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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sidney Lumet, #Policier
Serpico (Sidney Lumet, 1973)

C’est une voiture de police qui transporte un homme, barbu, au visage ensanglanté.

Cet homme, c’est Frank Serpico, un policier qui vient de se faire tirer dessus.

Arrivé à l’hôpital, il se souvient. Il se souvient du jour de son intégration dans la police, et des devoirs qui lui incombaient.

Mais une fois sur le terrain, il s’aperçoit que la police est corrompue.

Alors il refuse. Il se retrouve alors avec une bonne partie de la police de New York sur le dos : tous ceux qui sont achetés et qui ne veulent pas que la manne s’arrête.

Et en plus, c’est une histoire vraie.

 

Il y a chez Sidney Lumet une part d’engagement dans certains films qu’il a réalisés. 12 Hommes en colère décrivait avec beaucoup de rigueur et une belle distribution une délibération en huis clos. Avec La Colline des hommes perdus, c’était un système qu’il dénonçait : un camp de prisonniers anglais que l’on matait à coups d’exercices inutiles et dégradants.

Ici, c’est tout un système policier qui est montré dans ce qu’il a de plus laid : la corruption.
On pensait le temps de la Prohibition révolu, mais Serpico nous ramène dans cette fange, au risque de sa propre vie (1).

En effet, quand le film sort, les événements racontés se sont terminés deux ans plus tôt. C’est encore une histoire brûlante pour la Ville de New York. De plus, comme annoncé à la fin du film, Serpico (le vrai) a démissionné l’année précédente.

 

Mais Serpico, c’est aussi l’immense Al Pacino – acteur privilégié de Sidney Lumet – alors entre deux Parrains. Et s’il ressemble à Michael Corleone au début du film, nous comprenons très rapidement qu’il n’en est rien du tout. Au contraire, il est un modèle d’honnêteté, au grand dam de ses collègues qui ne crachent pas sur un complément de salaire même s’il a l’odeur du crime (2) : il suffit de se boucher le nez.

Mais il y a chez Serpico une teinte christique : en effet, au fur et à mesure que le film avance, son système pileux facial s’étoffe de plus en plus jusqu’à ressembler à l’idée répandue de l’aspect de Jésus.

Et la balle qu’il reçoit (c’est pour ça qu’il est conduit à l’hôpital) n’est rien d’autre que sa crucifixion : ses « collègues » ne le soutiennent pas pour ce qu’il est : un mouchard qui remet en cause leur système de magouille. Encore une fois, on remarque que « nul n’est prophète en son pays ».

 

Mais là où Lumet réussit son film, c’est en nous montrant un super flic – honnête, humain, cultivé – qui n’a rien d’extraordinaire. En effet Serpico, à chaque instant, fait son travail : celui pour lequel il a prêté serment.

Certes, il a une drôle de façon de le faire. Enfin, c’est plutôt son apparence qui détone part rapport aux autres : ce sont ses cheveux longs et sa moustache puis la barbe qui le différencient des autres policiers en civil. Ses fréquentations aussi : il prend des cours d’Espagnol à l’université, rencontre une jeune fille qui l’introduit dans les milieux étudiants (etc.).

Pour le reste, il n’y a aucun éclat : il fait son boulot comme les autres. Et de la même façon, les autres – les corrompus – l’incluent dans leur système tout naturellement. Ils ne comprennent d’ailleurs pas pourquoi Serpico refuse l’argent, allant jusqu’à lui mettre sa part de côté pour plus tard : c’est beaucoup plus tard qu’ils vont se dresser sur son chemin, quand l’enquête sera autre chose qu’une menace lointaine voire très faible.

Aux côtés d’Al Pacino, on retrouve une espèce de fine fleur des seconds rôles des années 1970s : Tony Roberts (Bob Blair, allié de Serpico) ; Jack Kehoe (Tom Keough, ex-ami par la force des choses) ou encore John Randolph (Sidney Green)…

Et les femmes ?

Elles ne sont pas nombreuses dans ce film d’hommes. Outre la femme qui se fait violer (Marjorie Elliot), on en trouve deux autres dans des rôles significatifs : Cornelia Sharpe (Leslie), qui apprend elle aussi l’espagnol ; et Barbara Eda Young dans le rôle de Laurie, qui s’installe un moment avec Serpico.

Ces deux femmes représentent bien les mentalités de l’époque : entre l’amour libre (Leslie) et le souhait d’une vie rangée avec enfants (Laurie). Mais Leslie y viendra et quittera d’ailleurs le policier. Laurie aussi le quittera : il n’y a pas de place pour quelqu’un d’autre dans la vie de Serpico.

 

C’est donc un homme seul – comme Jésus – qui doit aller jusqu’au bout de son calvaire mais au final, il rachètera la Police en amenant une gigantesque lessive qui ira au plus haut.

Oui, Serpico est le Rédempteur. Que voulez-vous : c’est un film américain.

 

  1. Aux dernières nouvelles, il a fêté ses 82 ans cette année.
  2. Vespasien avait tort !
  3. J’oubliais Mildred Clinton, dans le rôle de Maman Serpico.
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