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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Karl Freund
Les Mains d'Orlac (Mad Love - Karl Freund, 1935)

Un autre réalisateur, une nouvelle histoire.

 

Orlac (Colin Clive) est toujours un pianiste et compositeur virtuose, et encore une fois, il perd l’usage de ses mains dans un accident de train. Mais il a changé de prénom, il s’appelle maintenant Stephen, comme dans le roman.

Encore une fois, un docteur – le docteur Gogol (Peter « M » Lorre) lui greffe une autre paire de mains. Et encore une fois, ce sont les mains d’un assassin, un lanceur de couteau de cirque, Rollo (Edward Brophy*).
Et encore une fois, il a une femme très belle – Yvonne (Frances Drake) – et ils sont très amoureux l’un de l’autre.

 

Mais si le film de Robert Wiene insistait sur Orlac et son traumatisme, Karl Freund, lui, insiste sur la femme et le docteur qui a réalisé l’opération. Le docteur Gogol est interprété par un compatriote de Freund, ce qui explique aussi la teinte germanique du film. En effet, on retrouve l’ambiance des ombres du cinéma allemand qui précéda l’arrivée des nazis au pouvoir. Et il y a dans le personnage de Gogol une parenté évidente avec Hans Beckert, le psychopathe de M le Maudit : le même regard globuleux chargé de folie (d’où le titre original) et le délire de cet homme qui aime mais n’est pas aimé en retour.

Parce que Gogol aime. Il aime Yvonne d’un amour ardent mais malheureux.

 

Yvonne est en effet très belle : c’est en quelque sorte un croisement entre Dorothy Lamour et Olivia de Havilland. Et Yvonne est, avec Gogol, un des personnages centraux du film. Mais elle ne peut pas aimer Gogol.

Son aspect tout d’abord, est assez répulsif : totalement chauve, les yeux globuleux dont un est plus ouvert que l’autre. Bref, un personnage on ne peut plus inquiétant. Et Peter Lorre est formidable dans ce rôle de savant fou. Fou mais distingué et capable d’aimer. Sauf qu’il est aussi capable de tuer par amour (d’où encore une fois le titre original Mad Love).

 

Quant à Orlac, il n’est ici qu’un personnage secondaire, torturé par l’opération qu’il a subi et beaucoup plus assujetti à ses mains, lançant compulsivement des couteaux ou autres projectiles pointus. Mais pourtant sa présence n’est pas dénuée d’intérêt. En effet, nous sommes dans la mouvance des films d’épouvante, instaurée par la Universal en 1931 avec Frankenstein de James Whale. Dans ce film, le docteur Frankenstein était interprété par ce même Colin Clive qu’on retrouve dans le rôle d’Orlac. Et encore une fois, s’il a le rôle de jeune (enfin pas tant que ça) premier, il a encore une fois un rôle éclipsé par le monstre, en l’occurrence ici le docteur Gogol. De plus, il est passé sous contrat à la MGM, qui a distribué le film. Enfin, on ne peut pas passer à côté du petit détail « qui tue » : Françoise (May Beatty), la gouvernante de Gogol s’exclame à travers les vapeurs de son ivresse permanente : « it’s alive… »

 

Même s’il s’est un tantinet éloigné de l’intrigue originale de Maurice Renard, Karl Freund nous offre un film beaucoup plus inquiétant que celui de Robert Wiene. Déplacer l’intrigue vers le chirurgien donne plus de force à cette histoire de possession quasi diabolique.  Et avoir choisi Peter Lorre pour interprète accentue le sentiment d’épouvante recherché.

Lorre est, encore une fois, extraordinaire, dans un autre genre de folie. Quel film et quel rôle pour son premier long métrage américain, même s’il est dirigé par un autre Allemand.

Dirigé de main de maître, cela va sans dire, et Freund nous montre qu’il n’a rien oublié de son métier de cameraman : il use des éclairages – et donc des ombres – avec brio, ainsi que des cadrages pertinents, et d’inévitables surimpressions pour les scènes de rêve, donnant une sensation d’angoisse beaucoup plus forte que ne l’avait fait Wiene.

Sans oublier la panoplie de Rollo, assassin guillotiné puis ramené à la vie par ce même infâme Gogol : absolument terrifiant.


Un (tout) petit bémol toutefois à propos du film. Si la durée est considérablement raccourcie (de 113 minutes dans la version allemande, à 68 ici), on assiste tout de même à une fin qui aurait mérité un peu plus de développement, plutôt que de s’arrêter ainsi.

Mais ne boudons pas notre plaisir, et savourons un film qui, avec le temps est devenu un incontournable du cinéma d’épouvante.

 

A revoir, sans aucun doute.

 

 

 

PS : A noter que la petite fille qui est opérée par Gogol (ou plutôt son assistant), Cora Sue Collins a eu 90 ans en avril dernier…

 

 

 

*Nom de cirque s’il en est, rappelez-vous le nom des deux frères dans Freaks : c’était déjà Edward Brophy qui jouait un des deux Rollo

 

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