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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinema, #Comédie dramatique, #Delbert Mann
Marty (Delbert Mann, 1955)

Marty (Ernest Borgnine) est boucher.

Il a bientôt 35 ans, et il vit toujours chez sa mère.

A longueur de journée, il entend ses clientes lui demander pourquoi il est toujours seul. Marty ne répond rien, mais ces remarques le blessent.

Marty est ce qu’on appelle un vieux garçon. Il n’est pas marié parce qu’il n’a pas rencontré de jeune femme qui veuille de lui.

Il faut dire qu’il n’est pas bien beau. Il n’est ni grand, ni mince et son métier a tendance à repousser les femmes.

Jusqu’au soir où…

 

On connaît tous Ernest Borgnine pour être celui qui a tué Sinatra dans Tant qu’il y aura des Hommes, mais c’est avant tout pour Marty, l’année suivante, qu’il est rentré dans le club des grands, avec le rôle de Marty, pour lequel il a eu un Oscar (fort mérité).

Marty, c’est un film simple, avec une intrigue simple où des gens ordinaires évoluent dans l’Amérique des années 1950s, pendant les fameuses Trente Glorieuses, où la consommation est reine et où les supermarchés s’installent.

Mais si le film semble à première vue « ordinaire », il n’en est rien.

 

C’est une ode à la solitude et à la différence, où dès la première séquence, Borgnine campe magnifiquement son personnage. Marty est malheureux d’être seul à son âge et quelle que soit la personne qu’il rencontre, cette solitude est sinon reprochée, tout du moins lourdement soulignée. Tout le monde se marie autour de lui. Sauf Angie (Joe Mantell) qui est un autre solitaire malgré lui. Marty en a assez des soirées dansantes où les femmes ne veulent pas danser avec lui, ou tout du moins le regrette une fois qu’il a ouvert la bouche pour se présenter.

 

C’est un véritable calvaire que vit Marty et Borgnine rend superbement compte de ses déceptions innombrables. De plus, il sait qu’il est laid et donc pourquoi les femmes ne s’attardent pas auprès de lui.

Et puis, à la moitié du film, arrive Clara (Betsy Blair). Ce n’est plus une jeune fille – elle a 29 ans – et elle n’a pas un physique facile (1), comme on dit dans ces cas-là.

Deux solitudes se croisent et se rencontrent, et la vie change brutalement, dans le bon sens, pour une fois.

Marty se s’éveille : il parle, il sourit, il ne bredouille plus, lui qui n’osait aligner trois mots devient intarissable et en plus, il est drôle.

Et cet éveil amène celui de sa partenaire, laissée pour compte elle aussi, crevant à petit feu de sa solitude.

Ces néophytes de l’amour sont tellement inexpérimentés qu’ils n’arrivent pas à s’embrasser au premier essai. Il faut encore un tout petit peu de temps pour que le baiser arrive enfin : juste au bout d’une heure.

 

Mais si c’était si simple, ce serait déjà terminé. L’entourage de Marty ne comprend plus ce dernier : en une nuit, il s’est métamorphosé : Marty, le gros, le laid, le vieux gars n’est plus : alors cet entourage se révolte et ne veut pas comprendre ce qu’il se passe dans sa tête. C’est d’abord Angie, jaloux de se retrouver seul qui dénigre Clara, puis l’autre femme de sa vie : sa mère (Esther Minciotti).

Theresa a beau regretter que Marty ne prenne pas le chemin de ses autres enfants, elle se rend compte que si Marty se marie, elle sera seule : il faut dire que sa sœur Catherina (Augusta Ciolli) lui a vite instillé cette idée dans le cerveau, elle qui est persona non grata (2) chez son fils (Jerry Paris).

Mais Marty tient bon, et on se doute rapidement qu’il ne va pas laisser cette occasion.

 

Delbert Mann, pour sa première réalisation au cinéma a décroché non seulement l’Oscar pour le film et aussi le scénario, mais en plus la Palme d’Or ! Et ce n’est que justice tant ce film est beau de simplicité et de subtilité. Delbert Mann avance dans l’intrigue avec son personnage. Marty est le centre du film, même si quelques séquences suivent Angie – seul après la rencontre de Marty et Clara – ou encore Clara après sa rencontre et surtout attendant qu’il la rappelle. Pour le reste, l’intrigue avance doucement, soulignant chaque moment qui suit leur rencontre, insistant sur chaque petit fait qui les rapproche doucement mais surement, jusqu’à la dernière séquence qui voit Marty enfin se décider, passant outre les réflexions des autres qui, après lui avoir reproché d’être seul, s’acharnent presque à le détourner ce cette femme.

Cette réaction est malheureusement trop naturelle : « le malheur des uns… » comme dit la formule…

 

Ces deux amoureux « de la dernière chance » sont merveilleux. Leur relation est toute en subtilité, où les paroles n’ont finalement pas toujours une grande importance. Les visages des deux protagonistes sont leur meilleur atout, exprimant au-delà des mots leur véritable sentiment amoureux.

Comme je l’écrivais plus haut, c’est un film simple, à l’intrigue simple montrant deux personnes ordinaires.

Car c’est là qu’est la force du film : c’est beau, tout simplement.

 

  1. C’est bien sûr faux, Betsy Blair possède beaucoup de charme et seul ce rôle l’enlaidit (un petit peu).
  2. On comprend pourquoi très rapidement !
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