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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean-Pierre Melville, #José Giovanni, #Gangsters
Le deuxième Souffle (Jean-Pierre Melville, 1966)

Deux mois.

Deux mois de la vie d’un gangster qui s’évade participe à un coup et règle définitivement ses affaires.

Le gangster, c’est Gustave Minda, dit Gu (Lion Ventura). Minda est l’un des nombreux vrais-faux gangsters qu’on trouve dans la prose de José Giovanni (qui signe aussi le scénario), ancien membre du milieu et à l’occasion collaborateur plus ou moins zélé.

Vrai-faux parce que Gustave Minda est en fait Gustave Méla dit « Gu le terrible » du fait de son activité et de ses fréquentations douteuses durant l’Occupation (lui aussi), notamment auprès de la Carlingue.

 

Mais ici, pas de polémique quelconque, c’est d’ailleurs un ancien résistant qui mène la danse : Jean-Pierre Melville.

Et avec Melville, pas de bavardage. C’est un film d’une grande sobriété qui n’empêche pas pour autant de l’action dont un braquage meurtrier mais néanmoins administré de main de maître.

C’est aussi une histoire de gangsters et d’honneur, de ces films qui évoquent au spectateur d’aujourd’hui un temps où existait une estime réciproque – jusqu’à un certain point, cela va sans dire – basée sur ce même honneur et surtout un respect professionnel. La meilleure preuve c’est le personnage du commissaire Blot (Paul Meurisse), qui est en fait Clot et qui a croisé tout ce beau monde.

Il est amusant de noter que dans Le Gitan, c’est Marcel Bozzuffi qui interprète le rôle du commissaire alors que Paul Meurisse (encore lui) est un truand qui a le malheur d’être au mauvais endroit et au mauvais moment à chaque fois. Bref, on échange (presque) les rôles.

 

On retrouve dans ce film – tardif, si on se réfère à l’intrigue et la manière de filmer – non seulement les interprètes mais aussi l’ambiance des films de gangsters des années 1950, auxquels ce même Melville a participé (Bob le Flambeur, Le Doulos).

Mais ce qui caractérise Melville (encore une fois), c’est sa sobriété. Nul dialogue superflu, nul surjeu, nul plan acrobatique exécuté& par vanité technique. 

Melville était ce qu’on peut appeler un cinéaste efficace : non  pas comme on l’entend actuellement quand un réalisateur règle une scène spectaculaire avec beaucoup de spectacle par rapport au temps écoulé.

Non, Melville prend son temps mais rien n’est gratuit. La mise en place et surtout la réalisation du braquage est des plus simples et surtout des plus efficientes. Certes, le coup est meurtrier mais le résultat est là.

 

Et il en va de même pour le reste du film.

Le second souffle, c’est celui qui amène aux sportifs un regain de vitalité et lui permet de hausser son effort en vue d’une arrivée victorieuse. Et il en va de même ici. Ce n’est pas un hasard si Gu s’évade et doit courir pour attraper un train, et reste allongé, à bout de souffle en attendant de repartir, comme le fait son compagnon.

Ce deuxième  souffle, ici, c’est avant tout le dernier coup de la carrière de Gu. Celui qui doit l’amener au finish, quel qu’il soit : la réussite ou la mort, il n’y a aucune alternative supplémentaire comme il le dit à Simone Sommelier, dite « Manouche » (Christine Fabréga).

 

Manouche, c’est la bouffée d’air frais de Gu qui cherche son second souffle. Elle est là, Pénélope fidèle qui ne peut empêcher un nouveau départ de celui qu’elle aime, sachant très bien quelle issue fatale il risque. Ce n’est pas une de ces femmes de gangsters bonne seulement à rendre des visites et envoyer des colis. Elle est en plus d’un soutien une femme d’organisation qui connaît toutes les ficelles du métier comme l’atteste ses différentes entrevues avec Blot.

 

Blot, c’est celui qu’on pourrait appeler « le troisième homme : celui avec lequel il faut compter bien qu’il ne soit pas du même côté de la barrière. Sa première intervention est des plus formidables : d’un cynisme terrible, il débite les phrases de Melville et Giovanni avec une aisance fantastique. Mais ses manières un tantinet retorses ne doivent pas faire oublier qu’il est lui aussi un « homme d’honneur ». Pour preuve, sa dernière intervention auprès des journalistes.

 

Au final, c’est ce qu’on pourrait appeler un film de gangsters crépusculaire, où chacun sait par avance le sort fatal qui va arriver : le truand qui fait son dernier coup ; le policier qui est là pour mettre un terme à ces pratiques d’un autre temps, quitte à enfreindre le code d’honneur tacite qui le lie à ceux qu’il poursuit (2) ; et le spectateur qui, malgré une certaine admiration pour ce héros aux mains sales, doit accepter l’issue malheureuse pour ce dernier, la morale exigeant encore de punir les méchant sans distinction.

De toute façon, si Gu s’en sortait, c’est un aller-simple vers la « Bascule à Charlot »  qui lui était destiné, alors pourquoi attendre…

 

  1. Surnom poétique donné à la Gestapo française située au 93, rue Lauriston (Paris 16ème).
  2. Ce n’est pas Blot, bien sûr, mais Fardiano (Paul Frankeur, autre rescapé de la grande époque), qui récolte malgré tout ce qu’il a semé en essayant de salir Gu.
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