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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier, #Drame
Marie Octobre (Julien Duviviers, 1958)

De temps en temps, le cinéma se permet des productions théâtrale.

C'est le cas de ce film, où dix personnes se retrouvent dans une pièce le temps d'une soirée.

Pas d'autre décor. Un grand salon/salle à manger un soir de catch à la télé.

Ces dix personnes ? Dix compagnons de lutte pendant la deuxième guerre mondiale. Les survivants d'un réseau de résistance qui fut dénoncé  à la Gestapo, le chef étant tué dans l'intervention.

Mais si, quinze ans après,  ces dix personnes sont réunies ce soir, ce n'est pas que pour évoquer le bon vieux temps. Il s'en est passé des choses, en quinze ans. Chacun a une nouvelle situation. Toutes honorables. Et sans cette invitation, chacun aurait continué à ignorer la nouvelle vie des autres.

Mais Marie-Octobre veillait. C'est elle qui est à l'origine de cette rencontre : elle a appris que l'un d'entre eux était le traître qui a vendu le réseau aux Allemands.

S'ensuit une enquête afin de faire la lumière sur les événements de cette soirée funeste.

 Le tour de force de ce film, c'est bine entendu le respect (relatif) des trois unités. En effet, unités d'action, de lieu et de temps sont bien là, même si on a des doutes quant au temps qui passe. Mais l'enchaînement évident de l'action nous fait croire qu'il s'agit d'une heure trente de délibération autour d'une page peu glorieuse de l'histoire d'un réseau. Car il y a eu une planche pourrie, et, rassurez-vous, on la découvre avant la fin.

 L'autre force de ce film, c'est sa distribution. Autour de la star interprétant le rôle-titre on trouve une pléiade de gloires du cinéma français : Blier, Ventura, Meurisse et la formidable Danielle Darrieux, pour ne citer qu'eux. Ces personnes représentent l'union nationale face à la barbarie nazie. On trouve un ancien truand reconverti dans le club de strip-tease (Ventura), un médecin (Daniel Ivernel), un contrôleur des contributions (Noël Roquevert), un imprimeur (Serge Reggiani), un boucher (Paul Frankeur), un avocat (Blier), un plombier (Robert Dalban), une modiste (Darrieux) et un industriel (Meurisse) et même un prêtre (Paul Guers). Tous ces braves gens sous l'œil vigilant de Victorine,  la gouvernante (Jeanne Fusier-Gir).

Tous ces gens d'horizons différents accréditent les valeurs républicaines : de liberté, dans le combat qu'ils ont mené pour elle ; de fraternité, car la vie en réseau leur a conféré un lien fort pendant ces années terribles ; d'égalité enfin, puisque aucun, malgré son origine sociale ou politique n'est au-dessus d'un autre. Même politiquement, ces gens sont différents. Il faut voir Blier avouer venir des mouvements fascistes, sans vergogne ni fierté. Mais tous avaient le sens du bien commun, de la France éternelle.

Alors apprendre que l'un d'entre eux les a donnés fait l'effet d'un séisme. Et les réactions sont très contrastées. L'un veut tuer illico le responsable, l'autre (le prêtre) appelle à la clémence et au pardon. Un troisième s'en balance, et préférerait regarder le catch en rigolant un bon coup. Mais dans l'ensemble, c'est le doute qui prime. Peut-on juger un événement quinze ans après les faits, quand la vie a recouvert toute cette période terrible ? Peut-on tuer pour des faits apparemment prescrits ? Et puis le contexte a changé. On ne peut plus tuer impunément. Il y a une loi, et cette éventualité relève plus de la vengeance que de la justice.

Et puis il y Marie-Octobre. C'est le seul élément féminin du réseau (Victorine n'en faisait pas partie). C'est elle qui donne son titre au film. C'est par elle que tout commence, et c'est donc elle qui conclura cette histoire.

Entretemps, c'est elle la véritable responsable (involontaire !) de cette trahison. C'est à cause d'elle, que le réseau a été dénoncé, à cause d'elle que l'un d'eux est mort. Parce que derrière cette histoire patriote, il y a une histoire d'amour tragique.

 Et puis avec Julien Duvivier, ça ne pouvait pas être autrement qu'une histoire d'amour tragique.

 

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