Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gérard Oury, #Louis de Funès
Les Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973)

Nous sommes à la fin des « trente glorieuses » - qui nous apparaissent aujourd’hui comme pas si glorieuses que ça.

La France est de plain pied dans les années 1970s, dans le tout-voiture, en pleine ère pompidolienne.

Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, comme disait Pangloss.

Sauf que le premier choc pétrolier va laisser des traces indélébiles, repassé »es quelques années plus tard pour la seconde couche (1980), et depuis, nous sommes dans une crise financière et politique qui n’a pas fini de nous mener où nous ne le voulions pas : le pire des mondes possibles, voire plus de monde du tout.

Mais quand sort le film de Gérard Oury, on est à des lieues de ce scénario –catastrophe qui s’affine au fil des jours  plus de 45 ans après.

 

Victor Pivert (Louis de Funès) est Victor Pivert, un patron autocratique d’une entreprise qui rentre d’un voyage d’affaires en Normandie. Mais au lieu de laisser le volant à Salomon Schmoll (Henry Guybet) qui est tout de même son chauffeur, c’est lui qui conduit – très mal – frôlant à chaque fois l’accident. Croisant un mariage « mixte » comme on les appelait alors, il s’insurge du fait qu’une jeune femme noire épouse un jeune homme blanc : Victor Pivert n’’estt rien d’autre qu’un affreux raciste, mâtiné de xénophobie. Et comme si cela ne suffisait pas pour lui, il apprend que son chauffeur est juif.

Dans le même temps, Mohamed Larbi Slimane (Claude Giraud et sa belle voix) est enlevé en plein Paris par les hommes du colonel Farès (Renzo Montagnani), bras armé d’une dictature d’Afrique arabophone.

Les deux hommes que tout écarte vont alors se rencontrer après un épisode mémorable dans une usine de chewing-gum, et surtout vont de voir collaborer pour rester en vie.

 

Bien sûr cette intrigue est improbable, mais on doit tout d’abord reconnaître qu’elle se base sur certains faits qui étaient l’actualité plus ou moins proche pour les spectateurs de cette seconde moitié d’octobre 1973 (le film est sorti le 18) : El Mehdi Ben Barka, tout comme Slimane, est enlevé dans Paris (en 1965), mais son sort sera plus funeste puisqu’on ne le retrouvera jamais ; et du 6 au 22 octobre de cette même année, a lieu la guerre du Kippour. Pour Gérard Oury et Danièle Thompson (sa fille) et les autres membres de la communauté juive, les souvenirs des athlètes israéliens tués à Munich sont encore très frais dans les mémoires.

C’est pourquoi pour une fois, Gérard Oury va faire un film militant, à mon avis son meilleur et de loin.

 

En effet, partant d’un type détestable pour sa xénophobie teintée d’antisémitisme, il construit une comédie cinématographique de très haut niveau, jouant avec bonheur sur les stéréotypes plus ou moins racistes, et utilisant les différents ressorts du comique au cinéma : du mime aux dialogues ciselés (« C’était Farès ? C’est effarant ») – comme on dit – en passant par les différents genres du comique classique, avec bien entendu l’inévitable tarte à la crème, ici remplacée par un cheese-cake.

Et Rabbi Jacob ? Et bien il est interprété par l’un des plus grands Juifs du cinéma français : l’immense Marcel Dalio. Certes sont rôle est donne son titre au film, mais son rôle est tout de même moins important.

 

Surtout, dans ce film, il y a un message – naïf peut-être – optimiste en ce qui concerne l’humanité, puisqu’on y voit un Juif – Salomon – et un Musulman s’y serrer la main en parlant d’un cousinage éloigné, mais alors que la guerre continuait au Proche-Orient (pendant encore 4 jours à la sortie du film), que les agressions antisémites se poursuivaient (et se poursuivent toujours d’ailleurs, hélas), un film comme Rabbi Jacob ne pouvait que faire du bien aux spectateurs, amenant à coups d’humour – juif, cela va de soi mais pas que – des sentiments judéophiles, mais surtout balayait d’un revers de manche le racisme, à coup de stéréotypes cela va de soi, le temps d’un film, voire plus.

 

Bien sûr, on retrouve dans ce film la crème – ou presque – des seconds rôles du cinéma français de l’époque (1), de Georges Adet (le vieux Lévi) à Dominique Zardi (le cuisinier de L’Etoile de Kiev), ainsi que quelques figures marquantes de l’époque : Claude Piéplu, André Falcon, Michel Robin, Popeck, Miou-Miou ou encore Olivier Lejeune.

Une pension spéciale aussi pour la deuxième doyenne (2)  – actuelle – du cinéma français : Suzy « son petit tralala » Delair (101 ans).

 

Bien sûr, le film fonctionne aussi grâce aux différents acteurs, menés tambour battant par un Louis de Funès au meilleur de sa forme, démontrant son énorme potentiel comique incluant grimaces (inévitables bien sûr), bruitages, sans oublier ses deux plongeons dans la cuve de chewing-gum visqueux, moment inoubliable du film ; sans oublier la danse exécutée avec brio en plein quartier juif de Paris, autre point culminant du film.


Un film inoubliable, indispensable, au succès peut-être moins grand que La grande Vadrouille, mais dont le rayonnement va au-delà, restant à ce jour toujours d’actualité, même si il reste marqué par l’époque : c’est tout à fait normal, n’importe quel film est un reflet plus ou moins marqué de la société dans lequel il est tourné.

 

PS : J’oubliais (encore). La musique de Wladimir Cosma, elle aussi – pourtant – inoubliable...

 

  1. Il manque tout de même le figurant : Lionel Vitrant.
  2. La première est Renée Simonot qui aura 108 ans le 10 septembre prochain.
Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog