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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Arthur Penn, #Western
Little big Man (Arthur Penn, 1970)

Enfin.

Enfin un film qui remet les pendules à l’heure.

En effet, depuis le magnifique They died with their Boots on de Raoul Walsh, aucun film n’avait traité aussi bien Little big Horn. Ni avec autant de panache.

En effet, le film de Walsh nous présentait un Custer romantique en diable, interprété par l’immense Errol Flynn et aimé d’une Elizabeth (Olivia de Havilland, même mariée à Custer, elle est magnifique…) admirative.

Mais ça, c’était avant. Du temps où un bon Indien était avant tout un Indien mort.

Pourtant ce précepte fut – heureusement – écorné dès les années 1950 avec, par exemple, La Prisonnière du désert et d’autres films qui suivirent.

Mais ici, Arthur Penn va encore plus loin : Custer est très loin de l’image véhiculée auparavant : il n’est rien qu’un chef bouffi d’orgueil et surtout un véritable abruti, au grand dam de ses subordonnés.

Ca fait du bien des fois...

 

Mais si Custer (Richard Mulligan) est malmené, le véritable héros du film est avant tout le peuple cheyenne. Si Jack Crabb (Dustin Hoffman) est le narrateur, il est avant tout le porte-parole d’un peuple fier (et farouche, cela va sans dire) dont les membres se désignent eux-mêmes (à juste titre) des « êtres humains ». Il faut dire que les Blancs qu’on y croise peuvent difficilement se targuer d’un tel titre.

Et pourtant, Jack est avant tout un homme blanc. Mais surtout, c’est un témoin (improbable) des guerres indiennes.

La première fois que nous voyons Jack, c’est un très vieil homme (1) qui approcherait les 120 ans si on en croit la narration.

Très jeune il est recueilli par la tribu d’Old Lodge Skin (Chief Dan George) et est élevé parmi ce qui devient sa nouvelle famille.

Mais étant avant tout un homme blanc, Jack va aller de famille en famille, et surtout alterner entre les Cheyennes et les Blancs au hasard des opportunités.

Avec, en point d’orgue la fameuse bataille de Little big Horn.

 

Quelle que soit la période dont nous parle Jack, ce sont toujours les mêmes personnages que nous rencontrons : la tribu d’Old Lodge Skin d’un côté ; et de l’autre Wild Bill Hickok (Jeff Corey), Custer ou encore Merriweather (Martin Balsam), sans oublier Mrs Pendrake (Faye Dunaway).

C’est un rôle magnifique pour Dustin Hoffman. Non seulement il a la taille requise, mais en plus, il passe d’un archétype à un autre avec brio, le tout rythmé par sa voix altérée de narrateur. Cette narration, d’ailleurs, possède un recul étonnant qui confine parfois à l’ironie. Jack passe d’un statut à l’autre en fonction des circonstances, mais avant tout pour sauver sa peau !

 

Si les Indiens sont les véritables gentils du film, il ne s’agit pas d’un film didactique comme peut l’être le superbe A Man called Horse qui est sorti quelques mois plus tôt. Mais le point commun entre ces deux films est un respect du peuple indien, et surtout une volonté d’éveiller les spectateurs au sort de ceux qui sont avant tout les véritables Américains : alors quand on entend un président qui veut chasser tous les « étrangers (2) » de son pays, on ne peut que lui conseiller de revoir ces deux films (et les autres).

 

Alors certes, on peut légitimement qualifier l’intrigue d’improbable, voire invraisemblable, mais il en demeure tout de même que le thème abordé l’est fait avec beaucoup de talent. Pendant 70 ans, on a montré les Indiens comme des brutes sanguinaire – sans oublier barbares – que l’on peut aisément duper. Il n’en demeure pas moins que la tribu qu’on nous montre est un magnifique exemple d’humanité (voir plus haut).

Cette tribu qui accueille Jack le fait sans hésiter ni préjugé. Et si Jack se brouille (à la vie, à la mort) avec Younger Bear (Cal Bellini) – autre brave – c’est avant tout par méconnaissance des us et coutumes cheyennes. Pour le reste, il s’adapte facilement à cette vie nomade dont les propriétés ne sont pas toujours désagréables (3).

 

Mais plus qu’un plaidoyer pour les Indiens ? Arthur Penn nous livre ici un western magnifique où le pittoresque se mêle à l’historique pour notre plus grand bonheur.

Jack, s’il est le personnage central, n’est pas ce qu’on pourrait appeler un héros dans le sens positif du terme. Pour avoir traversé cette période – et les autres, le récit a lieu en 1969 ou 1970, d’où une vie marquée par de grands événements historiques mondiaux – Jack a une chance extraordinaire.

Mais cela ne l’a pas empêché de côtoyer les grands noms de l’Ouest américain (Wild Bill Hickok, Custer, mais aussi Buffalo Bill), ainsi que vivre différentes vies plus ou moins honorables : jeune candide auprès de Mrs. Pendrake ; pistolero (avant sa rencontre avec Hickok) ; partenaire d’un charlatan qui vend un élixir miracle ; sans oublier poivrot avec tous les désagréments inhérents dont un temps atmosphérique franchement désavantageux…

 

Bref, nous sommes ici en présence de ce qu’on pourrait appeler un sommet (« a peak » comme ils disent) du western.

Indispensable.

 

 

  1. Dick Smith, le maquilleur, est un véritable magicien.
  2. « Aliens » en VO. Rien à voir avec Ridley Scott.
  3. cf. l’épisode avec les sœurs de Sunshine (Aimee Eccles).

 

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