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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Jean Gabin, #Gangsters
Mélodie en Sous-sol (Henri Verneuil, 1963)

Tout commence à la gare du Nord, où Monsieur Charles (Jean Gabin) va prendre le train pour Sarcelles, après cinq années passées aux frais de l’Etat.

Il retrouve sa maison perdue aux milieux des grands ensembles et à l’intérieur sa femme (Viviane Romance), heureuse de le retrouver.

Mais pas pour longtemps, parce que Monsieur Charles a passé ces cinq années à monter le dernier coup de sa carrière, une sorte d’apothéose après 30 ans passés dans son domaine : rafler la caisse du Palm Beach (Cannes, Alpes-Maritimes) après la clôture : un milliard.

Bon, c’est un milliard de centimes – nous sommes en 1962 – mais pour l’époque, c’est une somme franchement rondelette, voire obèse.

Comme son complice Mario (Henri Virlojeux) n’est plus en état de faire quoi que ce soit (1), il s’adresse à un jeune plein d’avenir : Francis Verlot (Alain Delon).

 

C’est tout d’abord une rencontre au sommet, une sorte de passage de témoin : Jean Gabin, le jeune premier des années 1930 aux côtés d’Alain Delon, jeune premier des années 1960s sont tous les deux en haut de l’affiche (2). C’est une collaboration prometteuse et qui verra les deux géants se retrouver dans plusieurs autres films.

Tous les deux tiennent la vedette du début à la fin, même si Delon prend petit à petit le pas sur Gabin : place aux jeunes ! Mais cela se fait doucement et sans que Gabin se mette à faire du Gabin : il reste sobre et donne alors une bonne interprétation de son personnage.

Verneuil signe ici l’un de ses plus beaux films, lui donnant une dimension américaine dans sa façon de tourner.

 

Autour de Delon et Gabin, on trouve aussi une kyrielle de seconds rôles aperçus régulièrement dans la période : Bernard Musson, Robert Rollis ou encore Dominique Davray. A propos de cette dernière, on remarque encore une fois que les répliques de Michel Audiard lui siéent très bien. On la retrouvera plusieurs fois donner la réplique pour lui, dans notamment Les Tontons flingueurs qui sortira la même année.

Et puis il ne faut pas oublier Maurice Biraud, qui retrouve Gabin après Le Cave se rebiffe, mais qui fera les frais des tensions du tournage. Grand seigneur – comme toujours – il ne relèvera pas.

 

Si Verneuil signe ici un film de gangsters, il ne faut pas croire qu’il s’agit d’une parodie. La présence d’Audiard n’est pas toujours synonymes de savoureux mots comiques, et si on sourit à quelques répliques – devenues cultes, évidemment, on ne perd jamais de vue le côté noir de l’intrigue : ces deux cadors ne sont rien d’autre que des voleurs. Habiles, certes, mais avant tout voleurs.
Et comme pour Le Cave, il ne faut pas imaginer une issue heureuse à ce casse : la malhonnêteté ne paie pas, pour les voleurs. Pour d’autres professions, je vous laisse à votre propre opinion, gardant la mienne bien précieusement, nous sommes au cinéma.

 

Il n’empêche que le film est vraiment bien mené par Verneuil, et le montage l’une des clés de la réussite. Les plans de transition sont bien léchés (3), donnant une fluidité dans la narration et permettant de faire évoluer plus vite l’intrigue.

Plusieurs fois, Gabin s’adresse à Delon ou Biraud et en cours d’explication on se retrouve sur le terrain, la réplique se continuant, illustrée par les faits et gestes de son interlocuteur sur place.

 

Bien sûr, la séquence finale est magistrale : une dose de suspense avec un brin de fatalité –mais surtout la morale reste sauve, ouf ! – qui voit les deux bandits sur le bord de la piscine, cernés par les policiers, regardant impuissants le fruit de leur rapine s’éloigner d’eux.

On retrouve dans cette séquence finale un écho de celle de L’ultime Razzia, avec le résultat tragique pour Johnny Clay : les policiers s’apprêtent à l’arrêter.

 

Ici, Verneuil s’arrête avant, laissant le spectateur finir la séquence en sortant du cinéma.

 

 

PS : comme pour Les Tontons flingueurs, Michel Magne signe la musique et décline à l’envi un même thème musical en fonction du moment et du ton du film.

 

  1. Après quelques années à la Santé (?), ma sienne n’est plus très folichonne et surtout, c’est madame Mario (Dominique Davray) qui prend les décisions.
  2. Comme dirait Aznavour, qui est mentionné sur les affiches du Palm Beach, par ailleurs…
  3. Un seul reste un peu gros et pas complètement réussi : comme dans La Corde, on voit Gabin près de la caméra tourner le dos et quand il s’éloigne, la situation a changé.
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