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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Barbet Schroeder
More (Barbet Schroeder, 1969)

Stefan (Klaus Grünberg) arrive de Lübeck (Schleswig-Holstein) à Paris, en transit vers le Maghreb : récemment diplômé en mathématiques, il entend bien étudier les mathématiciens arabes avant de se lancer dans la vie active. Dans la capitale, il rencontre Charlie (Michel Chanderli), un petit escroc sympathique qui lui donne accès à ses petites combines (il faut bien vivre) et une certaine vie parisienne un tantinet insouciante où la jouissance prônée en mai semble la règle.

Nous sommes en 1968, et le mouvement hippie vient de s’installer en Europe, avec ses idéaux pacifiques, son amour libre, mais aussi son usage pas vraiment raisonné de la drogue…

 

En France, nous en étions restés à Razzia sur la Schnouff, sorti quinze ans plus tôt et qui dressait un tableau du trafic de drogue dans Paris, du producteur jusqu’au consommateur, ce dernier n’étant pas le plus important de la filière. En effet, outre le jeune homme secoué de spasmes qui clôturait le film, Henri Decoin ne nous montrait pas spécialement les effets nocifs de la drogue auprès des consommateurs. Aux Etats-Unis, par contre, cela fait déjà plus de quatre décennies que les spectateurs ont été avertis de la dangerosité des drogues : la mort prématurée de Wallace Reid, ultra-dépendant à la morphine suite à un accident de travail (1), avait motivé Dorothy Davenport, sa veuve, à produire et coréaliser Human Wreckage (1923), un film-documentaire sur les méfaits de ces substances (2).

 

Alors quand sort le film, en octobre (3), c’est plutôt un choc pour les spectateurs, Barbet Schroeder dressant un portrait sans concession de l’usage des drogues. Et surtout, il montre la lente et progressive déchéance de ce jeune homme « bien sous tout rapport » qui met le doigt dans l’engrenage, et ce pour une bonne raison : il est amoureux. Il est amoureux de la belle Estelle (Mimsy Farmer) qui va progressivement l’initier à l’amour libre et surtout aux drogues de plus en plus dures, jusqu’à l’héroïne fatale.

Et le titre du film (more = plus) est extrêmement bien choisi, il illustre et annonce l’accoutumance inévitable à l’héroïne qui amène ses consommateurs à en vouloir toujours plus, à la recherche illusoire de leur premier voyage (trip) : illusoire parce que jamais on ne l’atteint une seconde fois.

 

Et Schroeder, pour bien souligner l’effet néfaste du produit, va faire monter son film par Rita Roland et Denise de Casabianca comme un immense trip. Cela commence doucement, avec introduction progressive des différentes substances jusqu’à la frénésie liée au manque qui va accélérer le montage à mesure que l’état de Stefan se détériore, à la recherche toujours plus forte et plus rapprochée de paradis artificiels. Cette frénésie cinématographique est à rapprocher de la chanson du Velvet Underground sorti deux ans avant le film et qui porte le titre emblématique d’Heroin, dans laquelle le rythme s’intensifie et s’accélère à mesure que la drogue pénètre l’esprit de celui qui raconte son expérience jusqu’à l’extase attendue.

Mais ici, l’extase attendue ne viendra plus.

Et puisqu’on parle de musique, le succès du film est aussi dû à la présence de Pink Floyd qui signe ici une bande originale en totale adéquation avec le sujet, des titres planants, « groovy » comme dit Estelle à propos du formidable Cymbaline, derniers soubresauts de cette ère psychédélique qui avait fait connaître le groupe.

 

Bref, ‘est un véritable témoignage d’une époque que nous présente ici Barbet Schroeder pour son premier long-métrage. Un témoignage d’une époque où l’usage de la drogue était encore normale, même si pas toujours très légal (4), et nombre des figurants hippies étaient de véritables membres de cette communauté naissante.

A voir, donc, et à écouter.

 

  1. Sur un tournage.
  2. Ce ne fut pas le seul film traitant de ce fléau.
  3. Il fut présenté à Cannes en mai.
  4. rarement d’ailleurs, et ce malgré l’espoir énoncé par Estelle que ce sera « légalisé dans cinq ans. »
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