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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western
Martyrs of the Alamo (Christy Cabanne, 1915)

23 février – 6 mars 1836 : siège de Fort Alamo.

La mission de San Antonio (Texas) devient le lieu d’une guerre sans merci entre les troupes régulières du général Santa Anna (Walter Long) du Mexique à une poignée d’insurgés américains menés par le colonel Travis (John T. Dillon) lui-même soutenu par deux légendes de l’Ouest américain : Davy Crockett (Allan Sears) et Jim Bowie (Alfred Paget).

Bien sûr, Santa Anna, avec ces milliers d’hommes va venir à bout de la résistance des 180 insurgés, mais quelques semaines plus tard (21 avril) la bataille de San Jacinto, sera remportée par le général Houston (Tom Wilson) et verra l’indépendance de l’état par rapport au Mexique, première étape avant son annexion par les Etats-Unis qui aura lieu neuf ans plus tard.

 

Depuis ses débuts, le cinéma est un vecteur didactique important. Nombreux sont les réalisateurs qui ont usé ce medium pour relater de grands épisodes de l’histoire (L’Exécution de Marie, Reine des Ecossais, 1895 ; L’Assassinat du Duc de Guise, 1908, ou encore Naissance d’une Nation, la même année que ce film), ceci afin de retracer ces grands événements et leur donner une réalité pour les spectateurs de l’époque.

Avec ces Martyrs d’Alamo, il en va de même : la narration est univoque là-dessus, il s’agit avant tout de célébrer la résistance et le sacrifice de cette poignée d’Américains qui ont contribué à la libération du Texas.

 

Bien sûr, Christy Cabanne n’a pas la maîtrise que pouvait avoir Griffith (1) à la même période, mais son épopée possède tout de même de beaux moments et une volonté réaliste claire. De la même façon, le format du film – 71 minutes – oblige Cabanne à resserrer son intrigue, résumant certains éléments ou utilisant des ellipses temporelles pour faire tout tenir dedans.

Mais dans l’ensemble, tout est là : la rivalité Bowie-Travis, la maladie du premier et la troupe de trappeurs qui accompagne ces hommes.

Parce que, à défaut de reprendre les gravures officielles qui nous montrent un Travis blond dans un uniforme impeccable, nous avons ici un petit homme portant lui aussi une toque en peau de castor. Et de la même façon, alors que Travis était le plus jeune – il a 26 ans contre 39 à Bowie – ici il semble être le plus âgé du trio de commandement. Tout comme Crockett qui a 49 ans quand débute le siège et qui est interprété par un Allan Sears qui est le plus jeune des trois acteurs.

 

On sent l’influence de Griffith (Birth of a Nation est sorti en février précédent) dans les différentes séquences de combat mais Cabanne a encore du chemin à faire pour rattraper le maître : les combats sont âpres mais il leur manque la vision d’ensemble griffithienne servie par la caméra de l’indéfectible Billy Bitzer.

On aura alors droit à quelques scènes un tantinet empesées qui vont marquer les événements de ce siège, avec tout de même l’utilisation de plans rapprochés – voire gros – sur certains personnages afin de dégager leur importance par rapport aux autres.

On n’évite pas non plus un certain surjeu dans quelques séquences, surtout celle avec Silent Smith (Sam de Grasse) qui espionne chez Santa Anna.

 

Santa Anna est d’ailleurs l’un des personnages les plus réussis – il est l’un de ceux qui sont les plus mis en avant – et l’interprétation de Walter Lang n’y est pas étrangère : encore une fois, il campe un personnage peu recommandable (2), un général d’opérette qui se prend pour Napoléon 1er mais a toutes les apparences de l’empereur Smith (3), le côté débonnaire en moins. La réussite du personnage indiquant là encore le succès du film, qui veut qu’un méchant soit réussi pour que le film le soit aussi.

Par contre, les « héros » d’Alamo sont moins réussis, la forme du film ne laissant pas la place, par exemple, d’exposer avec plus de détails les dissensions entre Bowie et Travis (4).

Et le grand perdant est Davy Crockett, légende absolue de l’Ouest américain qui passe après les deux autres. Cela est d’autant plus étonnant que Crockett aura même sa minisérie à la télévision quelques décennies plus tard (1954) !

 

Au final, Cabanne nous livre ici un épisode important de l’histoire américaine, gommant la légende pour se concentrer sur les faits tels qu’ils étaient relatés par la Texas State Historical Association, cédant parfois au grandiloquent mais sans en abuser, insistant bien entendu sur la vaillance des Texans face à des Mexicains peu éduqués et veules, leur chef en tête.

On vibre avec ces colons assiégés face à cet ogre mexicain qui sera finalement vaincu et on termine impressionnés par les dernières scènes immobiles de la fin des combats, dont la mort de Bowie est peut-être l’image la plus marquante.

 

Bref, du cinéma !

 

  1. Il est arrivé à ola réalisation cinq ans après le Maître Griffith.
  2. Santa Anna, en outre, était un véritable incapable : son succès (relatif) à Alamo en est un exemple flagrant : réussir à mater 180 personnes avec 3000 soldats…
  3. L’Empereur Smith - Morris & Goscinny, 1976.
  4. Rassurez-vous, John Wayne s’en chargera 45 ans plus tard.
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