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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Comédie dramatique
L'Isolé (Lucky Star - Frank Borzage, 1929)

En français, le titre se traduirait par « bonne étoile ». Et cette bonne étoile, c'est Mary Tucker (Janet Gaynor, tout simplement sublime). Mais on a choisi un autre titre. L'Isolé, c'est Tim Osborne (Charles Farrell, formidable aussi).

Mais reprenons.

Tim travaille pour la compagnie du téléphone, sous les ordres de Wrenn (Guinn « Big Boy » Williams), une espèce de bon à rien avec une grande gueule.

Tous les jours, Mary leur apporte du lait sur le chantier.

Mary est une paysanne mal dégrossie qui vit avec sa mère et ses quatre frères et sœurs. ILs subsistent dans la campagne américaine en fonction de ce qu'ils produisent ou récoltent : lait, légumes, baies... Bref, c'est loin d'être rose tous les jours. Surtout que Ma (Hedwiga Reicher) a la main leste envers sa fille.

Alors Mary se débrouille comme elle peut, n'hésitant pas à truander ses clients quand l'occasion se présente. C'est ce qui lui permet de recevoir l'une des plus belles fessées du cinéma des mains de Tim.

C'est aussi ce même jour que leur vie bascule (il faut bien que ça arrive, sinon, pas de film !) : la guerre est déclarée. Nous sommes en avril 1917.

Les hommes s'engagent : Tim par devoir patriotique, Wrenn pour vérifier que les Françaises sont aussi jolies qu'on le dit.

Et Mary ? Elle reste et leur écrit, attendant de leur tricoter des chaussettes.

Mais la guerre étant injuste, Tim a les deux jambes broyées et revient dans un fauteuil roulant. Wrenn revient avec son grade de sergent et une belle médaille pour acte de bravoure (!!?).

Dès lors, nous allons suivre la relation qui va s'établir entre Tim et Mary, polluée par l'inévitable Wrenn...

 

Tout est affaire d'éclairage dans ce film de Borzage. On pense alors à Murnau, tant le jeu de l'ombre et de la lumière est important (D'autant plus que Janet Gaynor et Charles Farrell ont joué pour cet autre maître). La représentation de la guerre doit être l'une des moins coûteuse du cinéma : sur un fond noir, des flashes de lumières se succèdent à intervalles irréguliers, de temps en temps une explosion nous rappelle les ravages qu'elle peut faire. Pas de classes, pas de scène de bataille. Tout est dans la suggestion. Et qu'est-ce que ça fonctionne !

Mais ce qui prime dans ce film, c'est la relation entre Mary et Tim. Comme dans L'Heure suprême, nous assistons à une relation dont les deux partenaires tireront bénéfice. Mais cette fois-ci, Tim est déjà invalide. Et c'est de cette invalidité que naît cette relation amicale qui va se transformer en amour.

Mary va y gagner une éducation : sa mère, préoccupée par sa situation économique n'a pas vraiment le temps d'élever ses enfants (les lettres de Mary nous montrent qu'elle n'a pas beaucoup fréquenté l'école). Tim va donc enseigner à Mary la propreté : physique et morale.

Et Mary va - sans s'en rendre compte - rendre le goût de la vie à un homme brisé, physiquement et moralement.

Bien entendu, la mère de Mary ne peut supporter une telle relation : il n'y a rien à attendre d'un paralysé, c'est un improductif. Alors quand Wrenn débarque avec ses cadeaux et ses belles paroles, elle ne peut que céder sa fille à cet homme qui lui promet un avenir aussi brillant.

Pourtant, que d'émotion quand Mary saute au cou de Tim : il a un visage tellement débordant de bonheur... Mais rapidement, sa félicité se transforme en crainte : il se rend compte qu'il tombe amoureux - alors que Mary n'éprouve que de la reconnaissance - et aussi que sa condition d'invalide ne lui permet pas un bonheur normal. Alors, doucement, il désenlace les bras de Mary, freinant par là même ses ardeurs et sa propre excitation.

Outre le jeu formidable du couple, il faut avouer que Guinn Williams a un rôle déterminant dans ce film. C'est bien connu, pour qu'une histoire soit réussie, il faut que le méchant le soit. Et Wrenn est plutôt réussi. On a constamment envie de lui boxer le nez, tant son numéro de baratineur est énervant. Que de malhonnêteté ! Et une question reste en suspend : quel avenir pouvait-il offrir à Mary, sachant qu'il avait été chassé de l'armée, tout en promettant que cette institution s'occuperait du mariage. Pas besoin de chercher bien loin la réponse :

- Sachant que c'est une espèce de parasite qui ne fait rien sinon parader en uniforme (usurpé) ;

- Sachant qu'il est capable de payer beaucoup de cadeaux sans travailler

La seule solution qui s'offre à nous : c'est un proxénète. Il compte - bien entendu - sur Mary pour lui assurer un futur revenu.

Mais nous sommes dans une comédie. Alors tout se terminera bien, et Mary et Tim sortiront de cette épreuve grandis, ou comme il le dit : « réparés ».

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