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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Mike Nichols
Primary Colors (Mike Nichols, 1998)

Le Stars & Stripes (1).

Des poignées de mains. Plus ou moins appuyées.

La voix de Henry Burton (Adrian Lester), un des directeurs de campagne du gouverneur Stanton (John Travolta) qui part décrocher son ticket pour la Maison Blanche.

Nous allons donc suivre la montée en puissance d’un candidat à l’investiture démocrate pour la présidence, à travers ses différents déplacements, et surtout les différentes taches qui s’accumulent sur le passé de ce candidat, presque trop bien pour être honnête.

 

Dans tous les films de Mike Nichols que j’ai pu voir jusqu’à aujourd’hui, on retrouve souvent une bonne dose d’actualité. Rappelez-vous Dustin Hoffman et Mrs Robinson dans un monde sclérosé qui n’avait pas encore connu la libération de 1968, ou encore Melanie Griffiths en publicitaire ambitieuse…

Ici, Nichols revient sur l’accession au pouvoir d’un président aux multiples conquêtes féminines. Non, ce n’est pas John F. Kennedy mais un de ses lointains successeurs : Bill Clinton.

Mais le plus impressionnant dans ce film, c’est son actualité brûlante puisque, au moment de la sortie du film, Clinton était toujours en exercice (il lui restait deux ans à faire), et surtout il était empêtré dans le scandale Monica Lewinsky.

 

Et encore une fois, il est intéressant de constater la facilité avec laquelle Hollywood traite un sujet des plus actuels, avec en prime une dose de comédie qui n’est pas négligeable.

Certes, si une comédie se termine toujours bien, on pourra ajouter un nombre signifiant de bémols, la comédie se teintant alors d’amertume voire de cynisme.

Comme Clinton, Stanton atterrira au pinacle, mais on ne peut que douter de l’intégrité de ce drôle de président.

 

Et encore une fois, John Travolta nous surprend – agréablement – en interprétant cet homme qui restera jusqu’au bout une énigme – tout comme son modèle. Son empathie et sa prise de conscience sont les deux éléments qui amènent le doute, nous gratifiant alors d’un numéro d’équilibre entre la politique et la démagogie. Et si John Travolta est magnifique, il ne faut surtout pas sous-estimer le jeu d’Adrian Lester, témoin et acteur de cette campagne qui en plus de consacrer un candidat va écrire une nouvelle page de l’histoire de ce pays. Il se retrouve plongé malgré lui dans une campagne qui a tendance à lui échapper et bouscule irrémédiablement sa vie. On ressent beaucoup de sympathie pour ce jeune homme aux dents pas très pointues, héritier malgré lui (encore une fois) d’un passé prestigieux (son grand-père fut un leader des droits civiques), et qui a du mal à bien se situer jusqu’au dénouement final.

Il faut dire que ses collaborateurs ne sont pas des plus efficaces, surtout ceux du siège de campagne : une belle collection de bonnes volontés pas vraiment à la hauteur du challenge.

 

Pourtant, si ce « job » a toujours été masculin (2), les femmes ont ici un rôle crucial, voire indispensable. Les proies du séducteur, bien sûr, mais ce sont surtout celles de son entourage de campagne : Daisy (Maura Tierney), Libby (Kathy Bates) et Susan (Emma Thompson).

Si Daisy a un rôle moindre à côté des deux autres, elle n’en demeure pas moins indispensable à la victoire de Stanton : avec Henry, elle incarne un duo dont l’image n’est pas si anodine et accentue l’ambiguïté du personnage et sa campagne : ils incarnent une sorte d’idéal américain composé d’une jeune femme blanche et d’un jeune homme noir.

Susan est un rôle-clé dans cette campagne, et Emma Thompson a l’allure physique de son modèle, avec la force morale et physique qu’on a pu découvrir pleinement lors de la campagne de 2016.

Libby enfin – ma préférée – est interprétée par une Kathy Bates au mieux de sa forme, jonglant entre la normalité et la folie, qui valut au personnage une hospitalisation lors d’une campagne précédente (en 1978). C’est un personnage haut en couleur qui lui valut une nomination – fort méritée – aux Oscars (3).

Libby montre une force de caractère exceptionnelle mâtinée d’une éthique insoupçonnée, qui va amener Henry à prendre vraiment la mesure de son « poulain ».

 

Je terminerai en parlant de l’adversaire – malheureux – de Stanton dans la course à l’investiture. Il est interprété par une vieille connaissance surtout célèbre pour sa participation à l’un des plus célèbres soaps de la télévision : Larry Hagman.

Oui, l’ignoble J.R. de Dallas. Et le fait que son personnage – Fred Picker – fut obligé autrefois d’abandonner la course pour des raisons personnelles. Si les raisons sont pertinentes en ce qui concerne l’intrigue, on peut sourire en entendant l’année concernée : 1978. C’est cette année-là que commença la diffusion du feuilleton télévisé mentionné ci-dessus.

 

Et quand le film s’achève, la victoire en poche, on reste sur cette même ambiguïté, surtout qu’on a des poignées de main, et un plan final sur ce même drapeau qui ouvrait le film.

 

  1. Ou encore : Star-Spangled Banner. Le drapeau des Etats-Unis, quoi.
  2. Vingt ans après, toujours pas de femme…
  3. Seulement nominée, mais on peut difficilement rivaliser avec Judy Dench…
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