Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Miller, #Policier
Mortelle Randonnée (Claude Miller, 1983)

Louis Beauvoir (1) est surnommé l’Œil. Il paraîtrait que c’est le surnom que lui aurait donné la pègre. Et l’œil, il l’a. Il possède toute une panoplie d’appareils photos mais surtout il est détective.

C’est au cours d’une filature qu’il  fait la connaissance de Lucie Brentano (Isabelle Adjani, à moins que ce soit Eve Granger (2), une croqueuse diamant doublée d’une mante-religieuse : non seulement elle amasse une fortune, mais elle élimine ses différents amants avant de les voler.

Il va alors la suivre de Bruxelles à Rome, en passant par Biarritz, Baden-Baden et même à Bobigny.

 

Il s’agit donc d’un road movie mais de facture très particulière. Il n’y a aucune quête vers un quelconque bonheur, seulement une fuite en avant jusqu’à l’irréversible et définitive mort.

Ils sont deux à parcourir l’Europe, en parallèle, d’un côté le privé seul qui n’a plus de fille (3) et de l’autre la tueuse/voleuse qui n’a plus de père.

Bien qu’ils ne soient pas du même côté de la barrière, ils sont tout de même très proches et on glane par instant des dialogues lointains, chacun répondant à l’autre, dans une espèce de communion familiale.

 

Il y a quelque chose de malsain dans cette randonnée, et qui va au-delà de l’aspect criminel. L’Œil porte très bien son nom : c’est un voyeur qui ne fait qu’espionner, prendre des photos, assister aux événements en tant que spectateur. A aucun moment il  n’essaie d’éviter les morts annoncées par le titre. Et les cadavres s’accumulent inexorablement jusqu’au bout de la route.

Mais si les hommes de Lucie/Eve (etc.…) ne font que passer, outre l’Œil, deux autres personnes suivent la jeune femme. Ils n’ont pas de nom, juste une apparence – l’homme pâle (Guy Marchand et la femme en gris (Stéphane Audran, méconnaissable) – et se livrent à la joyeuse activité de chantage.

 

Peu à peu, le lien invisible entre L’Œil et la jeune femme va s’épaissir alors qu’elle ne remarque jamais qu’il est près d’elle. Même quand il va (enfin) l’aborder, elle ne le reconnaît pas. Tout juste une impression fugace de déjà-vu (4).

Mais cette rencontre sera l’amorce de la fin inévitablement tragique et bien sûr mortelle. Mais la mort est surtout une délivrance ce que l’Œil semble le seul à ressentir. Pour le reste du monde, c’est seulement une criminelle qui décède.

 

On a d’ailleurs peu de renseignement sur le reste du monde. Il ne se passe rien en dehors de leur histoire. La télévision est toujours allumée mais à part des informations sur la cavale de Catherine Leiris (Isabelle Adjani), on ne voit que des images d’animaux dont une araignée qui n’est pas sans rappeler le modus operandi de la jeune femme : attirer ses amants pour les tuer et tout leur prendre.

 

Le film est construit en trois parties.

La première nous présente cette jeune femme qui a mis le grappin sur un riche héritier et d’une certaine façon son ascension irrésistible autant que meurtrière.

Puis vient une partie de transition où elle rencontre Ralph Forbes (Sami Frey) – rien à voir avec l’acteur anglais) – un aveugle à l’instinct si développé qu’elle est quasiment incapable de lui mentir. Alors qu’elle s’invente à chaque nouvel homme un père toujours plus formidable, on sent une faiblesse dans sa façon de raconter sa vie à Forbes, que pour une fois elle est en confiance et qu’elle ne cache rien à ce drôle d’amant. On pourrait presque la croire s’il n’y avait Emil Jannings dans le rôle d’un portier sur un écran : l’histoire qu’elle raconte rappelle étrangement celle du Dernier des Hommes… Il n’empêche que c’est le seul homme qu’elle avoue avoir aimé, et qu’elle a pleuré.

Puis vient la dernière partie dans laquelle elle tombe de plus en plus bas, ses larcins devenant de plus en plus minables jusqu’à la fin libératrice.

 

Bien sûr, la distribution prestigieuse est à la hauteur et le duo improbable et si peu réuni ajoute à l’atmosphère particulière et un peu glauque du film. Autour d’eux, les gens ne font que passer (personne ne survit) mais si l’on excepte les hommes de passage (ils sont trois), ces rencontres ne laissent pas indifférents le spectateur. Le summum est atteint avec Germaine, la femme en gris interprétée par une Stéphane Audran au bec-de-lièvre et aux yeux marron (elle qui les avait magnifiquement bleus…). Le couple formé par ces deux paumés ajoute dans la teinte sordide du film.

 

 

  1. On n’apprend son nom qu’à la toute fin du film, mais il n’a pas d’incidence sur l’intrigue.
  2. Ou Dorothée Ortis, Ariane Chevalier, ou encore Charlotte Vincent…
  3. Il ne l’a pas revue depuis 1958.
  4. L’explication écrite par Audiard énoncée par Serrault est savoureuse.
Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog