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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lautner, #Jean Gabin, #Michel Audiard
Le Pacha (Georges Lautner, 1968)

Jean Gabin.

Michel Audiard.

Georges Lautner.

Le trio gagnant.

 

En 1968, avant les événements de mai, ces trois-là nous proposent un énième film policier. La gouaille de l’un, les dialogues de l’autre et la mise en scène claire du dernier et c’est dans la boîte.

En plus, les copains (comprenez : les seconds rôles habituels) sont là :

- André Pousse, tout d’abord, qui avait troqué son vélo pour la vie nocturne parisienne avant de se recycler (c’est le cas de le dire) dans le cinéma ;

- Dominique Zardi et son compère Henri Attal, inséparables seconds couteaux (voire troisièmes)

- Sans oublier l’éternel Robert Dalban et son gros pif.

Du côté féminin, c’est plutôt léger : mais si l’actrice se fait rare, ce n’est pas la première venue : Dany Carrel (qui fêtera ses 86 ans cette année) puisque ça fait déjà 15 ans qu’elle fait du cinéma.

 

Mais alors que tous les ingrédients sont là pour passer un bon moment et rigoler un bon coup, Lautner et son équipe nous proposent un film d’une noirceur peu habituelle chez ce dernier.

Certes, les bons mots sont toujours là (1), mais le ton est froid, terrible, implacable.
Et tout le monde est dans ce ton. Pas de surjeu : Gabin est sobre ; André Pousse est glaçant.

 

Il s’agit d’un véritable film noir. Et violent.

Quinquin (André Pousse) est un tueur terrible, sans aucun scrupule. On est bien loin de Fred l’Elégant dans Les Enfants du Bon Dieu qui sortira six mois plus tard.

Ca flingue à tout va, au pistolet, bien sûr mais aussi à la mitraillette et au bazooka. Bref, Lautner a sorti l’artillerie lourde.

 

Mais il n’y a que l’artillerie qui est lourde. Pour le reste, c’est un film très épuré qui nous est offert. Peu de mots, des décors froids et déserts, voire mortuaires ou mortifères. La nature repose sous une couverture blanche, pendant que Quinquin abat ses complices les uns après les autres. Tout est mort.

Le final se fait dans un lieu mortifère lui aussi : une usine abandonnée, silencieuse et qui ne résonnera que des coups de feu.

Aucune chaleur. Tout est froid. Même l’amitié qui lie Joss (Gabin) et Gouvion (Dalban) est froide. Il n’y a plus d’affection entre eux. Que de l’habitude. « Mais, qu'est-ce que tu veux, c'était mon pote ! » déclare Joss à propos de Gouvion  qui vient de mourir. Et si vengeance il y a, ce n’est pas par désespoir. Non, c’est encore par habitude. Avoir buté son vieux pote est une chose qui ne se fait pas, même si c’était un fabuleux emmerdeur.

 

Et puis il y a la musique. Elle est signée Serge Gainsbourg (2), qui fait une apparition, chantant Requiem pour un Con, associé d’entrée de jeu à la mort de Gouvion. Et cette musique faite pour beaucoup de percussion et d’un peu de guitare est absolument dans le ton du film : épurée et froide.

 

 

(1) « Je pense que le jour où on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner. » (Gabin)

 

« Oh, tu sais, quand on parle pognon, à partir d'un certain chiffre, tout le monde écoute. » (Gabin)

 

« Albert, crois moi ! Comme copain d'enfance, c'était pas le grand Meaulnes, fallait se le faire. Il n'a jamais arrêté de m'emmerder. Il a pris son élan à la communale […]  » (Gabin)

 

(2) Rencontre au sommet entre Gabin et Gainsbourg au studio d’enregistrement, deux légendes de deux mondes différents : deux regards qui se croisent, deux hommes qui se jaugent. Une parenthèse qui s’ouvre et se ferme presque immédiatement : quelques secondes de flottement…

 

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