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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Peter Brook
Sa Majesté des mouches (Lord of the Flies - Peter Brook, 1963)

A Bernard Hamel, en souvenir de ses merveilleux cours de littérature anglaise.

 

Alors que le générique de présentation se déroule, des images d’avions succèdent à celles d’élèves dans quelque grande école anglaise (Eton ?), sous l’égide de l’inamovible Big Ben. Quand le nom de Peter Brook s’inscrit, l’avion s’est écrasé en mer, laissant comme seuls survivants de jeunes garçons, perdus sur une île déserte, mais pas tant que ça.

Rapidement, ils vont reproduire les codes sociaux de leur pays, désignant Ralph (James Aubrey) comme leur chef, soutenu par un autre « grand » : Jack Merridew (Tom Chapin).

Et comme ils ont copié les codes sociaux de leurs aînés, des dissensions vont naître, entre Jack et son groupe de chasseurs et Ralph, garant du bon fonctionnement de cette microsociété infantile.

 

C’est vraiment une très belle adaptation du roman de William Golding que nous propose ici Peter Brook (qui a fêté ses 96 ans en mars dernier), fidèle sans toutefois l’adapter à la lettre, tributaire du jeu improvisé des enfants : seule la trame du récit est conservée ainsi que quelques répliques emblématiques (1), le reste étant improvisé par les enfants. Et comme tout fut tourné en bord de mer, le bruit de ressac obligea ces mêmes enfants à réenregistrer leurs dialogues après une journée de tournage afin de bien les comprendre. Cette dernière précision explique aussi la grande part prise par le silence dans le film, le son devenant alors d’une grande pertinence. Mais cela explique aussi la diction particulière de Hugh Edwards (Piggy) qui manque un tantinet de naturel.

 

Et puis il y a la bête. Elle n’est pas identifiée par les enfants qui vont la craindre et en même temps vouloir s’en débarrasser. Cette bête est tout à fait réelle même si elle n’a rien d’animal (comprenez « non humain »), mais la véritable, celle qu’on ne voit pas est celle qui donne son titre au film : le Diable. Pourtant la seule référence visuelle qu’on en a est la tête de cochon exposée sur une pique en offrande, grouillant de ces mouches affamées qui font bombance.

Pour tant le Mal est omniprésent dans cette intrigue, générée par Jack qui va faire basculer ce qui ressemble à une démocratie – réglée par la conque de parole – en société totalitaire violente dirigée d’une main de fer par Jack, ce chef vénéré et craint que progressivement les soutiens de Ralph vont rejoindre, par peur d’éventuelles représailles.


Il ne faut pas oublier que le roman a été publié neuf ans avant la sortie du film et que le souvenir de la deuxième guerre mondiale était encore vivant pour les lecteurs. Et cette bête devient le prétexte à l’instauration de ce régime autoritaire par Jack qui n’est pas sans rappeler celui qui s’étendit sur l’Europe la décennie précédente.

Et comme nous le disait le professeur à qui est dédié cet article, si le film avait été en couleurs, on aurait vu les couleurs rouge blanc et noir sur les corps de Jack et ses acolytes, ces mêmes couleurs qu’on retrouve sur le drapeau nazi.

 

AU final, c’est un film assez dur qu’a réalisé ici Peter Brook, aussi dru que l’est e roman, n’éludant pas les morts (il y en a) malgré la présence (presque) exclusive d’enfants. Ces enfants n’ont rien à envier aux adultes qu’ils ont copiés – presque trop bien – jusqu’à en reproduire les dérive mortifères. Mais ce sont tout de même ces adultes qui vont interrompre cette situation dégénérée, sonnant en quelque sorte la fin d’une récréation funeste.

Et comme le conflit pour mondial précédent, c’est l’armée qui y met un terme.

Pas très optimiste tout ça…

 

(1) « Kill the pig ! Slit her throat ! Bash her in ! » (Tuons le cochon ! Egorgeons-le ! Assommons-le !) ; « I’ll hunt and feast and have fun » (je vais chasser, faire la fête et m’amuser).

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