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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Monta Bell, #Marion Davies
Lights of Old Boradway (Monta Bell, 1925)

Décidément, Marion Davies était une très grande actrice ! Ce n’est pas la première fois que je le dis, mais tout de même, il y a chez elle un jeu qui, même s’il se rapproche de Mary Pickford, lui reste malgré tout très personnel. Alors que Mary interprétait des très jeunes filles, les personnages de Marion paraissent un tantinet plus âgés, presque comme si l’une interprétait l’autre plus tard. D’ailleurs, Marion étant arrivée après Mary, c’est un peu cela qu’il s’est passé… Alors si on ne peut que reconnaître le talent de Pickford, ne négligeons pas celui de Davies qui s’exprime différemment, mais avec autant de force.

Mais revenons.

 

Anne De Rhonde (Marion Davies) est une jeune femme de bonne famille : fille d’un banquier de l’aristocratie new-yorkaise, elle passe des journées paisibles et oisives, à l’abri du besoin, en attendant d’épouser un fils d’une autre bonne famille.

Fely O’Tandy (Marion Davies), est une jeune fille rugueuse des bas-fonds new-yorkais, vivant au croisement entre la 5ème rue et la 59ème. A Broadway donc, avant que ce quartier devienne prestigieux.

Adulte, elle est danseuse chez Pastor (George Bunny) et fait la rencontre du jeune (et séduisant) Dirk De Rhonde (Conrad Nagel), le frère d’Anne. Mais pour De Rhonde père (Frank Currier), il n’est pas question d’une telle mésalliance. Et en plus, les O’Tandy occupent illégalement le terrain des De Rhonde.

L’affrontement est donc inévitable.

J’oubliais : si les deux jeunes femmes se ressemblent autant (et pour cause !), c’est avant tout parce qu’elles étaient sœurs jumelles et que les deux familles les ont adoptées à la mort de leurs parents pendant la traversée qui les mena en Amérique.

 

Bien sûr, l’affrontement n’est pas le véritable enjeu du film : c’est avant tout l’histoire d’amour entre Anne et Dirk. Même la sororité entre Anne et Fely n’est pas exploitée autant qu’elle aurait pu : elle ne constitue pas un véritable enjeu dans l’intrigue et Monta Bell ne l’exploite que très peu, préférant suivre la truculente Fely plutôt que la mièvre Anne. Cela ne l’empêche pas de faire se rencontrer deux fois les deux jeunes femmes, mais sans pour autant en faire des séquences de prouesse technique : tout est dans le montage puisqu’on ne voit jamais les deux visages en même temps, l’utilisation des champ/contrechamp est suffisante.

Non, la prouesse est ailleurs : Monta Bell réussit à réaliser une belle comédie avec un sujet somme toute assez tragique.

 

En effet, outre l’expulsion des Irlandais de leur taudis, nous assistons à des scènes de violence – une émeute dirigée contre les « aristocracks » comme dit O’Tandy père (Charles McHugh) une tentative d’assassinat et un crack boursier qui va plonger les De Rhonde dans la pauvreté – sans pour autant perdre le sourire né de la première apparition de Marion Davies.

Parce que Monta Bell traite ces différentes étapes du scénario avec la rigueur nécessaire pour en tirer pleinement les effets comiques (1). De plus, les différents interprètes utilisent pleinement leur potentiel comique pour faire de ce film une réussite. Outre Marion Davies qui est irrésistible (dans la joie ou la tristesse), on savoure la prestation de Charles McHugh dans le rôle de cet Irlandais vindicatif, grand consommateur de briques, surtout celles qui rebondissent sur le nez des riches. Devenu riche lui-même, sa nouvelle apparence n’a pas grand-chose à voir avec celle de son ennemi juré : il ressemble plutôt à un leprechaun, surtout avec son chapeau à ruban.

 

Bien  sûr, l’affrontement aura lieu, mais il sera, comme dans une autre bagarre célèbre (2) entre deux autres Irlandais – Sean Thornton (John Wayne & Red Will Danaer (Victor McLaglen) dans L’Homme tranquille – l’occasion d’une solide amitié qui en plus sert l’intrigue amoureuse parfaitement.

 

Bref, une très belle comédie qui voit réuni pour la première fois le duo Davies-Nagel (il y en aura deux autres), où Marion Davies est (encore une fois) magnifique. Il est tout de même bien réducteur de la comparer à la Susan Alexander (Dorothy Comingore) de Charles Foster Kane (Orson Welles), parce qu’elle eut une liaison avec Hearst qui a inspiré Citizen Kane.

Parce que si Susan Alexander n’avait aucun talent, Marion Davies en avait à revendre !

 

  1. La comédie, c’est sérieux !
  2. Robert Israel, qui signe ici une nouvelle partition pour le film, en reprend d’ailleurs un thème…
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