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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Maurice Tourneur
Obsession (Maurice Tourneur, 1934)

Les yeux de Jean Yonnel.

C’est le tournant du film.

Alors que son frère Pierre (Charles Vanel) a demandé à sa femme (Louise Lagrange) de le faire « libérer », Raymond (Jean Yonnel, donc), paranoïaque, se retrouve seul chez lui, prêt à étrangler sa femme (1).

Il y a dans ce regard toute la maladie et la détresse d’un malade. Raymond est un paranoïaque. En 1933, on n’a pas du mal à appeler l’affection qui le tourmente : la paranoïa. On parle de folie de la persécution, ce qui revient au même.

 

En moins de quarante minutes, Maurice Tourneur – maître s’il en est – a tout dit et tout montré.

D’un côté, un frère intéressé – et pourtant intéressant, n’est pas Charles Vanel qui veut – interné pour avoir voulu étrangler sa femme, soupçonnée – à tort, est-il besoin de le préciser ? – de l’avoir trompé.

De l’autre un homme malade, ravagé par la paranoïa, mais capable, quand il est un tantinet lucide, de se rendre compte de son état.

 

Sauf que son frère Pierre n’en a rien à faire. Pierre est un homme vénal, guidé par son goût du lucre. La libération de Raymond, c’est, pour lui, avant tout une occasion de s’enrichir : une fois son frère sorti des l’asile, il aura tout loisir d’influencer le jugement de son frère à son propre avantage. La femme de Raymond, Louise (Louise Lagrange) est on ne peut plus consciente du danger que représente la libération de son mari.

Mais l’argent guidant le monde (hier comme aujourd‘hui) et malgré les scrupules de Louise balayés aisément par Pierre, soutenu par sa mère (Louise Marquet), trop contente de retrouver son fils et niant les éventuelles conséquences de cet élargissement.

 

En moins de 40 minutes, Maurice Tourneur nous propose un film magistral.

Une exposition succincte mais tellement précise nous annonce le drame prévu. Le spectateur, conditionné par le titre – Obsession, beaucoup plus judicieux que L’Homme mystérieux, le titre alternatif – sait dès les premières minutes que la démarche de Pierre est malhonnête.

Mais c’est là qu’est le talent du metteur en scène : amener le spectateur au bout de cette malhonnêteté en le rendant complice de cette justification.

 

Et ça marche, presque jusqu’au bout. Pierre est sur le point de réussir sa démarche néfaste, mais, comme d’habitude, le Destin s’en même.

Il n’est pas bien grand, le Destin. Il est tout jeune et il enraye toues les manœuvres de Pierre, magnifiant soudainement son héros – Raymond – et le rendant alors à son triste sort.

Parce que plus que son épouse, son frère ou sa mère, c’est son fils Jean (Jean Bara, 95 ans le 23 mars dernier) qui a le rôle principal dans son éventuelle guérison : c’est lui, par son amour (2) qui ramène son père à la raison, amenant alors une fin absurde, mais tellement logique (3).

 

Un moyen métrage à (re)découvrir, encore une fois, et que Monsieur Patrick Brion nous a proposé, il y a quelques décennies avec Carrefour, interprété par le même est formidable Charles Vanel.

 

 

 

  1. Ce n’est pas la première fois : il fut interné pour cela trois mois plus tôt.
  2. Il ne peut y avoir d’autre raison…
  3. Il retourne à l’asile : quelle rationalité, quelle logique… !
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