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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Alfred Hitchcock
L'Ombre d'un doute (Shadow of a Doubt - Alfred Hitchcock, 1943)

Charlie (Teresa Wright) s’ennuie dans la petite ville de Santa Rosa (Cal.). Les jours se répètent inlassablement entre sa mère (Patricia Collinge) au foyer, son père (Henry Travers), banquier passionné de crimes, et ses frère et sœur Roger et Ann (Edna May Wonacoff).

Alors elle souhaite que son oncle Charlie (Joseph Cotten les visite pour leur remonter le moral.

Ca tombe bien, Charlie (l’oncle) a besoin de changer d’air et a prévu de quitter la côte Est pour aller les voir.

Mais qui est donc cet oncle secret et pourquoi a-t-il besoin de changer d’air ? Surtout que dans le même temps, un tueur de « veuves joyeuses » sévit, éliminant ses riches victimes avant de disparaître avec leur argent.

Et pourquoi la valse Heure exquise (1) vient-elle résonner dans la tête de l’autre Charlie ?

 

Sixième film américain d’Hitchcock (en trois ans !), L’Ombre d’un doute est très certainement l’un de ses meilleurs, son préféré s’il faut en croire le maître lui-même. Il faut dire que c’est avant tout l’atmosphère qui prime dans ce film, amenant une tension de plus en plus palpable, dans une intrigue très inquiétante.

La présence de Joseph Cotten dans le rôle de l’oncle mystérieux y est pour beaucoup. Il faut dire que son physique de jeune homme très bien accentue la noirceur présumée (2) de son personnage.

Et Hitchcock joue longtemps avec le spectateur avant de lui révéler la vérité, amenant certaines réparties qui font pencher la balance d’un côté plus que de l’autre, ainsi que certaines attitudes qui ne trompent pas.

 La grande idée du scénario vient de la dualité des Charlie : d’un côté l’oncle sombre et de l’autre la jeune nièce très vivante qui semble renaître à l’arrivée de ce dernier.

Et Hitchcock insiste sur le lien qui les unit, jouant sur la coïncidence (?) qui l’amène alors qu’elle voulait l’inviter, et la complicité qui s’installe à nouveau (pour eux mais pas pour nous qui découvrons). Sans oublier les deux plans qui nous présentent ces deux personnes : pour chacun d’eux, nous les découvrons allongé sur leur lit, découragé (désabusé ?), avec un désir inextinguible de changement.

 

Mais l’ombre du doute dont parle le titre va détendre le lien entre ces deux personnes, et progressivement ils vont s’éloigner mais sans pour autant se perdre de vue : s’il s’agit du tueur, Charlie va devenir une menace pour lui. Et s’il ne l’est pas, comment pourra-t-elle revenir ?

 

[Je ne peux continuer sans donner la résolution de l’intrigue. Si vous n’avez pas vu le film, revenez plus tard (demain par exemple). Pour les autres, je continue :]

 

Bien sûr, elle ne reviendra pas : Charlie est le tueur de veuves. Et dès la révélation – pour l’autre Charlie – commence ce qu’on aime chez Hitchcock : l’installation d’un suspense, ici motivé par le danger qui guette Charlie face à cet homme sans scrupule et qui n’hésitera pas à la tuer pour s’en sortir.

Nous avons alors droit à des plans fixes qui accentuent la menace pour la nièce, ainsi  que la culpabilité de l’oncle. On retrouve ces mêmes plans dans le reste de l’œuvre du maître : une réalisation simple, minimale mais aux effets des plus intenses. C’est l’oncle le long de la maison qui attend la jeune femme, ou une caméra subjective qui suit la marche de Charlie (la fille) s’approchant de cet être dangereux. Sans oublier un jeu d’ombre et de lumière (bien sûr !) indispensable dans une telle intrigue : le noir l’emporte souvent mais malgré tout on ne peut négliger l’aspect lumineux des personnages, même l’oncle qui aime sincèrement sa nièce. Mais ça, c’était avant.

 

Et comme nous sommes chez Hitchcock, nous retrouvons un humour de bon ton qui fleurit tout le long du film : le père et son voisin Herb (Hume Cronyn) férus de romans policiers et autres histoires de meurtres (irrésolus aussi !) qui passent leur temps à imaginer la meilleure façon de s’éliminer l’un et l’autre, dans un souci criminel autant qu’esthétique ; la jeune Ann qui lit beaucoup et retient. Sans oublier le célèbre McGuffin : c’est une bague d’émeraude que Charlie offre à Charlie. Et Charlie apparaît, la bague au doigt en descendant l’escalier, tout comme était apparue la nouvelle Mrs de Winter dans les habits de Rebecca presque trois ans plus tôt.

 

Du grand Hitchcock. Encore !

 

  1. Tirée de l’opérette La Veuve joyeuse de Franz Lehár…
  2. On ne sait pas tout de suite s’il est ou non un tueur.
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