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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #John Huston, #Marlon Brando
Reflets dans un Œil d'or (Reflections in a golden Eye - John Huston, 1967)

« Il y a un fort dans le Sud où voici quelques années un meurtre fut commis. » (Carson McCullers)

Cette phrase qui ouvre (et ferme) le film annonce bien sûr la résolution : il y aura un mort avant la fin. Reste à savoir qui. On en a bien une idée, mais il faudra attendre le dernier moment pour qu’elle soit – ou non – confirmée.

Sur une base militaire du Sud des Etats-Unis, le major Penderton (Marlon Brando) et son épouse Leonora (Liz Taylor) vivent une vie tranquille à l’écart des soldats. Lui, homosexuel inassumé apprécie le contact viril de ses hommes, même si on ressent comme une dose de sadisme quand il les reprend.
Elle, insatisfaite, trouve du plaisir auprès de son voisin Langdon (Brian Keith) avec qui elle fait de longues chevauchées dans la campagne environnante (et pas que).

Et à observer tout ce petit monde, le soldat Williams (Robert Forster), attiré par Leonora, attirant pour Penderton.

 

La phrase initiale est donc le moteur de cette intrigue particulière où les apparences sont évidemment trompeuses. Personne n’est normal dans cette histoire : entre la sexualité refoulée de Penderton et celle totalement épanouie (et adultère) de sa femme, les visions de celle de Langdon (Julie Harris) et leur serviteur ambigu Anacleto (Zorro David), un sentiment de malaise se met à sourdre et à augmenter au fur et à mesure que l’intrigue se développe et que le meurtre annoncé approche.

Et Huston, par l’intermédiaire de la caméra d’Aldo Tonti (et celle d’Oswald Morris) va se positionner au plus près de cette folie, et surtout de ce qui devrait mieux la figurer : l’œil.

 

Les yeux sont primordiaux tout au long de cette histoire plutôt sordide, étouffante comme la période qui annonce l’orage : cet orage va d’ailleurs éclater, accentuant le paroxysme de la folie finale.

Ce sont les yeux de Williams surtout que nous suivons, témoin dans l’ombre des rapports ambigus entre Penderton et sa femme.

Mais ce sont aussi ceux d’Alice (Julie Harris est magnifique dans ce rôle), hallucinés (les yeux) ou hallucinée (elle-même), qui se demande si Williams est vraiment là, à regarder ou pénétrer chez les Penderton.

 

C’est d’ailleurs Alice le personnage le plus complexe de cette histoire. C’est la folle de service, l’hallucinée que son mari doit supporter – surtout après la mort de leur petite fille renversée par une voiture – et qu’il fuit dans les bras de Leonora. Mais Alice, malgré cela et surtout les apparences – quand elle annonce à Penderton que sa femme le trompe avec son mari – est peut-être le personnage le plus sain de l’intrigue : perdue dans son chagrin entretenu par Anacleto (récit du rêve), elle voit ce qu’il se passe réellement mais comme tout le reste est fou, ses visions deviennent – pour elle-même – une nouvelle preuve de sa folie apparente.

 

Et comme si cela ne suffisait pas, le meurtre annoncé va faire sombrer le film définitivement dans la folie, illustrée par les derniers cadrages allant du meurtrier à la victime et au témoin (1) et revenant vers l’un ou l’autre jusqu’au fondu au noir final.

A nouveau Huston s’intéresse à un microcosme de personnages singuliers, six ans après Les Désaxés (2) qui montrait des inadaptés au monde moderne. Ici, les personnages semblent adaptés à leur monde, mais c’est leur esprit qui est détraqué, ou peut-on dire, désaxé.

 

  1. Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais vous dire qui a tué qui. Ce n’est pas une enquête policière, mais on peut laisser une part de mystère.
  2. C’est Montgomery Clift qui aurait dû interpréter Penderton. Il mourut peu avant le tournage. Et puisqu’on en est aux morts : Carson McCullers décéda moins de deux semaines avant la première.

 

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