Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Paul Czinner
Nju (Nju : Eine unverstandene Frau - Paul Czinner, 1924)

Nju (Elisabeth Bergner) est mariée à un bon bourgeois allemand (Emil Jannings).

Un jour, alors qu’elle lance une pièce à un artiste de rue, elle atteint le chapeau d’un jeune écrivain (Conrad Veidt). Le regard de ce dernier la subjugue.

Le soir même, elle et son mari sont invités à une réception où elle retrouve l’écrivain.

Rapidement, ils deviendront amants, au grand dam du bourgeois.

 

Bien qu’elle fût une très belle actrice – l’une des plus belles du cinéma allemand de cette époque – on ne connaît pas beaucoup Elisabeth Bergner. Il s’agit ici de son second film, réalisé par celui qui deviendra son mari (1). Mais surtout, elle côtoie ici deux monstres sacrés (2) du cinéma allemand : Jannings et Veidt.

Tous deux étaient de véritables acteurs de composition et les voir ici dans des rôles de personnages normaux paraît presque incongru. Presque.

Et surtout, Czinner les dirige avec bonheur, évitant le surjeu si facile chez ces deux grands acteurs, et surtout Jannings.

 

L’intrigue n’est pas bien originale puisqu’on est dans une situation amoureuse à trois, avec mari trompé et malheureux. A cet adultère s’ajoute la petite fille (Nils Edwall) du couple et nous avons donc tous les ressorts d’une histoire triste voire pathétique.

Il est clair aussi que la présence des deux stars est l’un des atouts du film, et si Czinner est un cinéaste oublié aujourd’hui, on trouve quelques bons éléments dans son film.

On y retrouve la constante allemande de l’éclairage qui éblouit tant le spectateur chez Murnau, et quelques bonnes idées. Est-ce dû au format (56 minutes) mais ces bonnes idées ne sont que des ébauches et auraient mérité un traitement plus appuyé, surtout pendant la séquence du miroir.

 

Alors que Nju veut quitter son mari, ce dernier lui brosse le tableau de ce que va devenir sa vie une fois qu’elle se sera lassée de son nouveau béguin. Tout ceci est vu dans le miroir et décrit la lente déchéance de la jeune femme. Et c’est quand la séquence se termine qu’on est un peu frustré : la jeune femme était alors entouré de mains qui sortaient de terre et la montraient du doigt… La contribution de Czinner à l’Ecran démoniaque cher à Lotte H. Eisner.

Autre grand moment : la révélation de l’amour de Nju pour le jeune écrivain par le mari trompé. Encore une fois, Jannings montre qu’il était un grand : il rapporte souriant les croquis de sa femme qu’il veut présenter à son (futur) rival : il se fige et son visage se décompose, indiquant clairement qu’il a compris.

 

Autrement, peu de chose tout de même, si ce n’est le jeu subtil de la belle Elisabeth-Nju : normal, elle a aussi travaillé avec Max Reinhardt. Elle ne surjoue jamais – est-ce cela qui déteint sur nos deux autres interprètes ? – et reste toujours très juste dans son interprétation. Même dans les moments les plus pathétiques – au téléphone avec sa fille par exemple – elle reste digne. Bref, elle tient son rang face aux deux géants.

Par contre, nous sommes en 1924 et cette histoire d’adultère ne peut aboutir que sur deux possibilités : soit elle retourne vers son mari – sa servante (Maria Bard) vient même la prier de revenir –,  soit elle meurt.

Sans vous révéler ce qu’il se passe, sachez que la fin est tout de même très prévisible.

 

PS : je préfère passer sous silence le titre français sous lequel fut exploité le film : A qui la Faute ?

  1. Ils ne se marieront pas avant 1933 et resteront ensemble jusqu’à la mort de Czinner en 1972.
  2. Ainsi que de sacrés monstres !
Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog