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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mike Leigh, #Biopic
Mr. Turner (Mike Leigh, 2014)

Splendide.

James Mallord William Turner fut et reste très certainement l’un des plus grands peintres du 19ème siècle, et inspira  l’impressionnisme tant son œuvre est marquée par ses impressions visuelles autant qu’émotionnelles.

Pour avoir visité plusieurs fois la Tate Gallery (avant qu’elle devienne Modern), j’en garde le souvenir d’une grande émotion devant cette peinture incroyable si loin des représentations factuelles mais pourtant si proches du ressentir.

Ici, Mike Leigh nous raconte les vingt-cinq dernières années de la vie de ce géant : ses œuvres, ses inspirations, ses rencontres. C’est un artiste reconnu par ses pairs et l’establishment qui se dégage progressivement des canons de son époque, délaissant le figuratif pour exprimer autrement ses émotions.

 

Ce qui frappe d’entrée, c’est son côté jouisseur, que ce soit avec la nourriture, la boisson ou les femmes. Il n’y eut pas une femme dans la vie de Turner, mais plusieurs : sa mère – « maudite soit-elle » (1) ; Sarah Danby (Ruth Sheen) la mère de ses enfants ; Sophia Booth (Marion Bailey). Sans oublier sa servante Hannah (Dorothy Atkinson), qu’il appelle « damsel », qui doit avoir son âge et avec qui il a une relation qui va au-delà du simple service.

 

En ce qui concerne les hommes, le seul qui semble avoir une véritable influence sur lui est son père William Sr. (Paul Jesson), pour qui il montre un amour débordant. La relation entre eux deux est loin de la retenue victorienne de l’époque. D’une manière générale, chez les Turner, il n’y a pas beaucoup de retenue émotionnelle. Ce sont des effusions lors des retrouvailles et des larmes quand le vieil homme meurt, il n’y en aura pas pour la mort de sa fille cadette Georgiana (Amy Dawson).

 

Dès l’ouverture du film, nous plongeons dans la peinture de Turner. C’est une aube hollandaise qui le voit croquer le paysage, alors que deux femmes portant coiffes traditionnelles passent près d’un canal. Déjà le soleil est voilé. Et d’une manière générale, la source de lumière naturelle sera toujours représentée voilée : c’est le cas des différents plans solaires tout comme la lune qui, voilé, émet un halo pâle sur une nuit noire.

 

Mais ce que Mike Leigh a réussi à faire, c’est le chemin inverse de celui de Turner.

Comme tous les peintres avant et après lui, Turner capture la vie et en fait une toile sur laquelle s’exprime en plus des couleurs le ressentir de l’artiste.

Ici, Leigh capture la toile et la réanime, la ramenant à la vie. C’est le cas pour le soleil mais c’est aussi le cas pour ce bateau qu’un remorquer à vapeur emmène pour son dernier voyage avant la destruction (2).

A un autre moment, on peut admirer une anse où les vagues déferlent régulièrement : c’est, dans les tons et le cadrage, tout simplement un tableau vivant.

 

Et surtout, il réussit une transition extraordinaire entre Turner qui peint arrange un tableau avec une frénésie incroyable, griffant la toile de ses ongles, crachant sur la peinture afin de pouvoir la délayer directement avec ses doigts… Quand il a terminé, la caméra se recule et nous voyons les touches subtiles sur le tableau qui n’en est plus un : plus la caméra recule et plus nous constatons qu’il s’agit d’une falaise de rocs devant laquelle se promène l’artiste.

Fabuleux autant que bluffant !

 

L’autre artiste, c’est bien entendu Timothy Spall – acteur fétiche de Leigh – qui sort des seconds rôles qui l’ont rendu célèbre – Peter Pettigrew dans Harry Potter entre autres – qui nous offre une prestation superbe (encore !) de cet artiste, qui comme tous les grands sortait complètement de l’ordinaire. Il est le mélange entre un ours et un ogre : il possède un appétit de vi(vr)e immense, et surtout il pousse un nombre incalculable de grognements tout au long du film.

 

A ses côtés, on retrouve de nombreux-ses habitué(e)s des films de Mike Leigh, mais ce sont les femmes qui ont la plus grande importance – et surtout Hannah et Sophia – les hommes étant essentiellement des confrères quand ce ne sont pas des concurrents. Les rapports brefs avec Constable (James Fleet) (3) sont d’ailleurs très éloquents.

 

Un film merveilleux.

 

 

PS: Que le temps passe, déjà 1000 films !

  1. « curse her ! » dit son père sur son lit de mort.
  2. The Fighting Temeraire tugged to her last berth to be broken up, (1838).
  3. Autre grand nom de la peinture anglaise, célèbre pour ces paysages campagnards et autres scènes champêtres.
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