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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Brian Helgeland
Legend (Brian Helgeland, 2015)

Alors qu’Hollywood nous a offert de très belles épopées mettant en scène des gangsters devenus depuis mythiques (Tony Camonte, Rico Bandello, Michael Corleone et consorts), c’est au tour des Anglais d’en faire de même, avec ce Legend qui reprend une partie de la vie de ceux qui furent des bandits particuliers : les frères Kray, Reggie (Tom Hardy) et Ronnie (Tom Hardy).

Ceux qui comme moi sont d’inconditionnels des Monty Python se souviennent de la parodie qu’ils en donnèrent dans leur sketch sur les frères Piranha, et surtout Dinsdale qui, tout comme Ronnie, était un dangereux psychopathe qui se croyait poursuivi par un gigantesque hérisson criant son nom partout dans Londres.

 

Mais ici, nous sommes très loin d’une comédie, et les occasions de sourire sont fort rares, tant le tableau dépeint est des plus sordides.

Pourtant, à de nombreuses occasions, on se prend à espérer avec Frances Shea (Emily Browning) que les choses peuvent évoluer et que Reggie, le plus sain des deux frères (encore que) peut se sortir de cette infernale spirale qui les emmène inexorablement vers leur perte.

Et le rythme du film se nourrit de cet espoir illusoire : une période de félicité qui va à chaque fois être détruite par Ronnie, précipitant de plus en plus le duo vers sa fin.

 

L’atout – et l’originalité – du film tient dans ce duo constitué de deux frères qui sont jumeaux, ce qui explique certaines attitudes et actions de ces deux personnages sinistres.

D’un côté Reggie, avec soin aspect respectable et son charmant minois, qui tombe les filles d’un regard ; de l’autre Ronnie, qui se présente à Frances comme quelqu’un de laid, et de surcroît homosexuel. Cette dernière particularité est des plus importante quand on sait que le Royaume-Uni ne dépénalisé l’homosexualité qu’en 1969 (1).

Cette homosexualité assumée a tout de même une limite pour Ronnie qui sait qu’il n’a pas le vent en poupe auprès de ses concurrents : à chaque fois il complète son affirmation en précisant qu’il est le dominant.

 

Mais cette orientation sexuelle ne bride en rien sa folie, n’ayant absolument rien à voir avec son penchant pour la violence. Parce que ces hommes sont violents.

Alors qu’on ne les condamna chacun « que » pour un seul meurtre, Brian Helgeland ne tergiverse pas pour nous montrer quelques événements des plus violents : la bagarre dans le pub contre la bande de Richardson (Martin McCreadie) en est une superbe illustration, Reggie avec poings américains et Ronnie une paire de marteaux.

Les deux meurtres ne sont pas non plus des plus photogéniques : si Ronnie tue sa victime « proprement », celle de Reggie est littéralement massacrée avec une frénésie qu’on retrouve d’habitude chez Joe Pesci dans les films de Scorsese.

 

Et d’une manière générale, si Reggie et Ronnie sont très différents, ils se rejoignent dans leur activité criminelle et sont les deux côtés d’une même pièce, une sorte de négatif : ce que n’est pas l’un, l’autre l’est. Et comme les deux versants de cette même pièce ne se rencontrent jamais, les deux frères ne peuvent se faire de mal l’un envers l’autre, indissociables qu’ils sont jusqu’au bout, malgré leurs divergences qui se règlent parfois autrement que par une engueulade.

Et on en arrive alors à la « prouesse » cinématographique : le double (2).

Alors qu’on a l’’habitude de ces doubles dans des comédies, ici aucun ressort comique, et les différentes apparitions doubles de Tom Hardy sont on ne peut plus pertinentes et deviennent très vite naturelles tant les différences physiques sont évidentes entre les deux (tout comme dans la réalité).

 

Je terminerai en ajoutant la reconstitution du « swinging London » en prend un sacré coup au niveau du prestige (3) : la reconstitution est superbe tant pour les costumes et les coiffures, mais aussi en recentrant les lieux de tournages dans ces endroits qui n’ont pas beaucoup changé pendant ces soixante dernières années. Sans oublier non plus les implications gênantes de certains éléments des milieux politiques de l’époque…

Bien sûr, on trouvera certaines inexactitudes et autres détails un tantinet déplacés dans cette période de l’intrigue.

Mais nous sommes au cinéma : et tout est possible. Même d’avoir une certaine sympathie pour ce duo pourtant improbable (4), interprété par un Tom Hardy en grande forme.

 

 

  1. Reggie et Ronnie ne seront arrêtés qu’en 1968 et jugés l’année suivante.
  2. Est-ce encore une prouesse, 120 ans après Méliès ?
  3. « Au niveau de ». Quelle expression minable.
  4. Pour Reggie plus que pour Ronnie. Encore que…
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