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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Rouben Mamoulian, #Greta Garbo
La Reine Christine (Queen Christina - Rouben Mamoulian, 1933)

La caméra (1) se rapproche du visage de Greta Garbo, à la proue du navire qui l’emmène en Espagne : un visage lisse ni triste, ni gai, mais où les yeux ont cette étincelle d’espoir qu’on trouve malgré tout quand tout est perdu, mais qu’on ne peut pas descendre plus bas.

 

Garbo retourne en Suède.

En fait, elle interprète la reine Christine du titre, cette reine qui abdiqua au profit de son cousin Charles (Reginald Owen).

Et comme nous sommes à Hollywood, Rouben Mamoulian, par l’intermédiaire de son équipe de scénaristes (2), explique l’abdication par une volonté de liberté et surtout un amour magnifique avec l’envoyé de Philippe IV – Antonio (John Gilbert) – venu lui demander sa main pour le souverain.

 

Encore une fois, l’introduction du personnage interprété par Garbo est retardée au maximum, la découverte aiguisant l’envie du spectateur de découvrir la star dans un nouveau grand rôle.

Si nous rencontrons Christine dès le début, elle n’est qu’une enfant (1) !

Par contre, il faut attendre que la sixième minute soit entamée pour voir enfin la belle Greta. Voir est un tantinet exagéré puisqu’on ne peut que la distinguer, à cheval d’abor puis à pied et dans des habits d’homme (plus pratiques pour chevaucher). Et alors que la caméra la suit à travers le palais, son visage reste toujours occulté : la caméra est derrière et en plus, elle porte un chapeau.

Et quand enfin son visage va nous être révélé, c’est encore avec un léger temps d’attente, le chapeau s’effaçant au tout dernier moment.

Et croyez-moi, l’attente valait le coup : Greta Garbo est magnifique dans le rôle de cette femme libre au destin peut-être trop grand pour elle (4).

 

Mais surtout, ce film, ce sont avant tout les (dernières) retrouvailles de Garbo et Gilbert au cinéma. Je passerai sur leur histoire d’amour compliquée qui amena d’une certaine façon la déchéance de Gilbert, grâce surtout au gros Mayer, et me concentrerai sur ce duo extraordinaire qu’étaient ces deux immenses stars.

Certes, John Gilbert a été oublié, son souvenir se cantonnant au cinéma muet. Mais sa prestation – sonore – est tout à fait convaincante. On retrouve d’ailleurs la même intensité que dans les films communs antérieurs qu’il a tournés avec Garbo.

Sa voix n’est pas désagréable, mais surtout son regard n’a pas perdu de son éclat, et on sent bine qu’il n’a pas dû beaucoup se forcer pour interpréter ce gentilhomme amoureux de la belle Christine.

De son côté, la Divine porte encore une fois très bien son surnom, interprétant un personnage qui lui tient beaucoup à cœur – elle était suédoise, ne l’oubliez pas ! – une femme avant d’être une souveraine. Une femme, ce que Garbo était avant tout !

 

Bien sûr, ce fut l’un des plus gros succès de l’année pour la MGM, et même l’Impératrice rouge qui sortira quelques mois plus tard n’arrivera pas à le détrôner (c’est ce qu’on dit dans ce cas-là, non ?).

La Reine Christine est avant tout un film qui se savoure. Tout d’abord pour Garbo, toujours aussi magistrale, mais là aussi pour son partenaire naturel le grand Jack Gilbert, où leurs confrontations ne sont pas sans rappeler celles du temps où le cinéma était silencieux (5), et où tout passait – comme ici – par le regard.

Mais c’est aussi une très belle histoire d’amour, tragique bien sûr, où Garbo dégage la même sensualité que d’habitude. La séquence d’adieux dans la chambre que Christine a partagée avec Antonio est un grand moment sensuel du film : ses différents sens y sont mis à contribution afin qu’elle se remémore éternellement cet endroit : magnifique.

 

PS : Aussi curieux que cela puisse paraître, et la séquence d’intronisation le confirme, Christine portait le titre de « Roi de Suède ».

 

  1. De William H. Daniels, bien sûr !
  2. Dont l’ami de Garbo, Salka Viertel, qui collaborera à l’écriture de plusieurs films de la Divine à partir de celui-ci.
  3. Cora Sue Collins, qui aura 93 ans le 19 avril prochain…
  4. Toujours est-il que c’est ainsi que cela nous est proposé.
  5. Traduction littérale de « silent cinema », qu’on appelle chez nous « cinéma muet ».
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