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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Lanzmann
Shoah - Episode 1 (Claude Lanzmann, 1985)

Terrible.

Horrible.

Implacable.

 

Le documentaire de Claude Lanzmann ne peut pas laisser indifférent.

C’est un véritable témoignage de ce que la barbarie humaine – nazie en l’occurrence – est capable.

Dans tout cet épisode, Claude Lanzmann ne se préoccupe pas du pourquoi de es horreurs. C’est le comment qui l’intéresse.

Comment des gens ordinaires ont pu massacrer d’autres gens, comme eux très certainement, parce qu’ils étaient d’une autre confession qu’eux, ou parce qu’ils étaient différents.

Et plutôt que de se plonger dans les heures de documentaires déjà diffusées de par le monde par les télévisions, il a choisi de s’adresser directement à ceux qu’ils l’ont vécu.


Alors, pendant une dizaine d’années, il a parcouru différents points de la planète à la rencontre de ces survivants : Israël, Etats-Unis, Allemagne, Pologne...

Ce sont alors des gens qui parlent à la première personne. Ils parlent avec leurs propres mots, essayant de prendre de la distance par rapport à ce qu’ils ont vu, à ce qu’ils ont vécu. Mais impitoyablement, les souvenirs les assaillent et leurs voix se brisent. Même ce rescapé qui sourit toujours, et qui s’en justifie : « je ne vais pas pleurer tout le temps » et surtout qui ne veut plus en parler. Mais rapidement, Lanzmann le pousse à le faire. Et l’homme cesse de sourire. Revivant ce terribles moments, submergé par l’émotion qu’il voulait ignorer mais qu’il ne peut pas empêcher

.

Et Lanzmann poursuit, malgré cette émotion qui les étreint, voulant découvrir jusqu’où cette horreur est allée.

Parce que cette volonté d’aller jusqu’au bout obéit à une raison primordiale : ne pas oublier. C’est une course contre le temps qui passe et qui fait disparaître tous ces témoins, victimes et bourreaux. Les rescapés qu’ils interrogent ne sont pas éternels, et la plupart d’entre eux sont morts, aujourd’hui, certains même avant la première projection du film.

Et quoi qu’il en soit, leur parole a été gardée, et elle sera toujours disponible, pour que personne n’oublie jamais tout ça.

 

Mais parmi les survivants de cette époque, il n’y a pas que des victimes. Les témoignages du  SS Untersharführer de Treblinka ou des paysans polonais amènent un autre aspect de cette entreprise de mort à grande échelle.

Ces gens infirment ce que beaucoup ont déclaré ceux qui ont fermé les yeux sur ce qui se passait : oui, ils savaient. Même ce même nazi qui se réfugie d’entrée derrière son procès de 1948. Mais Lanzmann, encore une fois recentre le débat et lui demande de décrire, à froid, ce qu’il a vu et ce qu’il a fait.

 

Ce sont d’ailleurs les Polonais qui apportent des témoignages parmi les plus impressionnants. Ils voyaient passer des trains marchandises remplis de Juifs et autres déportés et leur faisaient un signe extrêmement claires : passer le doigt dans le cou en souriant, annonçant silencieusement le sort fatal des voyageurs entassés. Quand ils ne disent pas que ces mêmes voyageurs étaient installés confortablement dans des compartiments luxueux de type Pullman.

Et puis il y a ce conducteur de train. Cet homme, ce cheminot qui, pendant la durée de fonctionnement du camp de Treblinka, amenait son chargement directement dans le camp et repartait à vide. C’est le seul qui exprime du remords. Une tristesse profonde, alors qu’il est sur son train, là où tout est arrivé. Et Lanzmann, qui a compris cette tristesse le pousse à l’exprimer : ses remords, sincères sont un démenti de tout ce que les paysans ont pu raconter juste avant.

 

Une première partie qui donne le ton : Lanzmann ira jusqu’au bout pour amener ces interlocuteurs à raconter ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont vécu.

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