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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters
Lost Identity (Wrecked - Michael Greenspan, 2010)

C’est nébuleux. Noir, puis avec des reflets rouges, pendant que quelques éléments de générique s’affichent difficilement, les inscriptions tremblotant. Puis la lumière arrive sur un œil qui s’ouvre : on comprend alors l’obscurité de l’introduction. Quant au rouge, il s’explique par la présence du sang sur un visage : c’est un homme (Adrien Brody) qui vient d’ouvrir les yeux.

 

Il est coincé dans une voiture, au milieu de nulle part, en pleine forêt d’Amérique du Nord.

Coincé par le tableau de bord et sa jambe en dessous, l’os fracturé.

Une fois ses esprits repris, il se rend compte qu’il ne se souvient de rien, et que les hommes – morts – qui l’accompagnent lui sont absolument inconnus.

Puis il trouve un pistolet. Et une carte de parking avec un nom dessus : Raymond Plazzy.

Et quand la radio (qui fonctionne) annonce qu’on recherche ce même Plazzy pour un hold-up meurtrier, cet homme sent que sa situation est pire que ce qu’il imaginait.

 

Deux parties dans ce film : dans la voiture et dehors, dans des proportions relativement similaires. Deux parties mais un seul homme, accidenté et très endolori. On pourrait presque parler de huis clos, mais comme à un moment, la portière s’ouvre et qu’il réussit à sortir…

Mais malgré tout la solitude s’installe, dérangée par quelques créatures qui vont et viennent : un renard, un chien, un puma et une femme (Caroline Dhavernas). Mais malgré tout ce monde, l’homme est seul avec sa douleur et son désespoir.

Michael Greenspan reste toujours au plus près de cet homme, alternant plans (très) rapprochés et caméra subjective, nous faisant ressentir ces (ses ?) différents instants où chaque étincelle d’espoir s’éteint à cause d’une réalité implacable et aussi froide que l’atmosphère.

 

Et malgré tous ces éléments plus ou moins hostiles et sa solitude toujours plus prenante, autour des cadavres de ses compagnons d’infortune (1), nous allons assister à un retour à la vie. Une fois la vue rétablie et le toucher revenu (avec la douleur, hélas), ce sont les autres sens qui vont s’y mettre : l’odeur de putréfaction  (dans sa blessure, mais on peut imaginer aisément ailleurs), et le goût dû aux besoins naturels : manger et boire. Sans oublier un autre besoin naturel : expulser (le liquide).

Adrien Brody est magnifique dans ce rôle anonyme. C’est une succession de regards qui nous est offerte, les mots n’ayant d’utilité que parce qu’il est désespérément seul, tel un naufragé sur une île. Et c’est exactement ce qu’il est, luttant pour sa survie, aidé par de drôles de Vendredi.

 

Et cette renaissance passe aussi par le mouvement : quitter cette « île déserte » symbole de mort. Nous assistons alors à ses efforts (surhumains) pour arriver à se sortir de la voiture et échapper à revenir à la vie.

Mais Greenspan joue avec son personnage, alternant les moments de veille et d’assoupissement, amenant alors de nouvelles situations qui s’effacent subrepticement – ou non - si l’homme se réveille. C’est d’ailleurs la frontière un tantinet trop ténue entre rêve et le réel qui peut être reprochée au scénariste (2) et par extension au réalisateur : à trop jouer sur le mélange des deux, l’attention du spectateur s’émousse.

 

Mais outre ce jeu d’ombres entre rêve et réalité, certains éléments nous permettent tout de même de nous raccrocher à une narration linéaire : ses blessures et ecchymoses qui disparaissent progressivement ou changent de couleurs, son œil qui s’ouvre à mesure que la paupière dégonfle (3). Mais aussi la nuit et le jour qui alternent. Le seul repère temporel formel c’est le bulletin d’information qui annonce qu’un hold-up a eu lieu un vendredi précédent. Combien de jours se sont écoulés ? On ne sait pas, et on ne saura jamais.

 

Mais heureusement, la mémoire va revenir, et avec elle la délivrance de savoir ce qu’il s’est passé (pour lui comme pour nous). Doucement, par de vrais flashes – des images pendant une fraction de seconde puis des séquences qui s’allongent jusqu’à la révélation finale et l’explication de l’accident.

 

La boucle est refermée.

Le film est terminé.

 

PS : ce film n’est jamais sorti sur les écrans en France. Dommage, peut-être.

 

PPS : quoi qu’il en soit, je ne comprends pas pourquoi le titre original (« accidenté », « détruit », « naufragé »…) a été remplacé par cette « identité perdue », mais en VO.

Décidément, le monde des traducteurs de cinéma est un espace fort curieux…

 

  1. Largement plus infortunés que lui, donc…
  2. Qui a écrit parfois un peu au hasard : n’ayant pas trouvé de nom à son personnage, il ajoute une amnésie…
  3. Très beau travail de maquillage.

 

 

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