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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henri Decoin, #H.G. Clouzot
Les Inconnus dans la maison (Henri Decoin, 1942)

Maître Loursat (Raimu) est un alcoolique notoire dans la petite ville où il réside (1). Depuis le départ de sa femme vers d’autres bras, il se saoule consciencieusement tous les jours, délaissant le barreau et vivant de ses rentes (1). Pendant ce temps, sa fille Nicole (Juliette Faber) traîne avec une bande de copains : ils boivent et se lancent des défis idiots. Voler des objets plus ou moins gros.

Un soir que Loursat est chez lui, il entend ce qui ressemble à un coup de feu. Dans le grenier gît un corps. Celui de Gros-Louis, un (vrai) malfrat qui faisait chanter le « fiancé » de Nicole, Emile Manu (André Reybaz).

Manu est arrêté et va être jugé. Son avocat ? Maître Loursat, qui a ressorti sa robe pour l’occasion.

Mais que peut un avocat aviné face à des évidences ?

 

Théoriquement, il ne peut pas grand-chose. Mais quand il est interprété par l’immense Raimu et servi par une intrigue et des dialogues de Clouzot, tout. Et c’est un véritable festival que nous proposent ces deux hommes, dans ce film réalisé par Henri Decoin. Tellement que Clouzot va – enfin – passer à la réalisation d’un long métrage qui sortira quelques mois plus tard, avec quelques interprètes qu’on peut croiser ici (2).

Et c’est ici, comme toujours chez Clouzot, une critique de la société bourgeoise qui nous est offerte, avec un Raimu en pleine forme.

Il a beau avoir gommé son accent méridional, il garde toute sa gouaille habituelle, d’autant plus indispensable que son personnage est avocat. C’est alors une série de diatribes – pour reprendre le mot du procureur (Jacques Baumer) – de haute volée et d’une féroce acuité qui sortent de sa bouche.

Bref, nous savourons les différentes sorties de ce personnage avili plus vrai que nature qui joue avec brio les abrutis, mais dont l’intelligence reste toujours aux aguets.

 

Et comme toujours dans ces cas-là, la maestria d’un seul acteur ne suffit pas : les autres interprètes sont eux aussi à la hauteur du monstre sacré et nous gratifient d’un spectacle de haute volée où le jeu des acteurs et les répliques cinglantes font de ce film un grand moment de cinéma judiciaire. Il faut voir Raimu, amorphe le premier jour, se révéler le second et renverser la vapeur pour faire jaillir la vérité. Et sans pour autant verser dans le surjeu qu’on a pu lui voir de temps en temps. Ses plus beaux moments – pas ses plus belles envolées – sont d’ailleurs les rapports qu’il a avec sa fille qui ne voit à travers lui qu’un ivrogne, incapable d’autre chose que de boire et cuver, même au tribunal.

 

Je reviens à Clouzot, mais il est difficile de faire autrement ici. En effet, le film, de par son intrigue et ses dialogues porte la marque du maître : on y retrouve cette bourgeoisie étriquée qui sera la cible des ses films ultérieurs : des personnages mesquins et pas toujours très beaux, physiquement comme moralement. Et Loursat, ici, est le porte-parole du futur réalisateur dans le portrait de cette société qu’il présente au tribunal dans sa stratégie pour sauver son client. La description des différents parents des jeunes délinquants est savoureuse, renforcée par les différents plans des personnes décrites.

De la même façon, Jacques Baumer interprète un procureur assez détestable dont les convictions ne sont fondées que sur une série de préjugés battus en brèche par Loursat dans ses interventions.

Et c’est la jeunesse qui sort son épingle du jeu dans toute cette histoire. Les personnages les plus jeunes attirent la sympathie – surtout le couple vedette Nicole/Emile – livrés à eux-mêmes qu’ils sont dans cette société sclérosée et qui ne leur propose que peu de dérivatif à leur ennui : les véritables responsables de leur(s) dérive(s) sont leurs aînés qui ne les comprennent pas et de toute façon ne cherchent pas à les comprendre, vivant égoïstement leur vie de petits bourgeois.

 

Ces Inconnus dans la Maison annoncent un autre grand moment de justice cinématographique mâtinée de critique bourgeoise, près de 20 ans plus tard : Le septième Juré.

 

  1. « Une petite ville, ici ou ailleurs », déjà…
  2. Sinon, comment ferait-il ?
  3. L’assassin habite au 21 avec Noël Roquevert (le commissaire Binet), Jean Tissier (le juge Ducup) et bien sûr Pierre Fresnay (le narrateur).
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