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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Capra, #James Stewart
Mr Smith au Sénat (Mr Smith goes to Washington - Frank Capra, 1939)

Attention : film (très) américain.

Il s’agit de l’un des films les plus américains qui soient puisque nous pénétrons avec  Jefferson Smith (James Stewart, toujours formidable) dans les arcanes du système politique américain.

En effet, si Mr Smith va à Washington, c’est parce qu’il a été désigné sénateur en remplacement d’un autre qui est mort. Alors évidemment, n’ayant jamais quitté sa campagne, il est la proie rêvée des journalistes qui ne se privent pas pour se moquer de lui.

Il faut dire que sa désignation n’est pas innocente : le sénateur Paine (Claude Rains), son partenaire de l’état, voit en lui un faire valoir inoffensif.

Mais, vous vous en doutez, Smith ne va pas se laisser faire.

 

Jefferson Smith, c’est avant tout ce qu’on pourrait appeler un Américain moyen. Son nom est le nom le plus commun qu’il soit et son prénom, Jefferson, fait tout de suite référence à Thomas Jefferson, l’un des Pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique : c’est ce dernier qui est considéré comme le rédacteur de la Constitution. Et le fait que notre Jefferson écrive un projet de loi n’est donc pas innocent. De plus, comme son glorieux modèle, c’est un écrit qui aura des répercussions. Quant à son patronyme – Smith – il n’est pas sans rappeler un certain Joseph Smith, arrivé avec le Mayflower… Celui avec Poca Hontas, vous savez ? Encore une ascendance prestigieuse et aussi fondatrice.
Il y a d’ailleurs une analogie entre l’arrivée de Jefferson Smith au Sénat, jeune politicien en bute à une assemblée hostile et l’arrivée des Pères Pèlerins – et donc Joseph Smith – dans une nature et un hiver hostiles en 1620…

 

Smith est un cousin dérivé de Longfellow Deeds (1) : comme lui, il est naïf, mais pur, honnête. Il annonce aussi George Bailey (2), par sa force de caractère qui le fait tenir dans l’adversité. Et comme Deeds, il est le porte-parole de Capra, mais cette fois-ci dans le domaine politique.

Smith est le véritable représentant du peuple : il est pur, il est honnête… Il est vrai. Il dit ce qu’il croit et il croit ce qu'il dit. Sa première émotion en arrivant à Washington, c’est le Capitole, siège du Sénat, qui la lui donne, plus que les jolies jeunes filles qui sont venues l’accueillir. Et son premier réflexe, c’est de visiter la capitale, passant dans chaque haut lieu de l’histoire américaine, dans une séquence où sont superposées les monuments, les Cloches de la Liberté, et bien entendu, le drapeau américain (Star-Spangled Banner), avec la musique appropriée (qui n’est donc pas toujours de Dimitri Tiomkin)… Avec une préférence pour le Mémorial d’Abraham Lincoln, dans lequel on peut trouver la célèbre Gettysburg Address mentionnant « […] le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple […]. »

 

Mais malgré les bons sentiments et cette fois indéfectible en la Constitution, Smith est une cible. Une cible des journalistes tout d’abord, qui s’amusent de ce pantin – semble-t-il – à la botte des hommes d’affaires. Mais ces hommes d’affaire se rendent vite compte que Smith n’est pas de leur côté comme ils avaient pu l’envisager. Il devient donc leur nouvelle cible, alors que dans le même temps, il commence à gagner la sympathie des mêmes journalistes, dont Diz Moore (Thomas Mitchell, qui retrouve Capra et retournera avec lui et James Stewart (2)), un personnage plutôt habituel pour Mitchell : c’est un journaliste consciencieux mais surtout porté sur la bouteille…

 

Ses ennemis sont de deux sortes : financière avec l’infâme Jim Taylor (Edward Arnold, de retour chez Capra lui aussi(3)), magnat de la presse et autres domaines (je n’ai pas dit que c’était W.R. Hearst…) et son complice Chick McGann (Eugene Pallette dans un rôle presque complètement sérieux…) ; et politique avec le sénateur Paine – tout de suite, on pense à « pain » [pein] = douleur – un homme qui fut autrefois intègre, mais s’est compromis avec  Taylor.

Et si Paine a encore une conscience, on sait tout de suite qu’il n’en est rien de Taylor, infâme du début à la fin du film.

 

Mais heureusement, Smith compte des alliés : les enfants tout d’abord, puisqu’il dirige une association de Boy Rangers dans sa ville et voudrait élargir l’expérience au pays tout entier ; le président du Sénat, qui s’amuse comme tout le monde de Smith quand il arrive puis avec admiration (et jubilation) quand Smith défend sa cause ; Saunders (Jean Arthur) enfin, qui succombe progressivement au charme de ce jeune sénateur vierge de toute corruption (c’est leur deuxième collaboration ensemble avec Capra (3)).

 

On retrouve encore une fois, dans cette comédie de politique-fiction les mêmes positions de Capra que dans ses films précédents, avec cette fois une critique beaucoup moins déguisée du gouvernement démocrate alors en charge à Washington. Bien entendu, les membres du Sénat on trouvé cette comédie un tantinet saumâtre…


Mais surtout, si cette comédie a été un tel succès, c’est avant tout grâce à l’interprétation magistrale de James Stewart, dans un rôle taillé sur mesure : un jeune homme américain dans lequel se retrouvent tous ceux qui habitent ce grand pays, qui se bat pour le grand idéal de ce pays : la Liberté. Il est un Smith convaincant, dans l’enthousiasme et surtout dans le désespoir, lâchant ses dernières forces dans un combat qui semble perdu d’avance.

 

Pas étonnant qu’ensuite, Frank Capra, chantre de l’Amérique, ait participé au service des Transmissions de l’US Army pendant la deuxième guerre mondiale, réalisant la série Why we fight.
 

 

(1) L’extravagant Mr Deeds

 

(2) La Vie est belle

 

(3) Vous ne l’emporterez pas avec vous

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