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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Marathon Man (John Schlesinger, 1976)

Thomas « Babe » Levy (Dustin Hoffman) est étudiant en Histoire. Brillant. Mais c’est de famille, d’être brillant. Avant lui son frère Doc (Roy Scheider) était brillant. Il faut dire que leur père (Allen Joseph) était une sommité.

Mais son père est mort et son frère n’est pas ce qu’il prétend. Il trempe dans des affaires très particulières.

Et parmi ces affaires, un homme particulier : le docteur (dentiste) Christian Szell (Laurence Olivier), surnommé « l’ange blanc » – du fait de sa coiffure prématurément blanchie – par ses victimes. A Auschwitz.

 

John Schlesinger retrouve Dustin Hoffman pour une histoire peu banale où il est question de criminel d’un criminel de guerre qui court après son passé (et surtout la fortune qu’il a pu en dégager) mais se retrouve finalement rattrapé par ce dernier.

Il ne s’agit pas de la traque d’un nazi comme le faisaient à la même époque les Klarsfeld ou encore Simon Wiesenthal. Le nazi n’est pas recherché ici, il est même identifié et libre de ses mouvements. La seule préoccupation de tous ces hommes (sauf Babe), c’est l’argent qu’il a sauvé en fuyant l’Allemagne à la fin de la guerre.

 

SI Laurence Olivier, dans la fin de sa vie professionnelle a interprété des rôles de méchants, on peut dire qu’ici ce fut le point culminant de cette période Szell est ce qui se fait de pire dans la galerie des super-méchants au cinéma.

Non pas pour ses atrocités – on en a un aperçu quand il « interroge » Babe – mais plutôt dans son attitude calme et froide. C’est un bourreau. Et le temps qui a passé n’a pas calmé son ardeur : il reste un professionnel dans sa branche.

En effet, il sait faire mal, mais il sait aussi soulager, ajoutant à la torture une détresse extrême subie par la victime qui sait comment être soulagé de la douleur qu’elle éprouve, consentant involontairement à rentrer dans le jeu de cet ignoble individu.

Il y a une espèce d’ironie noire (voire cruelle) dans le fait que Szell soit un dentiste. Dans l’imagerie populaire, il n’y a pas pire médecin que le dentiste, injustement qualifié de « tortionnaire » du fait des douleurs obligatoires de sa partie, alors qu’il n’est là que pour les soulager.

 

Au-delà de l’intrigue, nous assistons à une bataille manichéenne entre d’un côté un scientifique du mal (inspiré par le redoutable docteur Mengele) et de l’autre le chevalier du Bien à la recherche de la vérité (sur son père, mais seulement ?), entraîné dans un combat malgré lui, mais qu’il va tout de même accepter, cherchant certaines réponses qu’il ne peut trouver dans ses recherches universitaires.

 

Il y a dans quête de Babe une analogie avec celle du Graal. La réponse à toutes ses questions, mais qui est surtout la délivrance de l’ombre de son père, est la véritable motivation de Babe. Comme le dit Parry dans Fisher King, le Graal est à portée de main, il suffisait de savoir regarder pour le trouver. Et ici, c’est le revolver de son père – celui qu’il a utilisé pour mettre fin à ses jours – qui est le déclencheur et lui montre la voie.

Et une fois sa quête achevée, il n’en a plus besoin et s’en débarrasse, faisant définitivement le deuil de son père, et de son frère par la même occasion.

 

Car, paradoxalement, Babe est le Juif qui causera la perte de Szell, lui qui a torturé tellement de ses coreligionnaires. Le rôle finalement assumé par Babe est celui de Némésis, la justice divine implacable.

 

 

PS : ce film est aussi l’occasion d’une poursuite en voiture assez particulière. En effet, les deux conducteurs sont âgés, ce qui est assez inhabituel, mais surtout, ils annoncent le conflit auquel nous allons assister. Le premier que nous avons vu est le frère de Szell (Ben Dova), ancien nazi qui roule en Mercedes (!), et l’autre un Juif qui l’a reconnu comme tel et le pourchasse pour son passé.

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