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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Rémi Bezançon
Le Mystère Henri Pick (Rémi Bezançon, 2019)

« En Bretagne, il ne pleut que sur les cons. » (vieux dicton breton (1)).

Pas étonnant que quand Jean-Michel Rouch (Fabrice Luchini) se déplace à Crozon (29), il pleuve.

Il faut dire que ce monsieur est un sacré con quand on le rencontre. Animateur d’une émission littéraire à la télévision, ancien chroniqueur d’une revue dirigé par un quotidien de barbier, Il se retrouve dans une situation apocalyptique suite à la parution d’un roman au succès incroyable.

Mais reprenons.

 

Un jour, la jeune éditrice Daphné Despero (Alice Isaac) trouve un manuscrit dans une drôle de bibliothèque de Crozon : celle des livres refusés. Touchée par cette œuvre improbable, elle décide de la publier : c’est un succès inouï voire inespéré : son auteur, le mystérieux Henri Pick était pizzaïolo et aurait écrit en cachette cette bombe littéraire. « Aurait » écrit, puisque Jean-Michel Rouch crie à la mystification.

Résultat, ce livre ne fait pas que changer sa vie, elle la chamboule totalement : sa femme le quitte, il est viré de la télévision.

Qu’importe, imbu et orgueilleux, il va mener son enquête.

 

Qu’on se rassure tout de suite, le spectateur a le fin mot de l’histoire, mais ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler la clé du mystère.

Oui, quand Rouch apparaît dans son émission, on ne peut refouler un sentiment de mépris pour ce personnage capable d’influencer le public quant aux différents livres qui paraissent chaque jour.

C’st d’ailleurs cette influence qui est la cause de son échec. Il faut dire que l’émission qu’il dirige à propos du livre de Pick est chaotique : Madeleine (Josiane Stoléru), la veuve de l’auteur, quitte le plateau, énervée par l’attitude fortement déplacée du critique. Et on peut facilement le comprendre : il est d’une incorrection incroyable et plutôt indigne pour un présentateur de télé.

Voilà pourquoi il pleut quand il arrive dans la ville de résidence de l’auteur…

 

Mais, à mesure que Rouch progresse dans son enquête, le temps se bonifie : reparti sur des bases plus saines et sereines, il arrive à entraîner Joséphine Pick (Camille Cottin) dans sa quête pour la vérité. Cette dernière est exactement l’aide dont il avait besoin : une personne critique – par rapport à l’attitude de ce drôle d’enquêteur – mais aussi refusant la thèse de la duperie sans pour autant fermer totalement son esprit : le doute qu’il a instillé s’est installé en elle et elle veut finalement savoir, quoi que soit l’issue.

Et ce qui fait que le film fonctionne, c’est bien cette association elle aussi improbable, qui amène son lot d’humour et d’émotion, indispensables dans un tel film.

 

Encore une fois, Luchini est impeccable mais sa partenaire ne l’est pas moins. Et il est amusant de constater que le père de Camille Cottin était lui-même un bibliothécaire renommé.

Et si les livres sont la toile de fond du film, il s’agit avant tout d’une enquête : une quête de la vérité, et comme toute quête de cet acabit, il ne laissera pas indemne ses participants, en bien comme en mal. Tout comme Joséphine, nous apprécions progressivement ce personnage très désagréable au début et qui, à force de se retrouver seul parce que têtu, va petit à petit revenir vers ce qu’il avait un peu oublié pendant son ascension irrésistible.

 

Alors on peut penser – et je fait partie de « on » qu’on n’aurait peut-être pas dû donner la clé du mystère et laisser un petit peu de doute à la fin du film, mais ce n’est pas trop grave, cette promenade dans les milieux littéraires, que ce soit dans une grande maison d’édition (Grasset, alors que le livre original a été publié par Gallimard…), sur un plateau de télévision ou encore dans une sombre petite bibliothèque du fin fond de la Bretagne (2) est des plus réjouissantes et rend au final un bel hommage à ces livres, qu’ils soient publiés ou non.

De plus, le cercle littéraire de Crozon, où Rouch débarque, nous amène un bel instant d’humour (encore une fois), ce dernier se retrouvant plutôt mal à l’aise (3).

 

Au final un film réjouissant et généreux où on assiste à une métamorphose, la transfiguration inévitable qu’on trouve dans une histoire bien racontée. Cette transfiguration de Rouch peut d’une certaine manière s’apparenter à une rédemption, cette idée de salut n’est pas la propriété exclusive du cinéma américain…

 

 

PS : Décidément, j’aime de plus en plus Luchini…

  1. Le dicton complet est : « En Bretagne, il ne pleut que sur les cons, moi je lutte pour rester à l’abri. »
  2. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Rouch.
  3. Et on comprend pourquoi : ce ne sont que des femmes dont la passion commune est la littérature policière, mais allez voir vous même…

 

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