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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Raymond Bernard
Les Misérables : Tempête sous un Crâne (Raymond Bernard, 1934)

« Je suis Jean Valjean ! »

C’est par ces mots que monsieur Madeleine (Harry Baur) va sauver Champmathieu (Harry Baur), qu’on avait pris pour Jean Valjean (Harry Baur).

Jean Valjean ? C’est un homme malchanceux qui pour avoir volé un pain pour nourrir sa famille a fait 19 ans au bagne de Toulon (Cinq ans de condamnation auxquels s’ajoutent quatre tentatives d’évasion).

Depuis huit ans (1), Jean Valjean se cache derrière l’identité de M. Madeleine, philanthrope et maire de Montreuil s/Mer, distribuant de la bonté et de la justice, choses qui lui furent longtemps refusées.

Mais il est talonné par un ancien du bagne, Javert (Charles Vanel), qui était alors de l’autre côté de la barrière, garde-chiourme.

 

Comme je l’ai déjà dit ici, il s’agit de la cinquième adaptation du roman de Victor Hugo, et au vu des suivantes – je n’ai pas vu les précédentes – c'est très certainement la meilleure, que ce soit du point de vue de l’adaptation que du jeu des acteurs et de la manière de filmer.

Raymond Bernard, une fois Les Croix de bois sorti, enchaîne directement sur le chef-d’œuvre (le tournage commence en décembre 1932) de Victor Hugo (enfin, un des chefs-d’œuvre…) et, entouré d’une distribution prestigieuse réalise ce qui reste pour moi la version de référence : Victor Hugo est un de ces auteurs français dont on ne peut pas faire n’importe quoi, même quand il y a Lon Chaney, mais ceci est une autre histoire.

Raymond Bernard va alors partager son film en respectant à peu près le découpage de Hugo, arrêtant la première partie à l’évasion de Madeleine/Valjean et son départ vers Montfermeil où il doit aller chercher Cosette (Gaby Triquet).

 

Il y a dans ce film une alliance formidable entre la mise en scène, le jeu des acteurs et les prises de vue qui fait de cette épopée un grand moment de cinéma, réussissant à recréer l’atmosphère du livre mais d’une manière fort curieuse. Nous connaissons tous les fabuleuses descriptions (5) du grand Victor, que certains peuvent trouver longues et bavardes (moins que celles de Balzac, si vous voulez mon avis), et ce qui retient l’attention dans ce film, c’est le silence qui y est aménagé. Même la musique d’Honegger ne parvient pas à le troubler, étant utilisée avec parcimonie.

Mais surtout ce qui est la scène-clé du film, c’est celle qui donne son nom à ce film : Tempête sous un crâne. On retrouve le combat manichéen que livre Valjean avec sa conscience, combat entre le devoir et l’intérêt particulier : se taire, c’est condamner Champmathieu au bagne à perpétuité ; parler c’est s’enfermer définitivement.

Et c’est là que la caméra de Jules Kruger (et aussi celle de Portier) prend vie et remplace en partie les yeux de Valjean/Madeleine. Ce sont les mots Arras (où a lieu le procès) et Montfermeil (où vit Cosette) qui se livrent une bataille, et s’animent sous nos yeux, accentuant l’enjeu du combat qui se déroule dans la tête de Valjean.

Cette caméra nous amènera aussi des cadrages singuliers, de biais alors que la santé de Fantine (Florelle) se dégrade où que Valjean dépose au tribunal : ce cadrage devenant alors le signe de la tragédie qui se joue devant nos yeux.

 

Et puis il y a les interprètes.

Bien sûr, Harry Baur est – encore une fois – impeccable et campe un Valjean fruste et agressif qui se mue en gentleman avec beaucoup de conviction. Et sa prestation est d’autant plus remarquable qu’on ne se dit à aucun moment que c’est Harry Baur qui interprète Valjean, mais bien que c’est Valjean que nous voyons ici se dépêtrer avec a conscience et Javert.

De la même façon, Florelle est une Fantine tragique, dernier instrument du Destin de Valjean : sa dernière vie pourra alors commencer suite à la promesse qu’il fait sur le lit de mort de la malheureuse. Il va s’occuper de Cosette.

Je continue tout de même à trouver que Charles Vanel, malgré son immense talent n’est pas le meilleur Javert que j’ai vu. Mais il n’en demeure pas moins un personnage indispensable à l’intrigue, et Vanel lui confère un aspect borné qui est indissociable du personnage.

Je garde mes préférés pour la fin : Les Thénardier.

Le choix de Charles Dullin (lui) et Marguerite Moreno (elle) fut une magnifique inspiration tant ils personnifient le couple le plus abject e la littérature française. A leur malhonnêteté s’ajoute une malfaisance ignoble, et leur aspect physique n’est pas pour les rendre plus sympathique. Au contraire. Bref, Moreno et Dullin sont à mon avis les pires Thénardier qui soient, et de ce fait les meilleurs qu’on ait vus au cinéma. Mais cela n’engage que moi.

Je terminerai en parlant de la petite Gaby Triquet (qui a eu 95 ans en novembre dernier), qui est une Cosette fort convaincante : elle a huit ans quand commence le tournage et sa petite taille accentue le malheur qui s’abat sur son personnage.

 

Bref, une première partie qui annonce le chef-d’œuvre, au même titre que le roman dont il s’inspire.

 

  1. Parfois c’est seulement sept.
  2. Ils sortiront les 3, 16 et 23 février 1934.
  3. J’adore ce roman.
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