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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Herbert Wilcox, #Dorothy Gish
Nell Gwynn (Herbert Wilcox, 1926)

Une jeune femme tient une main qui s’agite. Et puis tout à coup, la main s’immobilise et retombe.

Le roi Charles II (Randle Ayrton) est mort, son frère le duc d’York (Gibb McLaughlin) va très bientôt lui succéder.

La jeune femme ? C’est Nell Gwynn (irrésistible Dorothy Gish), une vendeuse d’oranges devenue actrice par la volonté du roi, puis une de ses favorites.

 

Il s’agit donc d’un film historique – bien entendu romancé pour les besoins du cinéma – mais qui s’appuie tout de même sur des faits. La dernière requête de Charles mourant à son frère futur monarque : « [sois aimable avec Portsmouth, et] ne laisse pas la pauvre Nelly mourir de faim » est historique.
Mais au-delà du personnage authentique, c’est avant tout Dorothy Gish qui est la véritable vedette du film. Elle est belle, elle joue magnifiquement et en plus elle est très drôle.

C’est la sœur de Lillian Gish, certes, et la ressemblance est frappante. Mais il y a chez Dorothy un petit plus que Lillian n’a jamais eu : un petit grain de folie. Lillian Gish est extraordinaire, c’est un fait. Mais il ne faut surtout pas réduire à Dorothy à un rôle de sœur. Elles ont souvent joué ensemble sous la direction du maître (D. W. Griffith), mais pas dans le même registre.

Ici, Nell ne pouvait pas être interprétée par Lillian. Il y a trop de légèreté dans le personnage.
Et Dorothy se place exactement dans le personnage, entre sa sœur et Mary Pickford. Il y a le fond de jeu de Lillian Gish avec l’effronterie des personnages de Mary, tout en étant une femme et non une enfant.
Nell est une jeune femme délurée, effrontée et insolente. Mais elle est surtout naturelle. Rien ne lui fait peur, surtout pas le ridicule. Ridicule qu’elle use avec intelligence pour ridiculiser l’autre favorite de Charles : Lady Castlemaine (Juliette Crompton). La scène du chapeau est formidable à souhait, Dorothy y est merveilleuse.

 

D’une certaine façon, Wilcox rend très bien la période de règne de Charles II, qui prit le pouvoir après les années de gouvernement de Cromwell puis de son fils. Il y a de la légèreté et du relâchement dans les mœurs qui s’expliquent par un rejet total des doctrines puritaines de Cromwell : le cinéma – avec sa réputation sulfureuse auprès des ligues de vertu – ne pouvait qu’exploiter un tel filon historique.

Alors on s’amuse et on rit de cette petite vendeuse qui arrive, à sa façon, au sommet de l’Etat, devient une grande actrice et donna tout de même deux enfants au roi !

 

Oui, on s’amuse beaucoup de cette jeune femme libre, fraîche et impudique (normal, c’est une « actrice » comme disaient les bigots de ce temps-là) qui reste toujours elle-même, à quelque occasion que ce soit. Et qui le restera jusqu’au bout, snobant ouvertement le tout nouveau roi – qui, au passage possède une magnifique tête de faux derche, tout comme son acolyte le prince de Monmouth (Donald Marcadle).

Dorothy est une Nell encore plus vraie que la vraie, passant d’un registre comique au tragique avec le savoir faire des grandes. La transformation progressive de son visage lors de la mort annoncée du roi reste un grand moment d’émotion, que complète la scène de la main ci-dessus évoquée : cette attitude désespérée qui nous la montre caressant puis réchauffant la main afin de lui redonner vie est bouleversante.

Et Dorothy, au final nous offre une Nell Gwynn nature, et donc complètement en décalage avec la Cour, mais qui sait aussi rester digne dans l’adversité et se retire ainsi : avec la mort de Charles, c’est la fin de sa vie dans cette même Cour.

 

PS : Il serait temps de remettre à l’honneur la grande actrice qu’était Dorothy Gish, au même titre qu’une Garbo ou qu’une Swanson. Il y a une fraîcheur et une justesse dans son jeu, ainsi qu’une dose de sensualité (Nell a des décolletés plus que suggestifs) qui la rendent l’égale de ces divines.

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