Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Lanzmann
Shoah - Episode 3 (Claude Lanzmann, 1985)

C’est une chanson qui ouvre cette troisième partie. Une chanson que les Juifs devaient apprendre dès leur arrivée et savoir le soir même, sinon… Et c’est toujours le même SS Untersharführer de Treblinka que nous entendons.

 

Claude Lanzmann poursuit sa quête de témoignage.
Il est en Israël, en Allemagne, à Corfou, mais surtout en Pologne.

On retrouve parfois les mêmes témoins, parfois de nouveaux.

Mais toujours avec froideur, sans rien laisser transparaître d’émotion face à la teneur terrible des déclarations. Qu’elles soient des victimes ou des bourreaux.

 

Un autre nazi par exemple. Un de ces bureaucrates qui gérait les transports de trains « spéciaux ». C’est un autre aspect de la cruelle entreprise de mort à grande échelle. Ce n’était qu’un « exécuteur ». Il ne savait pas. Et Lanzmann a beau le tarabuster à propos du sort funeste des passagers des trains, pour lui, ce n’étaient que des convois ordinaires. Ils n’étaient spéciaux que par leur fréquence plus importante que les lignes ordinaires.

 

Mais avec ce témoignage, arrive une autre infamie : l’aspect financier des convois. Et c’est l’historien Raul Hilberg, encore une fois, qui nous éclaire.

Oui, les trains coûtaient cher. Oui, il fallait défrayer la compagnie qui s’occupait des transports. Mais il n’y avait pas de budget pour toute cette entreprise de mort : c’était les possession des Juifs déportés qui payaient le voyage des personnes. En clair, et c’est là le plus terrible de cette séquence, ce sont les gens qui payaient pour aller vers leur mort.

 

Mais le plus important dans cette troisième partie, c’est le sort réservé aux Juifs à leur arrivée dans les camps. Ici, on parle essentiellement de l’élimination physique des personnes. Avec en plus la malhonnêteté des bourreaux qui cachaient jusqu’au bout l’objectif final de ces opérations. On allait jusqu’à couper les cheveux des femmes avant de les gazer, histoire de les rassurer.


C’est Abraham Bomba, un des coiffeurs de Treblinka, maintenant en Israël, qui raconte tout ça. Dans le même temps, il s’occupe d’un client, refaisant parfois sur la tête de ce dernier les gestes qu’il accomplit quarante ans plus tôt, dans les chambres à gaz. Il parle, cet homme. Et tout le monde dans le salon l’écoute en le regardant coiffer son client. Il parle fort, distinctement. C’est son témoignage qui compte. Il est conscient qu’il n’aura plus jamais l’occasion de dire tout ce qu’il a vu. Mais malgré tout, il s’arrête. Il s’essuie le visage. Il ne peut plus continuer. Et Lanzmann le relance, conscient de la dureté de ce qu’il lui demande. Mais l’homme s’obstine dans son mutisme. S’installe alors u silence terrible, lourd, chargé de l’émotion de cet homme qui revit ces instants, mais aussi de la culpabilité involontaire qu’il pouvait ressentir de coiffer ces femmes alors qu’il savait qu’elles allaient mourir. Et la caméra se rapproche. Elle ne veut rien manquer. Et même si la tristesse de cet homme est infinie, aucune larme ne coule. Ses y’eux sont devenus secs à force de pleurer pendant toutes ces années : pourquoi a-t-il survécu alors que tant sont morts, et parmi eux beaucoup de gens qui lui étaient proches ?

 

Et les plans se succèdent, froids, impersonnels, comme la cruauté nazie. Les paysages de Pologne sont en partie enneigés. Et le récit des chambres à gaz continue. Mais si l’ancien gardien de Treblinka reconnaît explicitement leur existence, il n’en va pas de même du bureaucrate. Et son négationnisme est des plus sordides. En effet, après avoir répété à l’envi qu’ils ne savaient rien, il en arrive à douter de l’authenticité de cette solution finale.

Même ses regrets sonnent faux. Aucune empathie ne transparaît dans ses propos. Même le garde du camp met un (petit) peu plus d’humanité dans ses déclarations.

Regrets ou non, le résultat est le même : des millions de gens sont morts de façon plannifiée. Froide. Inhumaine.

 

C’est une troisième partie certainement plus dure que les autres qui nous est proposée. Lanzmann entre dans le vif du sujet : comment faisait-on mourir tous ces gens.

Et pour que cet aspect soit des plus clairs, il n’hésite pas à pousser ses témoins dans leurs retranchements.

Il doit récolter les informations coûte que coûte.

On ne doit jamais oublier ce qu’il s’est passé. Jamais.

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog