« La vie avec Père », nous dit le titre original. Quelle vie… Et surtout quel père !
Clarence Day Sr. (William Powell), règne d’une main de maître sur sa maison : sa femme Vinnie (Irene Dunne), et ses quatre fils, Clarence Jr. (Jimmy Lydon), John (Martin Milner), Whitney Johnny Calkins) et le petit Harlan (Derek Scott).
Enfin, à l’instar du maître du logis de Dreyer, c’est plutôt Vinnie qui dirige tout, embrouillant, avec talent, l’esprit de son mari, le retournant telle une crêpe à la chandeleur.
Alors que les Day ont la visite de la cousine Cora (Zasu « Trina » Pitts) accompagnée de la jeune – et belle – Mary (Elizabeth Taylor), la famille se rend compte que ce même père n’a jamais été baptisé !
C’est impensable quand on a été élevé dans la religion comme Vinnie… Et ses enfants !
Et en fin de compte, s’il n’a pas été baptisé, son mariage est-il valable ?
Ces questions sont primordiales dans le New York de la fin du XIXème siècle…
Autant le dire tout de suite, Clarence Day Sr. n’est toujours pas baptisé quand le film se termine. Mais cela ne devrait plus tarder… Quoi qu’il en soit, Michael Curtiz réussit ici une comédie pittoresque, servie par une distribution à la hauteur de l’enjeu, Powell et Dunne assurant à eux seuls une grande partie du succès. Mais comme toujours, deux vedettes ne suffisent pas si les seconds rôles ne les soutiennent pas. Heureusement, c’est donc le cas ici et on passe un bon moment en compagnie de cette famille somme toute banale s’il n’y avait pas ce père faussement tyrannique.
Les éclats récurrents – « Goooooood ! (1) » a – de cet homme d’affaire dépassé par sa famille sont attendus avec impatience à mesure que l’intrigue se déroule. De même pour le défilé des servantes – une nouvelle chaque jour – qui lui font dire à chaque fois : « qui est-ce ? ».
Et le talent de Michael Curtiz, c’est aussi de faire d’une pièce de théâtre un film, échappant au théâtre filmé grâce, entre autres, au talent de Robert M. Haas & George James Hopkins qui recréent un New York fin de siècle de toute beauté. L’introduction du film nous y prépare d’ailleurs puisque nous voyons de vieux clichés vus à travers une visionneuse à double image comme on en trouvait à l’époque. Le passage au film se fait alors tout en douceur et nous nous retrouvons comme projetés à l’intérieur de ce monde un tantinet désuet parce que révolu.
Et en touche finale pour ce décor d’un autre temps, nous avons le policier qui déambule, interprété par Monte Blue, lui aussi un acteur d’un autre temps…
Oui, Curtiz nous régale avec cette comédie – d’après une histoire vraie ! La famille de Clarence Day a véritablement existé et c’est Junior qui en a écrit un livre – dont l’intrigue n’est pas si simple que ça. Car, outre l’histoire du baptême paternel, nous avons droit à une histoire d’amour naissante entre Clarence Junior et la belle Mary, ainsi q’un remède miracle qui soigne (presque) tout et que John vend aux amis de la famille. Ce remède miracle, véritable poison, est tout de même un des déclencheurs de la rédemption : eh oui, c’est bien un film américain et si Vinnie tanne son mari pour qu’il soit baptisé, c’est avant tout pour assurer son salut ! On y revient toujours !
AU final, une comédie enlevée, servie par un duo vedette en pleine forme et un Michael Curtiz qui semble s’amuser de toutes ces péripéties.
Un film à (re)découvrir…
- « God », pas « good ». Avec un o ouvert qui tire sur le a.
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