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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #John Huston
Moby Dick (John Huston, 1956)

Nous connaissons tous la baleine blanche d’Herman Melville, que le capitaine Ahab (Gregory Peck) s’en va chasser envers et contre tous – et surtout son second Starbuck (Leo « Pétrone » Genn). Et ici, John Huston nous offre sa version de l’immense – par la portée comme par le nombre de pages – roman de Melville, le réduisant à un affrontement à mort entre ce capitaine entêté et ce cachalot blanc, chimère entre toutes les chimères, sous l’œil fasciné d’un équipage prêt à aller jusqu’au bout pour ce capitaine singulier.

Jusqu’à la mort, évidemment, sauf celle du narrateur, parce qu’il fallait bien que quelqu’un rende compte de cette bataille de titans.

Appelons-le Ishmaël (Richard Basehart).

 

Bien sûr, les puristes et autres amateurs du roman ont été déçus par cette adaptation. On ne le serait à moins : réduire un tel roman à moins de deux heures était une gageure que Huston, au final, a tout de même mené à bien ! N’oublions pas que nous sommes au cinéma et qu’il ne peut en aucun cas être question d’adapter au plus près un livre, fût-ce le plus important. Il faut choisir et conserver le plus important. Bien sûr, les considérations sur les différents cétacés n’ont pas leur place ici, mais on aurait peut-être aimé un peu plus de fidélité quant aux relations entre Ishmaël et Queequeg (Friedrich von Ledebur), par exemple, ou les mésaventures de Pip (Tamba Allen), le jeune mousse qui perd la raison.

Mais il n’en est rien, et il faut se contenter de ce que l’on a.

 

Et il serait malvenu de faire la fine bouche, tant Huston nous emmène dans cette dernière équipée du Pequod (1), de ses marins rudes et loyaux envers ce capitaine qui les envoie vers une mort certaine, comme l’annonce en préambule Elijah (Royal Dano) : Elie, prophète majeur de la Bible ne peut que leur prédire une fin à laquelle ils ne croiront pas (2).

Mon seul véritable regret concerne le personnage d’Ishmaël, beaucoup trop âgé par rapport à l’original (près de vingt ans de trop).

Pour le reste, Huston nous embarque pour une véritable odyssée où rien ne nous est épargné : homme à la mer, chasse implacable et tempête monstrueuse accompagnée de feu de la Saint-Elme, moment mystique entre tous dans cette chasse qui n’a plus rien d’humain mais tend vers le mystique.

 

Et cette quête mystique est soutenue par la performance de Gregory Peck, Ahab inoubliable de par son entêtement et son apparence : les traits et le corps marqués par sa rencontre antérieure avec le Léviathan blanc. A

A ses côtés, on a plaisir à retrouver Leo Genn dans le rôle de Starbuck, le seul second homme capable de véritablement s’opposer à un tel monument maritime : ni l’insouciant Stubbs (Harry Andrews ni l’insignifiant Flask (Seamus Kelly), n’auront le courage insensé du troisième. Jusqu’au dernier moment il s’opposera à Ahab, sauvé  par l’apparition de Moby Dick qui lui évitera de montrer une forme de lâcheté par rapport au but qu'il s’était fixé. Il ne tuera pas le capitaine à la jambe d’ivoire, ce dernier exerçant une fascination même sur lui, qui semblait revenu de tout.

 

Et Huston, par l’intermédiaire du scénario de Ray Bradbury (s’il vous plaît) donne à l’affrontement final la mesure qu’on attendait : alors que Melville ne consacrait que le dernier dixième de son roman à ce choc des titans, Huston en fait un épisode des plus marquants, servi par de très beaux effets spéciaux de Wally Armitage et son équipe, réussissant à ressusciter ce monstre blanc en studio, faisant passer une maquette pour un véritable monstre des mers meurtrier.

 

Du grand Huston. On en redemande.

 

PS : On notera la présence d’Orson Welles, ami de Huston, dans le rôle du père Maple et surtout de sa montée en chaire (en forme de proue de navire) à l’aide d’une échelle de corde comme tout bon marin qui se respecte.

Et de quoi parle-t-il dans son sermon ? De Jonas et la baleine, bien sûr.

 

  1. Du nom d’une tribu amérindienne aujourd’hui disparue et qui explique la proue du navire.
  2. Nul n’est prophète en son pays, c’est bien connu.
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