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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Marcel Carné
Les Assassins de l'Ordre (Marcel Carné, 1971)

8 h, un dimanche avant noël.

Les inspecteurs Rabut (François « Lucas » Cadet) et Bonetti (Serge Sauvion) viennent tirer du lit Michel Saugeat (Roland Lesaffre) pour « une affaire le concernant » (comme on dit dans ces cas-là). Cinq heures plus tard, on ramène à Mme Saugeat (Françoise Giret) le cadavre de son mari. Que s’est-il passé ? Une fois arrivé au commissariat, Saugeat a été emmené dans la salle d’interrogatoire qui fut vite fermée.

Pas une personne présente ne se souvient de ce qu’il s’est passé. Sauf Danielle Lebègue (Catherine Rouvel), qui prétend que Saugeat a été tabassé. Mais il se trouve que cette dernière est une prostituée et que le commissaire Bertrand (Michael Lonsdale), responsable de l’affaire, a arrêté cette jeune femme quelques années plus tôt.

Bref, beaucoup (trop) de fil à retordre pour le juge Revel (Jacques Brel) qui doit s’attaquer à une des institutions de l’Etat : la Police.

 

Marcel Carné n’est pas connu pour ses films optimistes, et celui-ci ne déroge pas à la règle. Nous sommes dans un film judiciaire noir (1), où à nouveau Don Quichotte se bat contre des moulins à vent. Cette comparaison, qui fait écho à la dernière séquence entre Revel et l’avocat de la défense Graziani (Charles Denner). Les spectateurs noteront le clin d’œil à la comédie musicale qui voyait Jacques Brel dans le rôle du Chevalier à la triste figure…

Lais il est vrai que le juge Revel se bat contre des moulins à vent. Ou plutôt contre une institution qui ne reconnaîtra jamais ses torts.


Surtout, nous sommes en 1971 quand sort le film et il ne faut pas oublier que le ministre de l’Intérieur est encore (et toujours) Raymond Marcellin (2). Alors s’attaquer à la Police, même de Marseille, c’est d’une certaine façon une cause perdue. Mais qu’importe, Revel va aller jusqu’au bout de son instruction, et ce malgré les différentes pressions, pour traduire ces criminels en justice. Parce qu’il ne fait aucun doute chez le spectateur : ces trois hommes (les deux inspecteurs et leur supérieur) sont des salauds dignes de la Gestapo.

Mais malgré le contexte – mai 68 est passé par là – aucune originalité ; ces trois infâmes ne seront pas jugés coupables.

 

Et Carné va préparer ce verdict avec beaucoup de science. Brel est magnifique (peut-il en être autrement ?) et les seuls soutiens qu’a son personnage sont son fils (Didier Haudepin), sa bonne amie (Paola Pitagora), la prostituée et les étudiants que fréquente son fils. Bref, ce ne sont pas des alliés de poids face à la machine étatique. Mais on appréciera avec beaucoup de discernement la prestation de l’acteur-chanteur, formidable porte-parole du réalisateur.

Côté salauds, le trio présenté est solide. D’autant plus que François Radet va interpréter Lucas aux côtés de Jean Richard dans la série des Maigret. Quant à Serge Sauvion, il est un autre ignoble superbe, même si on se souvient plus de lui comme la voix qui double Peter Falk dans la série Columbo (3).

 

Au final, Carné nous offre une autre vision des films judiciaires : habitués que nous sommes de voir les jurés ou un témoin de dernière minute renverser la vapeur, nous avions oublié que les « méchants » gagnaient parfois. Mais là où Carné est encore une fois magnifique, c’est dans la description de cette société post-68 qui s’accroche à ces principes (on ne peut plus) archaïques, dominés par des gens vieux et surtout masculins : sur les neuf (vieux) jurés qui vont débattre de la culpabilité ou non des trois accusés, on ne compte que deux femmes et pas de la première jeunesse.

Encore une fois, un monde est en train de mourir, laissant la place à une société plus jeune, peut-être pas plus idéaliste, mais les institutions de l’Etat vont quand même flancher de temps en temps.

 

Pas toujours, même 50 ans après…

 

  1. Mais ce n’est pas un film noir !
  2. Vous savez, celui qui a inventé les Voltigeurs, ces policiers motorisés qui ont tué Malik Oussekine en décembre 1986.
  3. On se dit dès le début qu’on a déjà entendu cette voix…
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