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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sam Peckinpah
Pat Garrett & Billy the Kid (Sam Peckinpah, 1973)

 

Alors que le western continue son lent crépuscule (1), Sam Peckinpah nous propose ici son dernier (le sixième), s’attaquant à l’une des plus grandes légendes de l’Ouest : Billy the Kid (Kris Kistofferson).

Peckinpah qui a vu la version de son aîné (de trois ans) Arthur Penn, reprend l’histoire de la fin de Billy the Kid un tout petit peu avant sa capture par Pat Garrett (James Coburn), après un court siège meurtrier de son repère.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est bien Pat Garrett qui nous intéresse ici, Billy devenant alors une espèce de chimère qu’il va poursuivre pendant tout le film jusqu’à l’affrontement final et définitif. Le film s’ouvre d’ailleurs par la mort de Garrett, exécuté par un de ses métayers (et ses amis), Peckinpah utilisant un montage parallèle pour nous replonger dans les derniers mois de la vie du Kid, faisant finalement basculer le temps du récit de 1909 (1) à 1881, quelques semaines avant le 14 juillet.

La période entre la capture et l’évasion de Billy est d’ailleurs assez similaire de par les personnages et les situations, et en particulier la mort de Howland (Jack Dodson) abattu par Billy d’un coup de carabine alors que ce dernier est à un balcon.

 

Mais à la différence du film de Penn, celui de Peckinpah jouit d’une liberté de ton et d’action, et surtout d’une exposition de violence fort spectaculaire.

A nouveau, Peckinpah nous gratifie de morts sanglantes au ralenti, une de ses marques de fabrique (2).

Certes, cela ajoute dans le spectaculaire, mais à la longue, c’est un tantinet lassant, cette technique devenant systématique à chaque mort, alors qu’une moindre fréquence aurait permis une gradation dans les différentes morts, selon l’importance du tué.

 

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une version on ne peut plus réaliste, par rapport à celles dont j’ai pu disserter ici, et la présence de James Coburn incarnant le shérif Garrett est un plus, quand on connaît les autres rôles que fit ce grand acteur dans d’autres westerns, dont surtout Britt dans The magnificent Seven.  Ce rôle lui conférant un recul qu’on va retrouver dans ces interprétations ultérieures qu’on va en partie retrouver ici.

Et cette fois-ci, Billy the Kid n’est pas présenté comme une victime des circonstances mais bel et bien pour ce qu’il est : un criminel.

Ce n’est pas un personnage qu’on peut aisément classer d’un côté des bons ou presque. La première fois qu’on le voit, il participe à un entraînement de tir au pistolet : atteindre des têtes de poulets vivants enterrés. Outre et exercice des plus cruels, son duel avec Alamosa Bill (Jack Elam, incontournable second rôle du western) ne brille pas par sa régularité, même si Bill non plus n’était pas un personnage franchement honnête.

 

Mais à la différence d’un western traditionnel, Pat Garrett n’est pas non plus le héros sans tache qu’on avait (un peu) l’habitude de voir (moins chez Penn que chez Hughes) : pas de costume blanc (Garrett/Denher) ni de costume noir (Billy/Newman). Pat Garrett est un ancien bandit et son élection de shérif est surtout due à Chisum (Barry Sullivan), le grand propriétaire qui embaucha Billy autrefois : il n’y a pas vraiment chez lui cette fibre légale qu’on pourrait retrouver même chez Wyatt Earp.

La traque devient alors question d’intérêt pour Chisum, ce que refuse Garrett malgré tout, faisant de tout cela une affaire personnelle.

Et Peckinpah donne une nouvelle raison pour laquelle Garrett ne toucha pas la récompense pour la mort de Billy the Kid, là aussi beaucoup plus réaliste que Hughes.

 

Notons pour finir que Peckinpah eut les mêmes ennuis que Penn une fois le film terminé : les studios Warner Bros sortant une version qui n’était pas vraiment celle voulue par le réalisateur. Il faudra attendre 15 ans (1988) pour que la version « standard » sorte en vidéo. La version 2005 (celle que je possède) reprend ce montage plus adéquat.

 

PS : La présence ET la musique de Bob Dylan (Alias) qui réalisé la BO, dont l’incontournable hit Knocking on Heaven’s Door. Les paroles d’ouverture de la chanson prennent tout leur sel quand elles s’entendent alors que le shérif Cullen Baker (Slim Pickens) s’écarte pour mourir sous les yeux tristes de sa compagne (Katy Jurado) :

« Mama, take this badge off of me / Maman enlève-moi ce badge

I can't use it anymore / Je ne peux plus le porter

It's getting dark, too dark to see / Il fait beaucoup trop noir pour voir

I'm feelin' like I'm knocking on Heaven's door / J’ai l’impression de frapper à la porte du Paradis. »

 

  1. 1908 serait plus juste, année de la mort de Garrett. Mais on ne peut pas toujours avoir raison…
  2. Je plaisante : western et cinéma sont si intimement liés, qu’on n’imagine plus l’un sans l’autre.
  3. Voir à ce propos Salad Days, un faux extrait de film de Peckinpah par les Monty Python. Un régal.

 

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