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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Marcel Pagnol
Le Schpountz (Marcel Pagnol, 1938)

Un schpountz, c’est avant tout un type qui se croit fait pour le cinéma. Mais dans les faits, c’est surtout un jobard un tantinet nombriliste, et toujours persuadé de son talent dans le milieu du 7ème art.

C’est le cas d’Irénée Fabre (Fernandel), bon à rien (1) notoire dans un quartier de Marseille (Éoures), qui vit chez son oncle Baptiste (Charpin) et qui le lui rappelle régulièrement.

Alors qu’un tournage a lieu dans le voisinage, Irénée est victime d’une plaisanterie de l’équipe technique qui lui fait signer un contrat de trois ans.

Aux anges, Irénée décide de partir à Paris, malgré les admonestations de son oncle qui a compris la nullité de ce contrat, et de Françoise (Orane Demazis), la monteuse qui a des remords.

Mais Irénée balaie leurs arguments et s’en va à Paris.

 

Il s’agit ici d’une belle mise en abyme du cinéma où Fernandel est absolument magnifique. Sa tirade « tout condamné à mort aura la tête tranchée » (2), est un très bon exemple de son talent : être capable de soutenir la mise en abyme en jouant ce personnage particulier sans jamais perdre de vue le désir de faire rire le spectateur. C’était son boulot d’acteur ? Oui mais il n’empêche, il le fait très bien ici. Il faut dire aussi qu’il est en territoire connu puisque la plupart des gens qui ont participé à ce film ont dans le même temps tourné dans Regain, qui fut créé en même temps mais sortit l’année précédente.

C’est aussi son troisième film sous la direction de Pagnol, ce qui a de quoi mettre en confiance.

 

Pagnol, d’ailleurs, assure aussi le scénario et le dialogue, ce qui nous amène quelques belles répliques (1), sans oublier le côté méridional, véritable marque de fabrique de l’auteur. Les meilleures séquences se trouvent d’ailleurs dans le midi, le périple parisien n’étant pas toujours très comique, surtout pour Irénée. Chaque confrontation entre Fernandel et Charpin est un moment de haute volée dont les sorties font mouche et prennent une emphase épique amenée (et accentuée) par leur accent méridional, sans oublier l’inévitable exagération intrinsèque à ce genre de personnages. Un régal.

Mais Pagnol était avant tout un auteur, et question réalisation, c’est plutôt basique. Il s’agit plutôt de théâtre filmé, certaines séquences s’enchaînant sans véritable transition (voire pas du tout).

Mais le jeu de Fernandel, à la fois comique et émouvant, emporte tout et on savoure les avatars de ce personnage pas si schpountz que ça. Le retournement de situation dans les studios de cinéma est l’autre versant de ce jeu qu’on a tendance à (trop rapidement) cataloguer dans le comique.

 

Avec Le Schpountz, c’est aussi un hommage au cinéma comique qui est fait. En effet, ce genre a longtemps été considéré comme mineur – Irénée lui-même ne prend pas bien d’être traité de comique – alors qu’on célébrait dans le même temps le génie de Chaplin (cité dans le film) Keaton ou Lloyd (3). C’est une très belle tirade prononcée par Françoise qui bat en brèche les arguments d’Irénée et montre qu’il y a beaucoup de grandeur à faire rire.

 

PS : Le Schpountz est basé sur une histoire vraie. Alors qu’on tournait Angèle, un jeune homme fut victime de la même plaisanterie qu’Irénée par l’équipe du film…

 

  1. « Tu n'es pas bon à rien, tu es mauvais à tout… » (Baptiste Fabre).
  2. Loi du 6 octobre 1791.
  3. Il en existe beaucoup d’autres, mais que voulez-vous, ce sont mes préférés…
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