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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Ivan Mosjoukine, #Victor Tourjansky
Michel Strogoff (Victor Tourjansky, 1926)

A Renée Lichtig* (1921-2007)

 

Cinquante ans après sa sortie en librairie, une deuxième adaptation cinématographique est proposée. Et comme cela raconte une histoire russe, la compagnie Ciné France a voulu jouer la carte de l'authentique.

Depuis la Révolution de 1917, un groupe de Russes blancs vit à Paris. C'est à eux que la production s'adresse pour réaliser cette fresque picaresque : Tourjansky réalise, Mosjoukine joue... Et pour plus de réalisme, on envoie tourner les extérieurs en Lettonie (l'URSS n'étant pas très disposée à accueillir cette histoire tsariste...), sauf les paysages enneigés qui seront tournés en Norvège).

Dans l'ensemble, le roman de Jules Verne (qui fait une courte apparition dans le film, interprété par Vladimir Gaïdarov, qui joue aussi le rôle du tsar Alexandre II) est respecté, on y retrouve les grands épisodes : envoi en mission, combat contre l'ours, passage du fleuve, bataille contre les Tartares, poste du télégraphe, capture et supplice de Strogoff, incendie dur l'Angara, combat à mort entre Strogoff et Ogareff... Bref, du grand spectacle.

 

Oui, c'est un très grand spectacle qui nous est proposé. Ivan Mosjoukine est un Michel Strogoff formidable : qu'il soit moustachu, glabre ou barbu, il est sur tous les fronts, et d'un courage exemplaire. En face de lui, Ogareff (Acho Chakatouny) est un adversaire terrible : violent, passionné, il ne recule devant rien pour arriver à ses fins. Tuer fait partie de son mode de vie. Mais ce qui est rare pour un tel méchant de cinéma, c'est son amour passionnel pour Sangarre (Tina Meller) : ce n'est pas un amour sado-maso comme on voit souvent quand il s'agit d'un tel personnage (cf. Lon Chaney dans Satan). C'est un amour fort et exclusif : il ira encore une fois jusqu'à tuer pour elle, si quelqu'un s'approche un peu trop d'elle.

Mais il n'y a pas de Michel sans sa Nadia (Nathalie Kovanko). Mais jouer avec Mosjoukine est difficile tant cet acteur prend de place sur l'écran. Alors Nadia reste la compagne de route, et il faudra attendre la toute dernière séquence pour qu'ils s'embrassent ! Malgré tout, on retient une magnifique scène entre les deux « amoureux » : dans l'isba, seuls, alors que Michel va commencer à recouvrer la vue. Alors qu'ils sont désespérés, il se jette à ses genoux. Elle le relève : à la limite entre l'épouse et la mère, afin de le soutenir dans cette épreuve.


Et en plus, c'est en couleur !

Dès la première séquence, le bal du Tsar, la couleur est là. Elle intervient dans plusieurs scènes : prise d'Omsk, fête de Féofar (Boris Defas)... Et quand ce ne sont pas des couleurs directes, c'est la pellicule qui est teintée : Ogareff et l'incendie du fleuve dans Irkoutsk flamboient d'un magnifique rouge.
Mais ce n'est pas une de ces colorisations qui dénaturent les œuvres : ce sont des petites mains qui ont colorié au pochoir la pellicule, image par image. C'est un véritable travail de titans : quand on sait que 1 minute de film, c'est environ 22 mètres...

Ce film est donc un véritable festival pour les yeux : le jeu de Mosjoukine plus la couleur en font un monument du cinéma. Tourjansky réussit là une référence pour l'adaptation du classique de Verne (avant d'aller aider Gance sur son Napoléon...). D'autres versions viendront mais n'atteindront jamais la puissance et l'émotion de ce film.

 

Je ne terminerai pas sans remercier mon grand ami le professeur célèbre Allen John qui m'aida à me procurer une copie du film : que son nom soit béni et glorifié, et que ses descendants soient aussi nombreux que les brins d'herbe dans la prairie.

 

 

 

* J'ai eu la chance de rencontrer madame Lichtig lors d'une visite des studios de restauration de la Cinémathèque française, en septembre 1990 (du temps où elle était encore au Palais de Chaillot). Elle m'a expliqué ce qu'elle faisait et j'ai pu admirer la pellicule qu'elle était en train de monter : c'était la fête de Féofar Khan, avant le supplice de Michel. Et en plus, c'est une des séquences en couleur...

Un souvenir inoubliable.

 

 

 

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