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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gilles Lellouche
Le grand Bain (Gilles Lellouche, 2018)

Il y a dans le cinéma français une tradition de films de copains qui remonte à un certain temps : l’un des plus beaux est certainement La belle Equipe de Duvivier, et Yves Robert nous gratifia d’une série de films sur le même thème avec en point d’orgues les quadra de Un Eléphant ça trompe énormément et sa suite.

Le film de Lellouche se situe dans cette même mouvance où le rire se mêle à l’émotion quand ce n’est pas le contraire.

 

Ils sont six hommes, avec une femme, puis sept, et puis une autre femme arrive, et puis finalement un huitième vient compléter l’équipe.

Parce que c’est avant tout une équipe. Ce ne sont pas des « bras cassés » mais ils n’en sont tout de même pas loin : chacun ses problèmes, ses névroses et sa dépression.

Un chef d’entreprise, un pompier, un vendeur de meubles laids, un factotum de piscine qui ne sert qu’à ranger les bouées…

C’est une formidable équipe de solitaires.

Et ces solitaires vont se retrouver pour un pari absolument insensé : participer au championnat du monde de natation synchronisée… Masculine ! (1)

Mais c’est parce que ce rêve est complètement fou voire improbable que ça marche.

 

En plus d’être un film de copain, c’est un film d’acteur(s) : on y retrouve quelques noms de quinquas du cinéma français et francophone (Benoît Poelvoorde), voire un sexa (Jean-Hughes Anglade).

Et à la direction, on retrouve un autre acteur – Gilles Lellouche – qui dirige avec aisance sa bande de nageurs.

C’est – enfin – le premier film de Lellouche tout seul et on comprend ses commentaires enthousiastes quant à sa direction : chacun a sa place, certains en ont une lus grande que les autres, mais on arrive alors à un équilibre entre ces différents hommes qui n’ont certes pas le profil attendu dans une telle discipline.

 

Et puis, il y a les femmes. Les deux coachs (comme on dit) – Delphine (Virginie Efira) et Amanda (Leïla Bekhi) – deux femmes complémentaires et anciennes amies jusqu’à l’accident qui a brisé leurs vie : l’une en fauteuil qui ne peut plus nager comme avant et l’autre obligée d’abandonner car ayant perdu son alter ego.

Ces deux femmes sont absolument différentes : dans leur savoir faire et surtout dans leur savoir être : si Delphine est calme et toujours à l’écoute de ses garçons, Amanda est le sergent instructeur qu’il fallait à cette bande de vieux dépressifs.

Il y a dans Amanda toute la rage de ne plus pouvoir évoluer dans l’eau comme avant et cette rage est encore plus forte avec ces hommes qui ne réalisent pas la chance qu’ils ont de pouvoir nager en rythme. Et surtout, Amanda est peut-être la personne la plus saine du groupe, cachant ses faiblesses derrière une violence verbale exacerbée : véritable défouloir contre l’injustice de la vie qui l’a laissée en fauteuil.

 

Et les autres ? Elles sont trois : une mère (Claire Nadeau) une femme (Marina Foïs) et une fille (Noée Abita).

Elles représentent les générations du film :

La mère de Laurent (Guillaume Canet), abandonnée dans une maison de retraite de type « Thoiry » (2), mais surtout atteinte de troubles psychiques la faisant passer de l’amour à la haine, ce qui explique son abandon, par un fils qui ne peut pas assumer cette parentalité brutale voire violente. C’est le nœud du problème de Laurent, celui qu’il doit dénouer afin d’être en paix.

La femme de Bertrand (Mathieu Amalric), véritable pilier du foyer, malheureuse de voir son « mec » déprimer mais qui reste neutre par rapport à sa maladie : jamais elle ne critique son apathie ou ne le plaint de son état. Et il y a chez Marina Foïs la justesse qu’il fallait à ce personnage sans cesse en équilibre et surtout équilibrée dans la lente dérive chronique de Bertrand.

Et la dernière, Lola, la fille de Simon, le raté. Musicien raté, chanteur ringard, père pas vraiment à la hauteur. Et Lola, qui l’aime quand même, malgré tout ça, même si c’est difficile. C’est peut-être pour elle que c’est le plus difficile, parce qu’elle n’est pas aussi armée que peuvent l’être les autres femmes, et surtout, c’est difficile d’assumer un tel père.

 

Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une comédie et si les dépressifs sont rarement drôles, ici nous avons Benoît Poelvoorde et Philippe Katerine. Ce sont deux gros nases, chacun dans son style, mais tout de même attachants, surtout Philippe Katerine.

Il faut dire aussi que Benoît Poelvoorde est encore une fois magnifique, alors pas besoin d’en rajouter…

A eux deux, et de façon totalement différente, ils sortent le film de ce qui aurait pu être une nouvelle histoire larmoyante (avec ou sans mouchoir, malgré la présence de Guillaume Canet) pour lui donner une dimension comique qui s’inscrit dans la durée (3). Certes, le cinéma français (qui se prononce comme le béret de Pierre Prévert, si vous voyez de qui je veux parler) n’aime pas beaucoup les succès comiques et préfère souvent s’émerveiller devant un Godard ou pire encore un Rohmer.

 

En ce qui me concerne – et vous avez le droit de ne pas m’approuver – je persiste : quand on assiste à une belle comédie enlevée, il ne faut surtout pas bouder son plaisir.

 

  1. Et le gagner : puisqu’on en est à rêver, autant aller jusqu’au bout.
  2. Incompréhensible sans voir le film.
  3. Le succès du film une dizaine de jours après sa sortie semble me donner raison.
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