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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Sam Taylor, #Mary Pickford
La petite Vendeuse (My best Girl - Sam Taylor, 1927)

Maggie Johnson (Mary Pickford) travaille au grand magasin Merril, où tout est à 5 ou 10 cents. Un jour arrive un jeune homme – Joe Grant (Charles « Buddy » Rogers) – qui va apprendre le métier auprès d’elle. C’est un grand empoté que Maggie va former, tellement bien qu’il deviendra son chef (1). Mais tout cela n’empêche pas les sentiments : ils tombent amoureux.

Sauf que Joe Grant s’appelle en réalité Merrill, qu’il est le fils du grand patron (Hobart Bosworth) et qu’il est fiancé à Millicent Rogers (Avonne Taylor) et doit bientôt se marier avec cette dernière.

Il faudra bien qu’à un moment Maggie l’apprenne.

Elle va l’apprendre, le jour même où sa sœur Liz (Carmelita Geraghty) est arrêtée – la son « fiancé » n’est pas un type spécialement recommandable – et présentée devant le juge (Mack Swain).

 

Ce film est une référence : il s’agit du dernier muet de l’immense Mary Pickford. Elle fait ses adieux – elle ne le sait pas encore quand elle tourne – à cette magnifique période du cinéma qui a vu presque tout se monter, s’expérimenter, se créer. Et elle en fut l’une des plus grandes actrices (2) et ce dernier rôle en est une sorte d’apothéose, montrant, une nouvelle fois, son talent immense.

C’est un dernier festival d’humour, combinant le burlesque avec les situations plus sophistiquées qui se sont développées ces dernières années-là, dirigé par un habitué du genre : Sam Taylor qui a fait ses classes auprès d’Harold Lloyd (là encore, excusez du peu).

Bien sûr, c’est du sur mesure pour Mary Pickford, qui a imposé son cameraman, l’inamovible Charles Rosher, mais on retrouve par petite touche la marque du burlesque un tantinet lloydien, dans cette histoire familiale où les transports ont leur importance. Et on retrouve dans cette situation le cadre un peu habituel des films de Mary Pickford : la jeune femme forte qui assume avec courage toutes les situations dures de la vie. Mais cette fois, elle n’est plus une enfant (3)

 

Mary Pickford est donc formidable, dans ce rôle tragicomique de soutien de cette famille bien singulière : entre un père (Lucien Littlefield) faible facteur, une mère (Sunshine Hart) oisive qui passe ses journées aux enterrements des autres et cette sœur un tantinet scandaleuse, véritable « it » girl, la vie n’est pas simple. En effet, Liz n’est pas sans rappeler Clara Bow dans le film du même nom (qui est sorti en février de cette même année) : l’allure, la coiffure et la peluche vont dans ce sens. Tout comme l’intrigue qui se situe dans un grand magasin. Mais alors que chez Clarence Badger, la jeune femme est amoureuse du patron, ici, c’est le fils le plus intéressant. Et n’oublions pas que ‘est Sam Taylor qui dirige les opérations : l’aspect dramatique a plutôt tendance à s’effacer devant les éléments comiques.

 

Mais cela n’empêche pas Mary Pickford de jouer sur les deux tableaux dans cette comédie au final plutôt sophistiquée : on y retrouve tout son talent et en particulier un monologue (4) final de très haute volée : une extraordinaire déclaration d’amour d’une jeune femme qui s’efface devant les convenances et la promise de rang élevé de celui qu’elle aime. Connaissant sa vraie place face à ce jeune homme de (très) bonne famille, elle essaie (en vain, sinon nous n’aurions pas de fin heureuse) de se faire passer pour ce qu’elle n’est pas : une jeune femme moderne, véritable jazz age girl, qui se maquille (mal) fume (maladroitement) et danse (encore plus mal). Et si elle ne boit pas, c’est seulement parce que le Volstead Act (1919-1933) est de mise !

 

Bref, le film une de ces dernières pépites d’un art alors à son apogée, avec l’une des plus grandes actrices de tous les temps (n’ayons pas peur des mots !), qui se savoure avec gourmandise. On en redemande !

Et je terminerai en disant que ce film est une référence à un autre point de vue pour Mary Pickford : non seulement c’est son dernier muet, mais elle fait la rencontre ici de celui avec qui elle va finir ses jours. En effet, elle épousera Charles Buddy Rogers dix ans plus tard et ce mariage – étonnamment ou non – durera jusqu’à la mort de l’actrice, quarante-deux ans plus tard…

 

PS : Outre la présence de Mack « Big Jim » Swain, on notera celles de Nigel de Brulier (notable), John George (un peu moins) et Carole Lombard (anecdotique).

  1. On peut avoir ici une très bonne idée des conditions de travail pour les femmes à l’époque, et des disproportions de traitement avec les hommes.
  2. Ma préférée reste Lilian Gish.
  3. Mary a 35 ans quand le film sort.
  4. Ce n’est pas parce qu’on n’entend pas sa voix qu’elle ne parle pas.
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