Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michael Curtiz, #Joan Crawford, #Drame
Le Roman de Mildred Pierce (Mildred Pierce - Michael Curtiz, 1945)

Santa Monica, sur la côte ouest des Etats-Unis.

Une maison isolée près de la plage. Des coups de feu. Un homme tombe. Sa dernière parole : « Mildred ».

Il est mort.

Une voiture démarre. Dedans, une femme.

Elle s'arrête près de la jetée. Elle s'avance, près de la rambarde. Elle pleure. Elle s'apprête à sauter, mais est retenue par un policier qui traînait dans le coin.

Cette femme, c'est Mildred Pierce Beragon (Joan Crawford). L'homme qui vient de mourir, c'est son mari, Monte Beragon (Zachary Scott).

De retour chez elle, la police l'attend. Arrivée au siège, à Los Angeles, elle raconte. Tout. Sa vie, son premier mariage avec Bert Pierce (Bruce Bennett), leur séparation, ses restaurants, et bien entendu, ses filles Kay et Veda. Surtout Veda (Ann Blyth). Veda, sa fille première-née, préférée, sa fille préférée, sa seule fille encore vivante.

Elle lui a tout offert, tout passé, tout pardonné, tout sacrifié. Alors évidemment, c'est la pire jeune fille qui soit. Peut-être l'une des pires du cinéma, d'ailleurs.

 

Joan Crawford a quarante ans, quand le film sort. C'est une femme mûre. Mildred Pierce est un rôle sur mesure pour elle. [Sauf peut-être au début, quand elle cuisine] Mais pour le reste, c'est une femme étonnamment forte, libre, indépendante et très habile. Et comme tous les personnages forts, elle a un point faible: sa fille.

Il faut dire que Veda est une sale jeune fille gâtée. Sa mère a tout mis en place pour qu'delle ait une éducation raffinée, qu'elle devienne une personne bien, voire une personnalité.

Sauf que Veda n'a qu'un intérêt (je pèse mes mots) : l'argent. Elle ne rêve que d'avoir, de luxe et d'y vivre.

Et Mildred obtempère : elle développe son activité jusqu'à la rendre florissante et lucrative.

Et Veda ? Veda reste toujours pareille. Une sale gosse pourrie et ingrate.

Deux fois Mildred voit clair dans le jeu de sa fille :

- La première fois, Veda reçoit une retentissante gifle (au grand plaisir du spectateur), mais aussitôt, elle regrette son geste.

- la seconde fois, c'est Mildred qui est giflée, sa fille étant alors chassée de chez elle.

Mais maintenant que nous connaissons Mildred, il y a peu de chances pour que ce soit définitif.

 

Mais Mildred Pierce, c'est aussi un monde de femme. Un monde dans lequel les hommes sont tolérés, mais pas essentiels. Pour Mildred, son grand amour fut Bert, mais ils sont séparés. Et les autres ?

Wally (Jack Carson), c'est un ami d'enfance, un homme d'affaire. Mais pas un amant. Juste un ami.

Monte, c'est un homme raffiné, un visage agréable, un amant. C'est aussi une opportunité de récupérer sa fille.

Bref, le seul important, c'est Bert.

Il y trois hommes, et il y a aussi trois femmes*.

Veda est la deuxième. Pour elle, un seul homme compte : Monte. Pour le titre et le monde (aristocratique) qu'il représente. Normal, c'est une arriviste.

La troisième est plus particulière : c'est Ida (Eve Arden). C'est une célibataire. Une bonne copine (avec une petite dose d'homosexualité ?). Même pour les hommes, c'est elle qui le dit. C'est elle qui aide Mildred a s'en sortir après sa rupture, et c'est elle qui continue de l'aider avec ses restaurants.

 

Michael Curtiz nous propose ici un film magistral sur l'amour fusionnel (unilatéral) entre une mère et sa fille. Mildred est une femme adulte qui voit sa fille grandir et s'éloigner subrepticement d'elle. Elle fait tout pour la retenir, sans s'apercevoir - ou alors il est trop tard - qu'elle précipite cette séparation. Veda n'est pas Mildred, alors que cette dernière reste convaincue que Veda est une partie d'elle-même.

En cédant à tous les caprices et désirs de sa fille, Mildred ne voit pas - malgré les fréquentes admonestations de son entourage - qu'elle détériore de plus en plus son état d'esprit, la rendant de plus en plus détestable.

L'amour rend aveugle, et Mildred en est une illustration indéniable.

Et Joan Crawford est une Mildred Pierce d'une très grande justesse, belle et émouvante. Un grand rôle, dans un grand film, pour une immense actrice.

 

*En prime, le rôle de la servante de Mildred Pierce - une pincée de comique dans un film noir - est tenu par Butterfly McQueen, qui fut Prissy dans Autant en emporte le Vent, et qui a toujours cette même voix caractéristique.

 

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog