant en ligne, protégés par des boucliers et faisant feu sans discontinuer sur un homme qui n’en finit pas de mourir.

 

Cette utilisation du ralenti ne concerne que les morts violentes et, à mon avis, ne s’imposait pas. Elle n’apporte pas grand chose à une intrigue assez spectaculaire en elle-même comme cela fut montré quarante ans plus tôt. J’ajouterai même qu’elle a tendance à alourdir la narration, basculant ce qui était une tragédie des plus classiques dans le sensationnel, insistant sur les éléments morbides, les vidant de leur prime signification : nous sommes dans une histoire d’hommes d’honneur, et cet aspect a tendance à se délayer dans ces images (trop) spectaculaires.

Certes, il est répété à l’envi qu’on est dans une période où les mentalités changent, mais cela ne suffit pas comme excuse.

 

De plus, alors qu’on a affaire à des truands d’une certaine pointure, on peut reprocher une part presque trop importante aux dialogues. Certes, on retrouve quelques répliques qu’on a déjà entendues – je suppose qu’elles sont directement tirées du roman de Giovanni, sinon j’aurais tendance à croire qu’elles auraient été pompées sur le premier film – mais on assiste tout de même à une plus grande place laissée aux dialogues, alors qu’on a pu voir dans les films auxquels José Giovanni a collaboré (2) – scénario et/ou réalisation – des personnages des plus taciturnes : du Gitan au Ruffian, en passant par Deux Hommes dans la ville, ce n’est pas le bavardage qui domine.

Reste la reconstitution des années 1960s, ce qui était le présent du film de Melville. Pas de problème (3), on retrouve habillements, coiffures et surtout les voitures, véritable collection de ce qui se faisait à l’époque, dont bien sûr l’inévitable DS, voiture de président s’il en était…

Comme je l’ai écrit plus haut, le filtre a tendance à accentuer les caractéristiques de cette période, remplaçant (avantageusement ?) un noir et blanc obsolète au 21ème siècle (4).

 

Je terminerai par l’inévitable question, celle qui signifie que la poser, c’est déjà y répondre : ce film s’imposait-il vraiment ?

 

 

  1. On retrouve cette teinte dans de nombreux films muets, la couleur n’étant pas une technique bon marché : cette teinte concernait des lieux très éclairés, intérieurs (salon aux multiples lustres allumés) comme extérieurs (soleil à son zénith).
  2. Désolé, ça m’a échappé…
  3. Il est dit qu’on peut apercevoir un bus moderne derrière Gu, mais ce n’est tut de même pas ce qui saute aux yeux.
  4. L’est-il vraiment (obsolète) ?
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