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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Capra
L'extravagant Mr Deeds (Mr Deeds goes to Town - Frank Capra, 1936)

Longfellow* Deeds (Gary Cooper) vit dans une petite ville américaine, jouant du tuba dans la fanfare municipale. Une bonne petite vie, à l’écart des turpitudes et du rythme infernal de la ville.

Sauf que son oncle – richissime – décède dans un accident de voiture.
Et c’est lui qui hérite : 20 millions de dollars.

Que faire d’une telle fortune, quand on n’en a pas spécialement besoin ?

 

Frank Capra est le cinéaste des petites gens, des gens ordinaires. Après les aventures de la riche héritière et du journaliste (New York – Miami), Capra délaisse – d’une certaine façon – la Haute pour se pencher sur ceux qui auraient pu être leurs compagnons de voyages.

Deeds en fait partie. Il n’a rien d’extraordinaire si ce n’est qu’il joue du tuba – ce n’est pas un instrument passe-partout – alors quand cette fortune lui tombe du ciel, il est bien embêté et n’a de cesse de vouloir s’en débarrasser. Et comme c’est un homme foncièrement bon, il ne peut que la distribuer à ceux qui en ont un réel besoin : « les petits, les sans-grade… Bref, les victimes de la grande Dépression de 1929.

Et si Deeds les aide, c’est avant tout parce qu’il est le porte-parole de Capra.

En effet, ce dernier ne portait pas beaucoup dans son cœur l’administration démocrate du président Roosevelt. Deeds se pose contre le système établi – l’administration Roosevelt – comme le fera ensuite le vieux Vanderhof (Vous ne l’emporterez pas avec vous) ou encore Jefferson Smith (Mr Smith au Sénat), se battant contre cet argent qui corrompt et divise les gens. Et l’audience devant le juge (H. B. Warner, toujours présent) et la plus révélatrice de l’opinion du metteur en scène. Les avocats ne sont plus seulement les représentants de leurs clients (Jameson Thomas & Mayo Methot), mais bien rattachés (assimilés ?) à cette administration que Capra n’aime pas.

 

Il y a chez Deeds la même lueur dans ses yeux que celle de George Bailey (La Vie est belle) : aider les gens parce qu’on les aime, au lieu d’essayer de leur faire mal comme c’est le cas dans le New York de Deeds.

Mais Deeds, c’est aussi l’âme de l’Amérique que Capra aime par-dessus tout. Pourquoi Deeds accepte-t-il de venir à New York ? Pour voir la tombe de Grant et la Statue de la Liberté. Ses intentions sont les meilleures. Mais il est dans un monde de requins où chacun essaie de marcher sur les autres pour réussir.

On retrouve dans le projet de Deeds le même idéal communautaire que celui de ces deux autres héros. On retrouve d’ailleurs cette même idée dans Notre Pain quotidien, sorti deux ans plus tôt.

 

Et qu’on soit d’accord ou non avec les idées de Capra, on se sent tout de même obligé de suivre Deeds. C’est un idéaliste, un utopiste, mais c’est avant tout un homme de bon sens voire tout simplement bon. Ses plaisirs sont simples, à la portée de chaque spectateur qui vient, en cette période troublée des Etats-Unis, se divertir et peut-être aussi chercher une parcelle de bonheur. Tous ces paysans que Deeds veut aider, ce sont pour la plupart ces mêmes spectateurs qui viennent suivre son histoire et se prêter à rêver d’un monde meilleur. Et Capra leur dit que c’est possible, et tout comme nous, beaucoup sont ressortis du film avec une esquisse de sourire aux lèvres, très certainement.

 

Et c’est là qu’est le grand talent de Capra : réussir à faire sourire et rêver ses spectateurs avec des histoires simples, avec des gens ordinaires, auxquels les spectateurs peuvent aisément s’identifier.

Et puis il y a Gary Cooper, un grand échalas encore un tantinet adolescent, et qui s’émerveille de tout, parce qu’il le faut aussi pour supporter la vie. Et il a avec lui deux alliés magnifiques : la belle Babe Bennett (Jean Arthur, qui reviendra tourner avec Capra), celle qui ne peut que tomber amoureuse d’un tel personnage ; et Cobb (le trop méconnu Lionel Stander** qui joua autre chose qu’un serviteur de couple riche pour la télévision), journaliste reclassé dans la protection de l’image de son patron, et qui soutient cet homme apparemment extravagant (d’où le titre français) mais qui est, au bout du compte, un véritable humain, sinon le seul.

 

Et le tout avec son humour habituel, tout en subtilité…

 

 

* appellation onomastique s’il en est…

 

** Une personnalité inscrite sur la liste noire de l’HUAC jusqu’à sa dissolution ne saurait être complètement mauvaise…

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