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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jean Grémillon, #Jean Gabin
Remorques (Jean Grémillon, 1941)

Deux silhouettes noires sur une plage de sable blanc.
Deux amoureux qui se promènent sur la grève : André (Jean Gabin) et Catherine (Michèle Morgan).

Lui, c’est un marin, un vrai : un capitaine. Son bateau, c’est le Cyclone, un navire de sauvetage en mer. Un navire qui envoie des remorques (d’où le titre) aux autres qui sont en détresse. Lui, il est marié. A Yvonne (Madeleine Renaud).

Elle aussi est mariée. A un incapable qui l’étouffe. Alors quand l’occasion se présente, elle s’enfuit, elle le quitte…

 

C’est dans la foulée du Quai des Brumes que Grémillon tourne cette histoire terrible en reprenant le couple vedette de ce film : Gabin et Morgan. Avec une différence par rapport au film de Carné : Gabin et Morgan sont maintenant ensemble aussi dans la vie. C’est un film sur mesure pour le couple tragique du film de Carné.

Film hommage aux sauveteurs en mer, c’est aussi une très belle histoire d’amour fou, fini ou non. D’un côté l’amour sûr, entre Yvonne et André : il est officiel, établi, routinier. De l’autre, c’est la passion, l’amour fou : entre André et Catherine, pas de lendemain, pas de projets, de l’amour et c’est tout.

Dès le début, on sait que cet amour intense ne durera pas : André, malgré tout, est marié à la mer. Il ne peut pas lui échapper. Même Catherine ne peut pas lutter. Mais Catherine le sait depuis plus longtemps qu’André. Il y a une tristesse et un fatalisme plus grand chez Catherine que chez Nelly du Quai des Brumes. Mais qu’importe, nous, spectateurs vivrons avec eux cet amour tragique. Et mêmes les amours tragiques d’André : aucune ne restera avec lui. Alors il lui reste sa véritable compagne : la mer. C’est avec elle qu’il reste, en attendant qu’elle l’emporte pour de bon.

Cet hommage aux sauveteurs est aussi une occasion de remettre dans leur contexte ces héros. « Le devoir avant tout. » Tel est leur devise. Alors qu’on célèbre le mariage de l’une d’entre eux, une alerte arrive : c’est la fin de la fête. Et il en va de même pour n’importe quel événement de la vie. Et c’est Yvonne qui l’exprime le mieux à longueur de film, malgré les protestations d’André.

Alors dans le Brest d’avant-guerre, cher à la Barbara de Prévert, on voit évoluer ces hommes normaux à qui il arrive toute sorte de choses normales, et qui se transforment en sauveteurs quand l’alerte est donnée. C’est aussi l’occasion de retrouver quelques seconds rôles du cinéma français des années 1930 : Charles Blavette (Tanguy, le cocu), Fernand Ledoux (Kerlo, le Bosco), Jean Dasté (Le radio du Cyclone), Marcel Duhamel (Poubennec)…


Et puis dans ce film tout empreint de réalisme poétique, on savoure – encore une fois – les dialogues du grand Jacques Prévert :

 

« Il peut pas faire vilain tous les jours : ce serait trop beau ! »

« Quand on est bien, quand quelque chose d’heureux vous arrive, eh bien on se dit "j’oublierai jamais cette chose-là", parce qu’on sait bien que ça ne va pas durer longtemps » (Laurent)

« En mer comme ailleurs, et même sur un bateau : les salauds, c’est toujours les salauds. » (André)

« Quand on se tait, c’est qu’on a beaucoup de choses à se dire. » (Catherine)

 « Chut. Taisez-vous. Embrassez-moi. » (Catherine)

« Il est pas bizarre, il s’emmerde. […] Y a rien à faire quand on s’emmerde, vous entendez, rien à faire. Moi j’ai tout essayé… » (Kerlo)

 « Ceux qui sont malheureux devraient se reconnaître entre eux. Ou alors… Ce serait malheureux. » (Kerlo)

« Heureusement, les mots qu’on dit quand on souffre ou quand on est en colère, ça compte pas. » (Yvonne)

 

[Sorti en 1941, en pleine Occupation, ce film à la gloire des sauveteurs en mer laisse, avec le recul une petite pointe ironique : alors que l’armée française a été défaite et que les films français doivent éviter de la glorifier, on pourrait presque croire qu’avec ce film Grémillon, Cayatte et Prévert rendent tout de même hommage à des soldats : ceux du devoir. Mais j’extrapole…]

 

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