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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Fritz Lang, #Karl Freund

GRANDIOSE

Un sommet du cinéma. Fritz Lang était un véritable génie.

Avec Metropolis, Fritz Lang nous dévoile la dernière page de son histoire allemande : l’Allemagne demain.

Mais ce demain est très proche du présent de l’auteur. En effet, Metropolis, la cité décrite, est survolée par des avions qui ne sont pas différents de ceux que l’on trouve au-dessus de Berlin en 1926, tout comme les voitures qui y circulent.

De plus, la vie dans les cabarets n’est pas sans rappeler la vie nocturne de Berlin telle quelle est montrée – entre autres – dans les tableaux de Otto Dix. Parce que Metropolis, c’est Berlin. Berlin futuriste, mâtinée de New York, mais Berlin tout de même.

Dans ce demain de Fritz Lang, nous sommes tout de même dans une vision du monde très dualiste : la parité est l’un des deux éléments numéraire du film.

On y trouve deux mondes, deux Maria, deux amoureux de Hel…

Deux mondes :

  • Au-dessus, le monde des dirigeants ;
  • En-dessous, le monde des ouvriers.

Le monde du dessus est le monde spirituel, le monde du beau du grand : il représente le cerveau. Mais c’est aussi un monde d’insouciance, de corruption et de débauche. Dès qu’un ouvrier s’échappe de son monde, il ne peut que répondre à l’appel du vice.

Le monde du dessous, c’est celui des ténèbres, du vil, du matériel : il représente la main. C’est aussi là que sont les machines et ceux qui vivent et meurent pour elles, les ouvriers. Ils n’ont aucun avenir que la machine. Ils sont résignés, la tête baissée, qu’ils viennent ou reviennent de la machine. Ce sont les machines qui permettent le fonctionnement du monde du dessus.

Et dans les ténèbres laborieuses : une lumière, Maria, qui annonce la venue d’un médiateur entre le haut et le bas. Et les ouvriers descendent encore plus profondément pour voir cette lumière.

Deux Maria :

  • La vraie (Brigitte Helm, fantastique), celle qui annonce la venue du médiateur, qui appelle à la réconciliation du cerveau et des mains.
  • L’autre, le robot. Une Maria corrompue, qui sévit à la surface comme dans les bas-fonds. Il s’agit du négatif de la vraie. Elle encourage encore plus la débauche et veut définitivement séparer le cerveau de la main.

Deux amoureux de Hel :

  • Joh Fredersen (Alfred Abel, dur, loin des personnages qu'il interpréta dans Le Docteur Mabuse ou dans Phantom de Murnau : le grand patron de Metropolis. Celui qui l’a créée, qui la dirige. Le père de Freder (Gustav Fröhlich), fils de Hel.
  • Rotwang (Rudolf Klein-Rogge, égal à lui-même), le savant fou : Prométhée moderne, avant le docteur Frankenstein de James Whale, il insuffle la vie dans un robot, dans un laboratoire fait de manettes, d’étincelles et d’incandescence.

Et quelle animation ! Ca s’illumine de partout. C’est une féérie de lumière et d’effets spéciaux. Il faut voir la créature s’animer au milieu des anneaux électriques : extraordinaire.

L’autre nombre de ce film est le trois :

  • Le film comporte trois parties : Commencement – Intermède – Furioso. Chaque partie s’enchaîne à la suivante comme dans un concerto, avec une tension qui augmente crescendo avec l’action. Lang va toujours plus loin dans son propos.
  • Les trois lettres de Hel, pas une de plus. Mais on pourrait gloser longtemps sur le nom de cette femme qui est morte en couches. Faut-il y comprendre « Elle », comme le pronom féminin qui suggérerait la féminité absolue de cette femme, ou plutôt y lire « Hell », comme l’enfer chez les Anglo-saxons, suggérant en cela que l’héritage de cette femme apportera le chaos à Joh Fredersen ?
  • Les trois organes de la société de Metropolis : le cerveau qui dirige, le bras qui travaille, tous les deux liés par le cœur.

Un autre aspect du film est le côté religieux. Il est fait référence plusieurs fois à la Genèse avec l’histoire de la Tour de Babel, allégorie de la cité Metropolis. Dans la cathédrale, un bas relief représentant la mort et les sept péchés capitaux, péchés ravivés par la fausse Maria. Ces péchés, statufiés ne sont pas sans rappeler les nains qui (sup)portent le trésor des Nibelungen.

Mais c’est dans la trinité cerveau-cœur-main qu’il faut trouver le symbole religieux le plus fort. En effet, ces trois éléments représentent les trois religions monothéistes avec les symboles qui leur sont attribués. Mais là, je m’égare. Quoi que.

Et puis il y a Karl Freund et sa caméra. Il fallait que Lang et lui se rencontrent. Ce fut lors de Metropolis. La caméra vivante de Freund apporte beaucoup au style de Lang, rendant le film encore plus magnifique. Cela accentué part un montage dynamique, surtout quand l’histoire s’emballe.

Le film devient même frénétique grâce à l’utilisation de surimpression et de superposition d’images comme Lang aimait à le faire dans ses films précédents. Ce sont des visages, des yeux qui recouvrent l’écran accentuant l’impression de frénésie qui s’empare du film, frénésie qui atteindra son apogée lors de l’inondation de la ville basse.

Metropolis est un film inoubliable et que l’on revoit avec un œil toujours nouveau. A chaque projection, de nouveaux détails se révèlent.

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