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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Bryant, #Drame
Salomé (Charles Bryant, 1922)

Salomé (Alla Nazimova) est la fille d’Hérodias (Rose Dione) et la belle-fille d’Hérode (Mitchell Lewis). Elle est en outre d’une très grande beauté, la chevelure constellée de perles brillantes, telle que son beau-père aimerait bien la séduire.

Mais son cœur est déjà pris, involontairement, par le prophète Jean Baptiste (Nigel De Brulier), appelé ici Jokaanan.

Comme Jokaanan se refuse à elle, Salomé accepte de danser pour Hérode, qui était prêt à tout pour cela.

Après la danse, elle demande la tête du prophète, que son beau-père n’est pas très enclin à lui accorder.

 

Charles Bryant fut une comète dans le cinéma américain : il n’a réalisé que trois films, dont un en tant qu’assistant d’Herbert Blaché, Salomé étant son dernier.

Dernier parce qu’il fut un four impressionnant, l’esthétique du film allant à l’encontre des canons de l’époque.

Pourtant, les décors et costumes, créés par Natacha Rambova (1), sont de toute beauté.

Mais cet insuccès peut aussi s’expliquer par une mise en scène des plus théâtrales, voire trop théâtrale. Les personnages sont extrêmement statiques, la seule qui évolue le plus sur l’écran étant Salomé.

Cette théâtralisation a de plus des allures un peu trop grandiloquentes, qui rappelle un peu trop les pièces filmées des débuts du cinéma.

 

Bien sûr, le public de 1922-23 connaît l’histoire que raconte le film, beaucoup plus que celui de maintenant. Et on n’attend avec impatience les deux grands moments de cette histoire : la danse du voile et la décollation (2) de Jokaanan.

Si la danse est au rendez-vous (impossible de faire autrement), le supplice est suggéré, le soldat remontant avec le plateau d’argent sans qu’on puisse y distinguer quoi que ce soit, l’inclinaison que Salomé poursuit nous obligeant à faire preuve d’imagination, jusqu’à ce qu’elle couvre ce plateau de sa traîne.

 

Autre facteur d’insuccès, Alla Nazimova. Le rôle dans le film a beau avoir été créé pour elle, elle ne correspond pas vraiment au personnage initial : Salomé était une jeune fille, et Nazimova ne peut pas vraiment faire illusion (3). Elle n’en est pas moins une très belle Salomé, dont les tenues et coiffures tranchent énormément avec la période de l’intrigue. En effet, nous sommes en Judée, un peu avant l’arrivée de Jésus (4). Ses différentes coiffures sont d’ailleurs très marquées années 1920s.

Il est amusant de constater que le roi Hérode est plus représenté comme un empereur romain qu’un tétrarque de Galilée (et de Pérée). De plus, on retrouve chez lui une concupiscence qu’on retrouve chez ces mêmes empereurs romains au cinéma.

 

Face à Nazimova, on retrouve avec plaisir Nigel De Brulier (Richelieu dans Les trois Mousquetaires de Fred Niblo), pour un Jokaanan encore une fois dans le ton. Son aspect un tantinet chétif  accentue son rôle de prophète, sans toutefois lui ôter son charme. Heureusement, sinon on n’aurait pas beaucoup cru au désir de Salomé pour cet homme.

 

Si on peut trouver le film lent et parfois un peu trop statique (euphémisme), on ne peut sous-estimer l’esthétique générale : Rambova a dessiné des costumes magnifiques, ainsi que des décors somptueux qui accentuent le côté théâtre filmé, mais qui aurait mérité d’être tourné en Technicolor. Tout comme les plans de coupe montrant les pensées de Salomé à la façon des scènes évangéliques dans Ben Hur a Tale of the Christ.

Par contre, le surjeu devient pénible, surtout avec Rose Dione.

A voir ? Pourquoi pas. Mais un film ce ne sont pas seulement des beaux décors et de superbes costumes. Dommage.

 

 

  1. Madame Rudolph Valentino à la ville (1923-1926). Elle signe aussi le scénario d’après Oscar Wilde.
  2. « Décapitation », si vous préférez.
  3. Quand le film est présenté pour la première fois, Nazimova a déjà passé la quarantaine…
  4. Jean-Baptiste, cousin de JC, annonce sa venue (cf. Matthieu et Luc).
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