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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Grand Corps Malade, #Mehdi Idir
Patients (Grand Corps Malade - Mehdi « Minos » Idir, 2016)

C’est un accident « commun » qui est arrivé à Benjamin (Pablo Pauly). Il a plongé dans la piscine mais comme il n’y avait pas assez d’eau, il s’est éclaté une vertèbre et le voilà maintenant tétraplégique incomplet. Seules ses mains bougent un peu, ainsi qu’un orteil.

Alors pour lui qui était très sportif – basket + STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) –, c’est un sale coup que lui a fait la vie.

Après l’hôpital, il se retrouve dans un centre de rééducation, avec d’autres accidentés de la vie comme lui (1).

 

Une dizaine d’années après l’inoubliable Mar Adentro sort un nouveau film sur le handicap, dont la source est d’ailleurs la même : un plongeon fatal. Mais si le film d’Alejandro Amenábar était dramatique et sans espoir, celui de Grand Corps Malade – aidé de Mehdi « Minos » Idir – porte un très bel espoir, même s’il est lui aussi handicapé.
Bien sûr, Benjamin, c’est Fabien « Grand Corps Malade » Marsaud, dans une adaptation de son propre roman autobiographique.

Et si la situation des différents protagonistes est tout de même dramatique, le film nous propose malgré tout une teinte comique : Ben est sans cesse en train de blaguer, confirmant que l’humour est la politesse du désespoir, mais il n’est pas le seul.

 

Une fois l’installation au centre effectué, Benjamin va côtoyer quelques jeunes gens qui ont son âge et pour qui la situation n’est pas spécialement enviable. Et parmi cette bande, le personnage-clé c’est Farid (Soufiane Guerrab), qui est hémiplégique depuis l’âge de 4 ans.

Son expérience dans le domaine permet aux autres de relativiser mais aussi amène de vrais moments de comédie voire de rire entre eux, amenant les autres à ne pas se morfondre dans leurs situations.

Sans oublier les situations plus ou moins gênantes qui sont rendues avec juste ce qu’il faut de comique pour amener le sourire : l’érection des patients quand on les met en position verticale ; la gêne de Farid quant à son absence de sexualité « active » (en clair : il est puceau !).

 

Et puis il y a le centre. On n’y trouve pas que des fauteuils roulants : en plus des différents pensionnaires, on trouve un personnel soignant avec ses qualités et ses défauts : Jean-Marie (Alban Ivanov) qui ne peut s’empêcher de s’adresser à ses patients à la troisième personne du singulier (2) ; Christiane (Anne Benoît) qui n’a pas la délicatesse qu’on pourrait attendre d’une aide-soignante ; François (Yannick Renier), le kiné qui repousse toujours plus loin les limites pour amener son patient à l’autonomie ; et bien sûr la docteure Challes (Dominique Blanc), qui dirige le centre et qui a la terrible responsabilité d’annoncer la vérité aux patients.

Plutôt que vérité, j’aurai tendance à parler de réalité : il s’agit de faire comprendre à ces patients que malgré les progrès visibles, ils ne retrouveront jamais une vie normale.

 

L’annonce par la docteure à Ben est un moment magnifiquement montré : alors que Ben se sent prêt à reprendre sa vie d’avant, elle lui assène sa réalité, amenant un traumatisme moral d’une violence inouïe. L’impression qui est alors rendue rappelle celle qui suit une explosion au cinéma : le silence s’installe tel un acouphène qui couvre tous les bruits environnants, noyant alors les explications supplémentaires de la docteure.

C’est d’une certaine façon un nouvel accident qui ajoute à son handicap : il lui faut à nouveau se reconstruire.

 

Et puis il y a la vie avec le handicap. Outre Farid et ses qualités de catalyseur, on trouve deux autres jeunes garçons dont les actions vont amener une autre dimension dramatique (3) : Steeve (Franck Falise) et Toussaint (Moussa Mansaly). Avec Steeve, c’est le désespoir qui s’exprime, la haine contre cette vie qui a fait de lui ce qu’il est devenu.

Quant à Toussaint, c’est encore pire. Je vous laisse le soin de le découvrir.

 

Et enfin il y a les autres, Samir (Samir El Bidadi) qui n’a plus de mémoire et appelle Ben Julien, tout en écoutant inlassablement le même CD de Bob Marley ; la femme désinhibée (Stéphanie Fatout) qui ne fait que jurer à la moindre contrariété ; et Samia (Nailia Harzoune).

 

Samia, c’est le rayon de soleil dans cette vie de Ben. C’est aussi l’amour qui entre dans le centre. On a alors une magnifique situation amoureuse entre elle et lui, dans un couloir, alors que passe un aide-soignant. C’est d’abord une main qui se pose sur celle de Benjamin, puis la sienne qui se traîne sur celle de Samia. Et ensuite, la caméra s’éloigne en rythme, laissant les deux amoureux seuls (4) dans leur intimité.

 

Un très beau film plein de subtilité et de pudeur et qui montre que quand il reste un peu de vie, il y a tout de même un peu d’espoir, même s’il est modifié…

 

PS : Des questions « terribles » subsistent, essentiellement autour de Steeve : qui a fourni la vodka ? Qui a tourné le bouchon ?

 

 

  1. Pas obligatoirement tétraplégiques, mais accidentés tout de même.
  2. Qu’est-ce que c’est horripilant !
  3. Comme s’il y en avait vraiment besoin…
  4. C’est bien connu : « les amoureux sont seuls au monde… »
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