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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Alfred Hitchcock, #Nicholas Ray
La Fureur de vivre (Rebel without a Cause - Nicholas Ray, 1955)

Quand le film est présenté à New York, le 26 octobre 1955, James Dean est mort depuis presque un mois (30 septembre), tué dans un accident d’automobile. Cette mort va évidemment se rappeler au souvenir des spectateurs quand Jim Stark (James Dean, donc) et Buzz Gunderson (Corey Allen) s’élanceront vers la falaise, dans la très célèbre séquence de chickie-run qui verra la mort du même Buzz, incapable de sortir de la voiture.

Six mois après avoir été Trask, il est donc Stark (notez l’anagramme), le rôle qui le propulsera définitivement au firmament, faisant de lui un modèle pour de nombreuses générations de jeunes gens, tous se retrouvant dans ce personnage (encore une fois) tourmenté.

Mais reprenons.

 

Jim vient d’arriver à Los Angeles après de nombreux déménagements. Son père (Jim Backus) et sa mère (Ann Doran) espèrent que ce sera la dernière fois. Mais dès le premier jour d’école, il rencontre Buzz Gunderson avec qui il va se mesurer.

Mais il rencontre aussi deux autres jeunes gens : Judy  (Natalie Wood) et John « Plato » Crawford, aussi perdus et révoltés que lui.

Après la mort de Buzz, ils se retrouvent tous les trois dans une villa abandonnée ; seuls au monde. Libres. Heureux.

Mais pas longtemps.

 

Encore une fois, on peut se fâcher contre le(s) traducteur(s) : de « rebelle sans cause (1) » on passe à cette fureur de vivre. Or je ne suis pas beaucoup convaincu que ces différents personnages tiennent furieusement à la vie. Mais une chose est sûre : le titre français est tout de même beaucoup plus accrocheur.

Parce que ce qui semble plus attirer ces jeunes personnes, c’est plutôt la destruction, et bien sûr, la mort.

Et le trio vedette nous est présenté ainsi :

  • Jim (celui qu’on voit le premier) est ivre sur la voie publique, réconfortant un singe mécanique à cymbales ;
  • Plato a été arrêté pour avoir tué des chiots à coups de pistolet (celui dans le tiroir de la chambre de sa mère) ;
  • Judy est là pour vagabondage après avoir quitté sa maison, portant un grand manteau rouge (2).

Mais c’est surtout avec le rencontre (confrontation) de Buzz que l’intrigue se précise : il y aura un duel entre ces deux garçons. Le duel commence au couteau mais se termine au bord de la falaise (pour l’un)  et en bas (pour l’autre). Et cette course (ô combien stupide) est précédée par un court échange entre ces deux « ennemis » qui au final ne le sont pas : à l’écart des autres, ils échangent amicalement, et Buzz reconnaît même que Jim est sympathique. Mais sa dernière intervention scelle définitivement le destin mortifère de leur relation : alors que Jim lui demande pour faire ce défi stupide, il lui répond qu’il faut bien faire quelque chose.

Et mourir semble donc une de ces choses à faire.

Cette dernière assertion est surtout confirmée par l’attitude de Judy après la mort de Buzz, son petit ami jusqu’alors. Pas une seule fois elle ne pleure la disparition du jeune garçon, ni ne semble regretter sa disparition. Au contraire, elle part avec celui qui survit, espérant une nouvelle fois un peu de bonheur dans cette vie compliquée.

 

Et c’est justement cette vie compliquée qui fait tout le sel du film. Et les trois interprètes (entre autres) jouent avec justesse cette adolescence en constante opposition au monde des adultes, ne comprenant plus les changements qui se sont opérés : sur eux tout d’abord qui ont grandi et ont vu des modifications morphologiques importantes, et aussi sur l’attitude des adultes – leurs parents – par rapport à eux. Jim se rend compte et dénonce l’ascendant de sa mère sur son père, pendant que Judy regrette que son père (William Hopper) ne lui fasse plus un baiser quand il rentre. Quant à Plato, la seule adulte qui vit avec lui est une servante (Marietta Canty).

 

Et Nicholas Ray réussit surtout à brosser un tableau de l’adolescence qui, si elle se situe ici au cœur des années 1950, reste universelle. De tout temps (surtout depuis le XXème siècle) les adolescents ont eu du mal à se situer dans la société, regardant sans cesse vers le haut – devenir « grands », le monde des adultes – et vers le bas – l’enfance, l’innocence et l’absence de responsabilités. Et la séquence qui voit le trio investir la maison abandonnée en est une très belle illustration : arrivés là Jim & Judy se prêtent à imiter les adultes qui visitent une maison en vue de l’habiter, sous la conduite de Plato, agent immobilier, avant de jouer comme seuls savent jouer des enfants autour de la piscine (vide). Pour ensuite se retrouver tous les trois autour d’un divan, composant alors leur famille idéale, celle qu’on se choisit : Judy & Jim les parents, et Plato leur enfant.

Bien sûr, le jeu des trois interprètes est d’une très grande justesse, avec une mention spéciale pour James Dean qui, lui, a déjà passé la vingtaine quand les deux autres sont de l’âge de leur personnage.

 

Un mot (3) encore sur les différents aspects techniques du film : le jeu des éclairages est d’une grande importance, ainsi que certains cadrages qui accompagnent avec beaucoup de justesse (encore une fois) l’intrigue : à certains moments de déséquilibre, la caméra se penche, accentuant le moment tragique (évidemment) qui arrive.

Je terminerai enfin par la prémonition du film, celle qu’on recherche toujours un peu dans cette tragédie annoncée. Après la séance au planétarium, Plato, impressionné demande à Jim si la fin du monde aura lieu la nuit. Il répond alors qu’elle se déroulera à l’aube.

Et quand Plato est emmené par les ambulanciers après avoir été abattu par un policier, l’aube se lève : c’est sa fin du monde.

 

  1. Motif, motivation.
  2. D’où une confusion des policiers, personnages peu enclins à l’imagination…
  3. Rapide, rassurez-vous.
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